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	<title>politique</title>
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	<description>Bienvenue en zone culturelle libre</description>
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		<title>Il est de retour : rire avec le monstre, c&#8217;est le laisser nous apprivoiser … pour mieux nous dévorer ?</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/il-retour-hitler-film/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Sep 2026 09:54:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dimanche 6 septembre 2026 : la Saxe-Anhalt a voté. L&#8217;AfD, formation d&#8217;extrême droite qui flirte avec un néonazisme décomplexé, rafle 44% des voix. Le chancelier Friedrich Merz se dit « profondément choqué ». Cela n’était pas arrivé … depuis 80 ans. Pourtant les signaux d’alarme ne manquaient guère. Je pense notamment au film Il est de retour … [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Dimanche 6 septembre 2026 : <a href="https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/elections-regionales-en-allemagne-l-extreme-droite-l-emporte-en-saxe-anhalt/">la Saxe-Anhalt a voté</a>. L&rsquo;AfD, formation d&rsquo;extrême droite qui flirte avec un néonazisme décomplexé, rafle 44% des voix. Le <a href="https://www.franceinfo.fr/monde/europe/allemagne/friedrich-merz-se-dit-profondement-choque-par-la-victoire-du-parti-d-extreme-droite-allemand-afd-en-saxe-anhalt_8180966.html">chancelier Friedrich Merz</a> se dit « profondément choqué ». Cela n’était pas arrivé … depuis 80 ans. Pourtant les signaux d’alarme ne manquaient guère. Je pense notamment au film <em>Il est de retour</em> <em>…</em> sorti en2015.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/bKkhwtEKk-w?si=-y8FF1ipYhbJWmLp" title="Il est de retour - Bande annonce VF (2015)" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/bKkhwtEKk-w?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/bKkhwtEKk-w?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Hitler revenu d’entre les morts</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est de retour :</em> tout comme le bouquin de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Timur_Vermes">Timur Vermes</a>, l’adaptation cinématographique signée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Wnendt">David Wnendt</a> a choqué en son temps. Il faut dire que le pitch est abrasif. Imaginez qu’un beau matin de 2011, <a href="https://www.theartchemists.com/?s=hitler">Hitler</a> se réveille dans le terrain vague berlinois où se situait jadis son bunker. On ne sait trop comment il est revenu d’entre les morts ; ce qui est certain, c’est qu’il n’a aucune connaissance de ce qui s’est passé depuis avril 45, et qu’il a bien vite la ferme intention de reprendre l’Allemagne en main. Et le pire, c’est qu’il va y parvenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comédie noire, ricanements garantis au fil de ces pérégrinations dans une Allemagne moderne et cosmopolite pas si dénazifiée que ça. Certes on se marre quand on observe le Führer découvrir les barres de céréales, le GPS ou Angela Merkel … et engueuler les militants néonazis qui lui tombent sous la patte et leur manque d’ardeur ; on rigole beaucoup moins quand on voit comment réagit la population (la vraie population, pas des figurants mais Mr Tout le Monde) face à l’acteur <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oliver_Masucci">Oliver Masucci</a> travesti en Hitler arpentant les rues, moustache et mèche au vent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une indifférence goguenarde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut avouer que la prestation est juste incroyable, jusque dans les intonations de voix, les attitudes, la manière de poser le regard, l’acteur est stupéfiant. Beaucoup sont étonnés, sidérés même, incapables de réagir, se demandant si c’est du lard ou du cochon. Certains se bidonnent franchement, demandent à faire un selfie, quelques-uns même expriment leur approbation … Sur les 116 minutes du film, seulement deux personnes auront l’audace de dénoncer le dictateur et de le virer manu militari en le traitant de tous les noms. Deux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autres laissent faire, trouvent cela cocasse, une bonne blague. Ils applaudissent tandis qu’Hitler se pavane devant les caméras d’une émission de télé réalité façonnée pour lui seul par des producteurs avides de faire de l’audience. Pas de foule hurlant « Heil », pas de bras tendus, de croix gammées&nbsp;: la peur jaillit de la volonté médiatique d’exploiter une opportunité de succès couplée avec l&rsquo;indifférence goguenarde d&rsquo;un pays qui a oublié, ne veut pas se souvenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ne pas rire avec le monstre</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est de retour</em> <em>d</em><em>evrait tous nous faire</em> trembler car il met en lumière l&rsquo;effritement d’un réflexe de préservation, l’émoussement du dégoût. Gavée d&rsquo;ironie et de distance critique, notre société a visiblement perdu sa capacité à désigner l&rsquo;ennemi pour ce qu’il est, à savoir un danger&nbsp;; elle préfère le trouver « clivant », « drôle malgré lui », « pas si faux sur certains points ». C&rsquo;est très exactement le vocabulaire aujourd’hui utilisé dans les éditos qui essaient de « comprendre » le vote d’extrême droite plutôt que de le dénoncer. Le film, en creux, décrivait déjà cette périlleuse rhétorique de la normalisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au travers de cette fable, on comprend que le nazisme 5.0 n&rsquo;a plus besoin des uniformes, des défilés, de la propagande frontale pour séduire. Il lui suffit de miser sur notre incapacité collective à réagir à temps, paumés que nous sommes entre infobésité, fatigue démocratique et confortable conviction que « ça n&rsquo;ira pas plus loin ». Or ça va plus loin, le vote de la Saxe-Anhalt le prouve grandeur nature&nbsp;; les USA aussi. Et nous regardons, passifs. Sidérés, incrédules … déjà vaincus&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est de retour</em> n&rsquo;est pas « juste » une comédie satirique allemande à recommander pour une soirée ciné borderline ; c&rsquo;est un signal d&rsquo;alarme dont on n’a visiblement pas tenu compte. A l’heure où l&rsquo;Alternative für Deutschland, après la Saxe-Anhalt<strong>,</strong> compte bien remporter le prochain scrutin en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, ces images nous rappellent que rire avec le monstre, c&rsquo;est le laisser nous apprivoiser. La question est de savoir s’il est déjà trop tard, s’il a déjà commencé à nous dévorer.</p>
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		<title>Cailloux tressés, bijoux précieux, mode en macramé, miroirs tatoués ou tricots de famille : les 5 trucs, muches et franfreluches du mois</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/trucs-muches-franfreluches-sept-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Aug 2026 10:55:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Lifestyle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le repérage de talents est un sport qui se pratique dans la durée, avec patience et concentration. De fil Instagram en visite de boutique, nous explorons ce vaste champ de créativité dont la fertilité ne cesse de nous surprendre. Ne gardons pas ces trouvailles pour nous, surtout quand elles viennent de l’autre bout de la [&#8230;]</p>
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]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">Le repérage de talents est un sport qui se pratique dans la durée, avec patience et concentration. De fil Instagram en visite de boutique, nous explorons ce vaste champ de créativité dont la fertilité ne cesse de nous surprendre. Ne gardons pas ces trouvailles pour nous, surtout quand elles viennent de l’autre bout de la planète. Ce mois-ci, cinq trésors ont capté notre attention : des pierres qu&rsquo;on croirait cueillies pour un rituel oublié, une taxidermie urbaine qui métamorphose la boîte de conserve en reliquaire, un miroir qui porte des tatouages, une épaule qui se pare de dentelle de corde, un pull tricoté à la main dans un village du Guangdong avec l&rsquo;ambition secrète de rivaliser un jour avec Chanel … voici nos <em>trucs, muches et</em> <em>franfreluches</em> du moment.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-31-124002.jpg" alt="" class="wp-image-39335"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Unkuntshop — la pierre comme talisman</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose d&rsquo;un peu chamanique dans le geste de <a href="https://www.sitoethiam.com/">Sitoë Thiam</a> : ramasser des pierres dans la nature alentours, dans le jardin, au détour d&rsquo;une promenade de quartier, puis les envelopper avec la patience d&rsquo;une brodeuse dans une cordelette de fibre naturelle. Le résultat tient à la fois du bijou, du fétiche, de l’amulette — une pierre ordinaire qui, une fois liée et tressée, se met soudain à raconter une histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce projet tout particulier a été pensé en collaboration avec le compte gastronomique et culturel Gastrodiplomacy World, mariage inattendu entre minéralogie de poche et diplomatie du goût. L&rsquo;artiste travaille avec les cordes naturelles de la maison Hemptique, dont elle revendique l&rsquo;admiration sans contrepartie ni sponsoring — un détail qui, dans l&rsquo;époque du placement de produit permanent, dénote d’une vision et de valeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On aime cette économie de moyens et cet engagement : rien n&rsquo;est acheté, tout est trouvé, et pourtant chaque pierre wrappée exprime une force sacrée, une singularité spirituelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&#x1f4f7; <a href="https://www.instagram.com/p/DYFynrwgZaI/">Voir la publication Instagram</a></strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-31-123917.jpg" alt="" class="wp-image-39334"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Carin Jones — l&rsquo;orfèvre des boîtes en fer-blanc</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Installée du côté de Seattle, Carin Jones a vécu un parcours aussi riche qu’atypique, entre une enfance passée sur les chantiers aux côtés de son père et de son grand-père et une formation en zoologie. De cette double hérédité — l&rsquo;observation du vivant, la rugosité du bâti — naît une bijouterie contemporaine qui interroge sans relâche la beauté, la permanence et la valeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa série actuelle, <em>Urban Taxidermy</em>, déplace le regard : plus de moulages organiques, mais des spécimens d&rsquo;un autre genre — de vieilles boîtes en fer-blanc, vestiges publicitaires ou domestiques, serties avec le soin qu&rsquo;on réserverait à une pierre précieuse. En substituant le métal précieux au gemme et l&rsquo;objet trouvé au trésor attendu, Carin Jones renverse discrètement la hiérarchie du bijou : ce n&rsquo;est plus la matière qui fait la valeur, mais le regard qu&rsquo;on lui porte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On est interpellé par la charge de mémoire que ces boîtes convoquent chez qui les regarde — chacun y retrouve un peu de son propre grenier. En réinventant ainsi le bijou de famille, Carin Jones interroge ce que nous choisissons de transmettre, et pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#x1f517; <a href="https://www.jonesingforjewelry.com/">jonesingforjewelry.com</a></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-31-124802.jpg" alt="" class="wp-image-39336"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Alba Weirdo et ses miroirs tatoués</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est à 17 ans, dans l&rsquo;effervescence d&rsquo;un studio valencien, qu&rsquo;Alba Weirdo a posé pour la première fois une aiguille sur une peau. Formée au sein du No Land Tattoo Parlour, elle a d&rsquo;abord flirté avec le tatouage traditionnel et ses aplats de couleur, avant de glisser vers un noir plus dense, plus minutieux : le blackwork et le pointillisme, disciplines de patience où chaque point compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est cette grammaire du minuscule et du répété qu&rsquo;Alba Weirdo transpose aujourd&rsquo;hui hors de l’épiderme, sur la surface froide et réfléchissante du miroir. Le geste est troublant : l&rsquo;objet qui nous renvoie notre image se retrouve lui-même orné, comme s&rsquo;il avait, à son tour, une histoire à porter sur son propre corps de verre. Le miroir tatoué devient alors un curieux paradoxe — un objet qui capture le reflet de l&rsquo;autre tout en affichant fièrement le sien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y voit un prolongement logique d&rsquo;un métier fait d&rsquo;encre et de peau : et si le tatouage, débarrassé du corps qui le porte habituellement, pouvait se donner à n&rsquo;importe quelle surface qui accepte de le recevoir ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#x1f517; <a href="https://www.instagram.com/weirdotattoo/">@weirdotattoo</a></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/08/Capture-decran-2026-08-31-124642.jpg" alt="" class="wp-image-39337"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Luna Floreada et ses épaulettes en macramé</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le macramé a connu ses heures de gloire dans les intérieurs des années 1970, avant de sombrer, pour un temps, dans le purgatoire du kitsch. Luna Floreada le fait renaître ailleurs — non plus suspendu au mur, mais posé sur l&rsquo;épaule, comme une architecture de fils noués qui vient sculpter la silhouette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;épaulette, à l&rsquo;origine motif militaire et codification du pouvoir dans le vestiaire ancien, se retrouve ici totalement réinventée : les nœuds remplacent le galon, la fibre naturelle remplace le métal, la douceur remplace la rigidité de l&rsquo;apparat. Le résultat évoque tour à tour la parure tribale, l&rsquo;armure textile et l&rsquo;accessoire de haute fantaisie — un objet à la frontière du bijou et du vêtement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cette ambiguïté qui séduit : une pièce que l&rsquo;on ne sait plus très bien nommer, entre corsetterie douce et sculpture portable, et qui n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucune étiquette pour affirmer son caractère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#x1f517; <a href="https://www.instagram.com/luna.floreada/">@luna.floreada</a></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://www.theartchemists.com/wp-content/uploads/2026/08/images-2.jpg" alt="" class="wp-image-39338"/></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Pan Ruibin , le tricot comme dynastie familiale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une dizaine d&rsquo;années, un jeune traducteur de japonais nommé Pan Ruibin a quitté son emploi en ville pour retourner dans son village natal du Fuyang et transformer une passion d&rsquo;enfance — le tricot, appris auprès de sa mère dès l&rsquo;âge de six ans — en atelier familial. Atelier prospère baptisé Panwallzer Handmade Sweaters : le père prépare les matières, la mère ajuste les finitions, la sœur gère les envois, et une soixantaine de tricoteuses du village confectionnent, pièce après pièce, des pulls qui demandent parfois jusqu&rsquo;à vingt jours de travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue Panwallzer Handmade Sweaters , au-delà de l&rsquo;anecdote familiale, c&rsquo;est une conviction presque politique : refuser la production de masse, quitte à renoncer à un volume de ventes plus confortable, pour préserver un savoir-faire artisanal en voie de disparition. Chaque pull est un peu différent du précédent, ajusté aux mesures et aux envies de qui le porte — l&rsquo;exact inverse de la promesse du prêt-à-porter industriel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ambition affichée est grande — bâtir, à force de mailles et de patience, une maison aussi désirable qu&rsquo;une maison de luxe occidentale. On aime l&rsquo;idée qu&rsquo;un tel songe puisse encore naître d&rsquo;un rouet familial, dans un village où l&rsquo;on tricotait déjà pour se réchauffer bien avant de tricoter pour se distinguer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#x1f517;<a href="https://www.instagram.com/phez.pan/">https://www.instagram.com/phez.pan/</a></p>
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		<title>Ciao les nazes : zéro pitié pour l’entreprise prédatrice</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/ciao-nazes-severine-bavon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Padme Purple]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Aug 2026 18:31:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Septembre 2026. Après un été qu’on peut qualifié de bien bien pourri (entre canicules et feux de forêt, on a bien donné dans le dantesque, faut avouer), reprenons le chemin de l’école et de l’entreprise. Avec la bonne grosse boule au ventre, la gorge serrée, envie de chialer et vomir à la fois&#160;? Ouh là, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Septembre 2026. Après un été qu’on peut qualifié de bien bien pourri (entre canicules et feux de forêt, on a bien donné dans le dantesque, faut avouer), reprenons le chemin de l’école et de l’entreprise. Avec la bonne grosse boule au ventre, la gorge serrée, envie de chialer et vomir à la fois&nbsp;? Ouh là, y aurait-il de l’eau dans le gaz&nbsp;? Si vous envisagez votre retour au taff en mode chemin de croix, il serait peut-être temps d’aller voir un psy spécialisé … et de lire <em>Ciao les nazes&nbsp;!</em> Histoire de vous remuer les méninges avant la catastrophe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mail de démission et cri de guerre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Petite précision préalable : <a href="https://www.severinebavon.com/">Séverine Bavon</a> collectionne les <a href="https://benjamingetenet.fr/?s=burn+out">burn-out</a> comme d’autres les séries limitées de légos moches, les stylos plumes rouillés et/ou les pintes à bière. Autant vous dire qu’elle connaît bien bien le truc, et que c’est en experte qu’elle prend la plume pour accoucher d’un <em>Ciao les nazes</em> tonitruant comme un grand cri de libération … et de guerre ! Un bouquin en forme de longue lettre de démission balancée à la face d’un N+1 qu’elle ne peut plus voir en peinture et qui l’a prise pour une conne une fois de trop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors un soir à 18h alors qu’elle devrait rentrer chez elle profiter d’un repos mérité mais relativement fragile vu la charge mentale qui l’attend at home, elle craque et envoie chier son manager par mail interposé. Mail qui se transforme en 19 chapitres bien troussés où la belle règle son compte à l’entreprise telle que nous la vend ce monde fabuleux du capitalisme sauvage, féroce et cannibale dont on nous vante pourtant les beautés fallacieuses à longueur d’interviews de patrons et d’hommes politiques. Croyez-moi&nbsp;: après avoir bouclé ce livre merveilleux, le premier qui vous chantera les louanges du travail en mode sacrifice expiatoire sur l’autel du profit, vous lui ferez bouffer son ordi en commençant par toutes les lettres du clavier. Et cela sera justice.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Acuité d’entomologiste et ironie à l’acide</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Chiffres, rapports et références à l’appui, dame Bavon démonte, pièce par pièce et avec une acuité d’entomologiste, la machine à broyer qu&rsquo;est devenu le monde du travail moderne : réunions qui ne servent à rien, mails passifs-agressifs signés « bien à toi », grandes valeurs d&rsquo;entreprise gravées sur un mur et vidées de tout contenu, tout y passe y compris cette angoisse made in 2025 qui plane désormais sur des open spaces bouffés au bord du sabordage, à savoir se faire remplacer par une IA avant d&rsquo;avoir pu finir son café. Bavon tire à vue sur le yoga en entreprise, le babyfoot, la salle de sieste, bref tous ces pansements que les patrons collent sur une fracture ouverte et purulente avec un sourire satisfait de mecs qui se croient cool et humains. OK, ça fait des posts LinkedIn sympa, mais ça ne soigne rien, pour tout dire, c’est même se foutre allègrement de la gueule des salariés qui en bavent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’autrice cite études et sondages, elle sait aussi manier les punchlines électriques et l’ironie à l’arsenic. Hilarant, son bouquin fait aussi grincer des dents quand on s’y reconnaît, ce qui arrive pratiquement à toutes les pages. Le constat est là&nbsp;: nous sommes tous concernés. Le vrai sujet, ce n&rsquo;est donc pas votre boss relou ou Jean-Kevin de la compta qui parle de la communion du petit dernier à la machine à café. C&rsquo;est un système entier qui a pris l&rsquo;habitude de refiler des problèmes collectifs à chacun individuellement, en mode « et si tu essayais la méditation ? » — pendant que la structure, elle, ne bouge jamais d&rsquo;un pouce.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un livre de chevet en devenir</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Uppercut. Surtout quand on comprend que si nous sommes si dociles, c’est que nous l’avons appris auprès de Papa/Maman qui ont tout fait pour que nous réussissions dans la vie y compris nous inculquer la notion de l’effort, le l’implication et de la loyauté, sans se douter qu’ils nous livraient pieds et poings liés à un système prédateur d’une violence incroyable. Heureusement <em>Ciao les nazes&nbsp;!</em> arrive à point nommé pour enfin vous inviter à ne plus faire semblant (une invitation en mode «&nbsp;coup de pied au cul&nbsp;» mais faut ce qu’il faut pour nous faire réagir).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce que oui, nous sommes tous un brin enkystés dans des croyances délétères qui nous dévorent à petit feu, et c’est misère que de devoir accumuler les burn-out (avec les risques que cela constitue à long terme pour la santé psychique et physique) pour finir acculer à la démission car on n’a plus la force d’encaisser une pression qui n’aurait jamais dû être. Miracle, cet ouvrage précieux va vous ouvrir les chakras en vous fournissant par ailleurs des armes pour vous battre et torpiller votre job en 19 étapes, comme le dit si bien le sous-titre d’un <em>Ciao les nazes !</em> qui a de fortes chances de devenir votre livre de chevet !</p>
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		<item>
		<title>Nixon d&#8217;Oliver Stone : nécropsie d&#8217;un homme dévoré par le pouvoir</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/nixon-oliver-stone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Aug 2026 16:04:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trente ans après sa sortie, Nixon reste l&#8217;un des projets les plus ambitieux et les plus controversés d&#8217;Oliver Stone. Troisième volet informel d&#8217;une trilogie consacrée à l&#8217;Amérique de la guerre froide et du Vietnam — après Né un 4 juillet et JFK — le film s&#8217;attaque à une figure que le cinéaste connaît par cœur [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Trente ans après sa sortie, <em>Nixon</em> reste l&rsquo;un des projets les plus ambitieux et les plus controversés d&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oliver_Stone">Oliver Stone</a>. Troisième volet informel d&rsquo;une trilogie consacrée à l&rsquo;Amérique de la guerre froide et du Vietnam — après <em>Né un 4 juillet</em> et <em><a href="https://www.theartchemists.com/film-jfk/">JFK</a></em> — le film s&rsquo;attaque à une figure que le cinéaste connaît par cœur : celle du pouvoir patriarcal, rongé de l&rsquo;intérieur par ses propres démons. Retour sur une œuvre monumentale, aussi fascinante que discutée.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" hcb-fetch-image-from="https://youtu.be/j9iY2lxEZfw?si=qU4xdlEUUkHvYK_h" title="Nixon (1995) Trailer | Anthony Hopkins | Joan Allen" width="1080" height="608" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen consent-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/j9iY2lxEZfw?feature=oembed" consent-required="39300" consent-by="services" consent-id="39301" consent-click-original-src-_="https://www.youtube.com/embed/j9iY2lxEZfw?feature=oembed&amp;autoplay=1"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Disséquer le pouvoir et ses dérives</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Vétéran polytraumatisé du Vietnam devenu scénariste puis réalisateur sur le tard, Stone rattrape dans les années 1986-1995 le temps perdu avec une urgence rare, enchaînant les œuvres engagées à contre-courant d&rsquo;un Hollywood alors dominé par le cinéma d&rsquo;action décomplexé. Et je ne pense pas spoiler quoi que ce soit en affirmant que l&rsquo;étude pathologique de l’autorité et de ses dérives traverse toute son œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Conan</em> (son premier scénario, largement retoqué par le réalisateur John Milius, pour accoucher du film culte que l’on sait en 1982), <em>Scarface</em> (son second opus scénaristique, dont on sait tous le caractère désormais mythique), <em>Alexandre</em>, <em>Snowden …</em> <em>(</em>je ne vais pas tous les énoncer vu la filmo du Monsieur), pas un de ses récits n’ignore la problématique du pouvoir, entre conquête et dérives. <em>Nixon</em>, sorti en décembre 1995, couronne cette période de créativité avec ce que d’aucuns considèrent comme son oeuvre la plus aboutie, voire son <em>Citizen Kane</em> cf le point de vue du <a href="https://www.rogerebert.com/interviews/oliver-stone-finds-the-humanity-in-nixon">journaliste Roger Ebert</a> à l&rsquo;époque de la sortie).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Portrait d’un animal politique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ici pas de biopic linéaire : le film prend racine dans les réflexions pour le moins tourmentées d’un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Nixon">Nixon</a> post <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Scandale_du_Watergate">Watergate</a>, isolé dans la Maison Blanche, écoutant ses propres bandes magnétiques pour multiplier les souvenirs en mode flashback. Cette temporalité éclatée, Stone la travaille comme il l&rsquo;avait fait pour <em>JFK</em> : montage nerveux, mélange de formats pellicule et de fausses images d&rsquo;actualités, angles qui ne cessent de changer, … tout est fait pour mêler faits historiques et drame intime sans jamais paumer le spectateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la clé, le portrait d’un animal politique aussi féroce que fragile, rongé de culpabilités multiples, obligé de combattre pour gravir chaque marche du pouvoir, depuis des origines on ne peut plus humbles jusqu’au Bureau ovale. Cette ascension s’opère dans une Amérique en pleine mutation, entre Guerre du Vietnam, explosion sociale, combat pour les droit civiques, Guerre froide à bout de souffle … Une situation implosive que Nixon tente de gérer comme il peut, avec parfois des éclairs de génie et des initiatives réussies, mais aussi des penchants beaucoup plus brutaux et ténébreux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Casting d’exception et tournage express</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Porté par un Anthony Hopkins magistral, secondé par une galerie de seconds rôles impressionnante — Joan Allen, Powers Boothe, Ed Harris, Bob Hoskins, James Woods, Paul Sorvino, Mary Steenburgen, David Hyde Pierce et j’en passe, le film doit une partie de sa légende à un casting d’excellence aux allures de chaises musicales. Ainsi, James Woods, qui avait déjà tourné avec Stone sur <a href="https://www.theartchemists.com/salvador-oliver-stone-chronique/"><em>Salvador</em></a>, a lui-même demandé à incarner Haldeman, rôle initialement destiné à Ed Harris, qui héritera finalement du personnage de Howard Hunt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au niveau technique, la photographie est signée Robert Richardson, fidèle collaborateur de Stone parmi les fidèles&nbsp;; la partition est confiée à John Williams qui a déjà signé les B.O. de <em>Né un 4 juillet</em> et <em>JFK</em>. Le tournage, rapide, s&rsquo;est déroulé de mai à juillet 1995, principalement en Californie ainsi qu&rsquo;à Washington. Au finish&nbsp;? Une fresque oppressante de 192 minutes, avec à la clé un échec commercial cuisant (le film ne ramènera que 13,7 millions de dollars quand il en a coûté 44), mais un accueil critique largement favorable, couronné de plusieurs nominations aux Oscars, dont celles d&rsquo;Anthony Hopkins et de Joan Allen.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une œuvre polémique, entre tragédie et réquisitoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Clairement le film ne peut que diviser. Si certains saluent une tragédie humaine universelle portée par une mise en scène et un jeu d&rsquo;acteurs hors normes, d&rsquo;autres reprochent à Stone son absence d&rsquo;objectivité, allant jusqu&rsquo;à qualifier le film de pamphlet plus que d&rsquo;œuvre historique. Le portrait dressé par Stone a été vivement contesté par la fille de Richard Nixon ainsi que par l&rsquo;ancien secrétaire d&rsquo;État Henry Kissinger. Du côté des historiens, Stephen E. Ambrose, auteur d&rsquo;une biographie en trois volumes de Nixon, a lui aussi dénoncé plusieurs inexactitudes, tandis que Ray Price, proche de longue date de l&rsquo;ancien président, jugeait que le portrait dressé par Stone ne correspondait pas à l&rsquo;homme qu&rsquo;il avait connu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oliver Stone s’emploie plan après plan à planter un Nixon rongé de culpabilité, oscillant entre vanité et perte de confiance, hanté par l’assassinat de JFK qui a permis sa propre élection, empêtré par ses douteuses amitiés avec les grands patrons texans, les pontes de la CIA et du FBI, obsédé par l’échec de la Baie des Cochons. En quête perpétuelle de rédemption, cette figure shakespearienne certes s’écarte de la vérité historique. Mais elle permet d’illustrer de manière spectaculaire comment le pouvoir peut fasciner puis ronger ceux qui s’en approchent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;occasion de son trentième anniversaire, plusieurs rétrospectives sont revenues sur le film. Avec le recul, on peut aujourd’hui apprécier à sa juste valeur ce portrait d&rsquo;un homme brillant et brisé, dont la trajectoire continue d’interpeller par ce qu&rsquo;elle dit du pouvoir, de la solitude et de l&rsquo;auto-destruction.</p>
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		<title>Jardins &#038; contre-culture : de Versailles symbole de pouvoir aux jardins sauvages comme acte politique</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/jardins-contre-culture-politique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 16:57:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Beaux-Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Lifestyle]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n&#8217;est pas de territoire plus chargé politiquement que le jardin. Ce que l&#8217;on plante, où l&#8217;on plante, comment on laisse pousser ou l&#8217;on taille : chacun de ces gestes porte une vision du monde, un rapport à l&#8217;autorité, une conception de ce que la nature doit être et de ce que l&#8217;homme est en [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;est pas de territoire plus chargé politiquement que le jardin. Ce que l&rsquo;on plante, où l&rsquo;on plante, comment on laisse pousser ou l&rsquo;on taille : chacun de ces gestes porte une vision du monde, un rapport à l&rsquo;autorité, une conception de ce que la nature doit être et de ce que l&rsquo;homme est en droit de lui imposer. De Le Nôtre dessinant les broderies végétales de Versailles à la gloire de Louis XIV à Derek Jarman semant des galets et des herbes folles sur les plages du Kent quelques années avant sa mort, le jardin a toujours été un espace où se joue, sous couvert de botanique, une lutte fondamentale : qui décide de ce qui doit pousser, et pour qui ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Versailles ou la nature soumise : le jardin comme manifeste absolutiste</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce que le jardin peut signifier comme acte de résistance, il faut d&rsquo;abord comprendre ce qu&rsquo;il peut signifier comme acte de domination. Versailles est, à cet égard, un cas d&rsquo;école d&rsquo;une limpidité absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Le_N%C3%B4tre">André Le Nôtre</a> commence les grands travaux des jardins de Versailles en 1661, à la demande de Louis XIV qui souhaite transformer le modeste pavillon de chasse de son père en la résidence royale la plus fastueuse d&rsquo;Europe. Ce que Le Nôtre conçoit n&rsquo;est pas un jardin au sens ordinaire du terme : c&rsquo;est une démonstration géométrique. Les allées rayonnent depuis le château selon une perspective centrale qui écrase la nature sous la logique du regard royal. Les ifs sont taillés en cônes, les buis en figures, les arbres en murs végétaux. Rien ne dépasse, rien ne déborde, rien n&rsquo;ose la digression. La nature, ici, obéit, constituant des salons à ciel ouvert qui complètent ceux du château.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;historien de l&rsquo;art <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Conan">Michel Conan</a>, dans ses travaux sur l&rsquo;histoire des jardins européens, a montré comment le jardin à la française du XVIIe siècle fonctionnait comme une projection spatiale de la théorie politique absolutiste : la raison souveraine ordonne le monde naturel comme le roi ordonne ses sujets. Les visiteurs qui déambulaient dans les allées de Versailles ne se promenaient pas : ils étaient mis en scène dans un décor qui leur enseignait, à chaque pas, la supériorité de l&rsquo;ordre sur le désordre, de la volonté humaine sur la croissance spontanée, du centre sur la périphérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette vision va se diffuser dans toute l&rsquo;Europe aristocratique du XVIIe siècle finissant pour devenir, très littéralement, un modèle d&rsquo;exportation du pouvoir français. Planter un jardin à la française dans un palais étranger, c&rsquo;est se placer dans la filiation symbolique de Louis XIV. La nature taillée est une langue diplomatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le jardin anglais ou la première dissidence végétale</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction ne tarde pas. Dès le début du XVIIIe siècle, en Angleterre, une contre-esthétique émerge qui va constituer la première grande dissidence dans l&rsquo;histoire politique du jardin. Le jardin dit à l&rsquo;anglaise — ou jardin paysager — refuse explicitement la symétrie française. Les allées se courbent, les plans d&rsquo;eau imitent les lacs naturels, les arbres sont laissés à leur forme propre, les vues sont ménagées pour simuler la découverte spontanée plutôt que la perspective calculée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Kent">William Kent</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Capability_Brown">Capability Brown</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Humphry_Repton">Humphry Repton</a> sont les grands architectes de cette révolution végétale. Ils ne construisent pas seulement une préférence esthétique mais une argumentation politique. Le philosophe <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthony_Ashley-Cooper_(3e_comte_de_Shaftesbury)">Anthony Ashley Cooper</a>, troisième comte de Shaftesbury, avait théorisé dès 1709 dans ses <em>Characteristicks of Men, Manners, Opinions, Times</em>, que la nature non contrainte était moralement supérieure à la nature domestiquée — un argument qui, transposé en termes politiques, revenait à dire que la liberté naturelle valait mieux que l&rsquo;absolutisme ordonné.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexander_Pope">Alexander Pope</a>, dans son <em>Épître à Burlington</em> (1731), formule le premier manifeste du jardin comme acte politique : il raille les jardins à la française, leurs axes interminables, leur prétention à corriger la nature, et plaide pour un art du jardin qui « consulte le génie du lieu ». L&rsquo;expression <em>genius loci</em> va faire fortune. Elle signifie que chaque espace a une vocation propre que l&rsquo;architecte doit révéler plutôt qu&rsquo;écraser.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les jardins ouvriers : nourrir sa famille, résister à l&rsquo;ordre industriel</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au XIXe siècle, la question du jardin glisse des demeures aristocratiques vers les faubourgs industriels, et sa dimension politique s&rsquo;en trouve radicalement transformée. Les jardins ouvriers — que l&rsquo;on appelle aussi jardins familiaux, et que les Britanniques nomment allotments — naissent dans le contexte de la révolution industrielle et de l&rsquo;exode rural massif qui jette des populations paysannes dans des villes qui n&rsquo;ont ni espace ni verdure à leur offrir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules-Auguste_Lemire">abbé Lemire</a>, curé d&rsquo;Hazebrouck dans le Nord, fonde en 1896 la Ligue française du coin de terre et du foyer, qui va essaimer des centaines de jardins ouvriers dans les banlieues industrielles. L&rsquo;intention de l&rsquo;abbé Lemire est explicitement sociale et politique : il s&rsquo;agit de donner aux familles ouvrières un espace de dignité, d&rsquo;autonomie alimentaire partielle, et — argument qu&rsquo;il répète inlassablement — d&rsquo;éloignement des cabarets. Le jardin, chez Lemire, est un instrument de moralisation autant que de subsistance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les jardiniers ouvriers eux-mêmes vont rapidement subvertir cette rhétorique paternaliste. Dans les jardins des corons du Nord, des banlieues lyonnaises ou des faubourgs parisiens, se développe une culture populaire de l&rsquo;autosuffisance qui contient, en germe, une critique du salariat et de la dépendance économique. Cultiver ses propres légumes, c&rsquo;est ne pas avoir entièrement besoin de l&#8217;employeur pour se nourrir. C&rsquo;est un geste d&rsquo;indépendance minuscule et concret, répété des millions de fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dimension est aujourd&rsquo;hui bien documentée par les historiens. L&rsquo;ouvrage collectif <em>Les Jardins ouvriers en France, des origines à nos jours</em>, coordonné par Jean-Paul Thibault, montre comment ces espaces ont constitué, tout au long du XXe siècle, des lieux de sociabilité ouvrière soustraits au contrôle de l&#8217;employeur et de l&rsquo;État : on s&rsquo;y retrouvait, on y discutait politique, on y organisait parfois des solidarités informelles que les structures syndicales officielles ne couvraient pas.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Derek Jarman à Dungeness : le jardin comme testament</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il est difficile de penser à un acte de jardinage plus radicalement politique que celui de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Derek_Jarman">Derek Jarman</a> à Dungeness, sur la côte du Kent, dans les années 1986 à 1994. Jarman, cinéaste britannique d&rsquo;avant-garde — à qui l&rsquo;on doit <em>Sebastiane</em> (1976), <em>Jubilee</em> (1978) et <em>Caravaggio</em> (1986) —, apprend en 1986 qu&rsquo;il est séropositif. Il achète Prospect Cottage, une ancienne cabane de pêcheur peinte en noir, construite face à la centrale nucléaire de Dungeness, sur un paysage de galets et de vent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu&rsquo;il va créer autour de cette cabane dans les huit années qui lui restent à vivre est un jardin d&rsquo;une nature absolument inédite. Pas de terre : les galets de la plage, le sable, les fragments de métal et de verre polis par la mer. Pas de clôture : le jardin se confond avec le paysage environnant. Des plantes choisies pour leur capacité à survivre sans irrigation dans un sol quasiment inexistant — coquelicots, fenouil, valérianes, chardons maritimes. Des sculptures bricolées avec des galets percés, des crochets de pêche, des bois flottants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jarman documente ce travail dans son journal <em>Modern Nature</em>, publié en 1992 par Century Press. Ce livre — à la fois journal intime, méditation sur la maladie et le corps, traité de botanique amateur et manifeste esthétique — est l&rsquo;un des documents les plus bouleversants de la culture britannique des années sida. Le jardin de Dungeness y apparaît explicitement comme un acte de résistance : à la mort qui approche, certes, mais aussi aux politiques de Margaret Thatcher (que Jarman abhorre), à la criminalisation de l&rsquo;homosexualité que la Section 28 de 1988 réactualise, à l&rsquo;idée même qu&rsquo;un homme mourant n&rsquo;aurait rien à créer, rien à planter, rien à laisser pousser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prospect Cottage et son jardin existent toujours. En 2020, une campagne de financement participatif menée par l&rsquo;Art Fund a permis de réunir trois millions et demi de livres sterling pour racheter la propriété et en assurer la préservation. Des milliers de personnes ont contribué : la dimension politique du geste de Jarman n&rsquo;a pas vieilli d&rsquo;une saison.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les squats verts urbains : jardiner comme occupation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début des années 2000, une nouvelle forme de jardin politique est apparue dans les villes européennes et nord-américaines : le jardin partagé sur terrain occupé, ou squat vert. Ces espaces, qui occupent des friches industrielles, des parkings abandonnés, des terrains vagues en attente de promotion immobilière, constituent l&rsquo;une des formes les plus directes de résistance à la spéculation foncière urbaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas le plus célèbre et le plus documenté est celui du community garden de <a href="https://planlibre.eu/la-green-guerilla-un-jardin-contestataire/">Liz Christy</a>, créé en 1973 dans le quartier de Houston Street à Manhattan, sur un terrain vague appartenant à la ville de New York. Christy et son collectif, les Green Guerrillas, commencent par lancer des seed bombs — des boules d&rsquo;argile contenant des graines de fleurs — par-dessus les grillages des terrains abandonnés, avant d&rsquo;occuper physiquement le terrain de Houston Street pour y planter des légumes et des arbres fruitiers. Sous la pression du mouvement, la ville de New York finit par concéder des baux à des dizaines de community gardens dans les années 1970 et 1980. Le mouvement des guerrilla gardeners était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, le mouvement des incroyables comestibles — traduction de l&rsquo;initiative britannique Incredible Edible lancée à Todmorden dans le Yorkshire en 2008 par Pamela Warhurst et Mary Clear — propose de planter des légumes et des herbes aromatiques dans tous les espaces publics disponibles : bords de trottoirs, pieds d&rsquo;arbres, jardinières de mairie, rebords de fenêtres. L&rsquo;idée centrale est aussi simple que subversive : rendre la nourriture gratuite et accessible à tous, désobéir au partage dominant entre espace public (décoratif) et espace privé (productif).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces initiatives rejoignent, sur un autre plan, les réflexions de l&rsquo;écrivain et militant américain <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Pollan">Michael Pollan</a>, dont le livre <em>The Botany of Desire</em> (2001, traduit en français sous le titre <em>La Botanique du désir</em>) explore les relations de pouvoir et de co-évolution entre les plantes et les humains. Pollan y soutient que jardiner n&rsquo;est jamais un acte neutre : c&rsquo;est toujours choisir quelles formes de vie on favorise, quelles autres on combat, quelle conception du monde on inscrit dans la terre.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le jardin aujourd&rsquo;hui : entre injonction au bien-être et radicalité retrouvée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait naïf de ne pas noter la tension qui traverse le jardin contemporain. D&rsquo;un côté, une esthétisation généralisée du végétal urbain — les murs végétaux des façades de bureaux, les toits-terrasses aménagés des immeubles de bureaux, les jardins partagés labellisés par les mairies comme outils de cohésion sociale — qui récupère le lexique de la résistance pour en faire un argument marketing. Le jardin sauvage est devenu une tendance de décoration intérieure. Derek Jarman est exposé dans les musées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l&rsquo;autre, des pratiques qui maintiennent, envers et contre tout, la charge politique originelle du geste. Les ZAD — Zones à Défendre, comme celle de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique, dont l&rsquo;occupation durait depuis 2009 avant l&rsquo;abandon du projet d&rsquo;aéroport en 2018 — ont produit des formes de jardinage collectif et expérimental qui constituent un chapitre à part entière dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;agriculture politique. On y a cultivé des légumes anciens, expérimenté des techniques de permaculture, organisé des semenceries collectives : autant de gestes qui affirmaient la possibilité d&rsquo;un autre rapport à la terre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus récemment, des artistes comme l&rsquo;Américain <a href="https://www.instagram.com/theastergates/">Theaster Gates</a>, avec ses interventions dans les quartiers abandonnés de Chicago, ou le collectif britannique <a href="https://assemblestudio.co.uk/">Assemble</a> — Prix Turner 2015 — travaillent à la jonction du jardinage, de l&rsquo;architecture participative et de la politique du quotidien. Ce qu&rsquo;ils ont en commun avec l&rsquo;abbé Lemire, avec les Green Guerrillas et avec Derek Jarman plantant ses chardons sur les galets de Dungeness, c&rsquo;est la conviction que l&rsquo;espace où quelque chose pousse est un espace où quelque chose se décide. Que le jardin, depuis toujours, est une façon de dire : ici, c&rsquo;est nous qui choisissons.</p>
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		<title>Rentrée 2026 : sommes-nous tous devenus des publics empêchés ?</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/publics-empeches-rentree-2026-crise-culturelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Aug 2026 11:04:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a une expression, dans le jargon feutré des politiques culturelles, qu&#8217;on utilise depuis les années 1980 pour désigner les personnes empêchées d&#8217;accéder à la culture : détenus, patients hospitalisés, résidents d&#8217;Ehpad, personnes en situation de handicap lourd … le ministère de la Culture les appelle officiellement les « publics empêchés ». Trois conventions [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il y a une expression, dans le jargon feutré des politiques culturelles, qu&rsquo;on utilise depuis les années 1980 pour désigner les personnes empêchées d&rsquo;accéder à la culture : détenus, patients hospitalisés, résidents d&rsquo;Ehpad, personnes en situation de handicap lourd … le ministère de la Culture les appelle officiellement les « publics empêchés ». Trois conventions — culture-santé, culture-justice, culture et handicap — organisent leur accès. C&rsquo;était, jusqu&rsquo;ici, une catégorie à part, presque marginale, pensée pour ceux que la vie retient loin des salles et des musées. En 2020 avec l’épidémie de Covid, on s’était déjà posé la question d’un élargissement de cette catégorie. Cet été 2026, les faits sont là&nbsp;: nous sommes tous devenus des publics empêchés. Pourquoi&nbsp;? Comment&nbsp;? Faisons le point.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réchauffement climatique&nbsp;: un empêchement structurel qui s&rsquo;installe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Commençons par le plus visible : la canicule. Fin juin, un épisode de chaleur extrême a placé jusqu&rsquo;à 45 départements en vigilance orange et rouge, avec des pointes frôlant les 42 degrés. Résultat des courses météorologiques :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>le <a href="https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/347733-canicule-le-recapitulatif-des-evenements-annules-ce-week-end-a-paris-et-en-ile-de-france">festival Solidays</a>, rendez-vous musical et militant parisien incontournable, a été annulé à quelques heures de son ouverture sur demande de la préfecture de police, saturation hospitalière oblige, avec à la clé, un manque à gagner mortifère pour l’event et les nombreuses assos de prévention du SIDA qui bénéficient habituellement de ses retombées financières.</li>



<li><a href="https://www.franceinfo.fr/culture/musique/les-festivals-de-musique-inquiets-pour-l-avenir-face-a-des-contraintes-economiques-et-climatiques-majeures_8088521.html">Garorock</a> n&rsquo;a tenu qu&rsquo;une seule journée sur plusieurs prévues. La Fête de la musique a été purement et simplement supprimée dans des villes comme Brive-la-Gaillarde, Nanterre ou Écommoy, quand d&rsquo;autres municipalités ont dû l&rsquo;encadrer par arrêté, interdisant toute manifestation extérieure entre midi et 19 heures. Même la Marche des Fiertés parisienne a été annulée le même week-end.</li>



<li>Le <a href="https://www.franceinfo.fr/environnement/evenements-meteorologiques-extremes/vagues-de-chaleur-canicules/canicule-notre-syndicat-a-alerte-le-ministere-de-la-culture-face-au-risque-d-annulation-de-festivals-declare-le-directeur-des-eurockeennes-de-belfort_8089655.html">directeur des Eurockéennes de Belfort</a> a lui-même alerté le ministère de la Culture, redoutant que ces annulations de dernière minute ne deviennent la norme plutôt que l&rsquo;exception climatique.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Un simple aléa météo&nbsp;? Arrêtons de nous coller la tête dans le sable. C&rsquo;est un empêchement structurel qui s&rsquo;installe. Et il ne touche pas que les grands festivals : les randonnées, les gîtes d&rsquo;étape, les kermesses, les bals populaires, toute une économie de la sortie culturelle estivale a dû, cet été, se replier — littéralement se confiner — derrière ses volets fermés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Restrictions budgétaires pour les structures comme pour les particuliers</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la canicule n&rsquo;est que la partie la plus spectaculaire d&rsquo;un empêchement plus sourd, plus continu : celui de l&rsquo;argent.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Une <a href="https://www.artexplora.org/articles/etude-ifop-pratiques-culturelles">enquête Ifop menée pour la fondation Art Explora</a> et publiée en avril 2026 le confirme noir sur blanc : si 86 % des Français jugent la culture essentielle à leur qualité de vie, un Français sur cinq n&rsquo;a effectué aucune sortie culturelle au cours des douze derniers mois. Le manque d&rsquo;argent est cité comme frein direct par près d&rsquo;un tiers des sondés pour le cinéma ou les concerts.</li>



<li>Les <a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7666877?sommaire=7666953">chiffres de l&rsquo;Insee</a> racontent la même histoire sous un autre angle : en 2023, 64 % des cadres sont allés au cinéma dans l&rsquo;année, contre seulement 30 % des ouvriers — un écart qui explose encore davantage sur les spectacles vivants et les visites de sites culturels.</li>



<li>Et ce n&rsquo;est pas près de s&rsquo;arranger. Le <a href="https://www.se-unsa.org/2026/04/pass-culture-2026-budget-en-baisse-et-calendrier-serre/">Pass Culture</a>, dispositif censé démocratiser l&rsquo;accès des jeunes à la culture, a vu sa part collective — celle qui finance les sorties scolaires — amputée de 25 millions d&rsquo;euros en 2026, passant de 97 à 72 millions. Les montants individuels attribués aux jeunes de 17 ans ont été divisés par deux, et les 15-16 ans ont purement perdu leur crédit individuel.</li>



<li>Pendant ce temps, le <a href="https://www.syndeac.org/culture-le-budget-2026-sannonce-funeste/">budget 2026 du ministère de la Culture</a> encaisse une coupe de 200 millions d&rsquo;euros, quand la mission cohésion des territoires en perd 900 millions supplémentaires — et les collectivités locales, déjà exsangues, sont sommées de trouver 5,3 milliards d&rsquo;euros d&rsquo;économies. Le Syndeac, syndicat des employeurs du secteur, ne mâche pas ses mots sur ce budget qu&rsquo;il qualifie de funeste pour la création.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Territoires : la carte de la désertification s&rsquo;agrandit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce repli budgétaire n&rsquo;est pas uniforme — il frappe d&rsquo;abord loin de Paris. La même enquête <a href="https://www.artexplora.org/articles/etude-ifop-pratiques-culturelles">Ifop-Art Explora</a> citée précédemment révèle un fossé vertigineux : 78 % des habitants de l&rsquo;agglomération parisienne jugent l&rsquo;accès à la culture facile, contre seulement 51 % en zone rurale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Début 2026, la liquidation en urgence d&rsquo;agences culturelles régionales historiques en <a href="https://musiquesactuelles.fr/fermetures-des-agences-culturelles-regionales-que-faire-des-missions-deleguees-exemple-en-nouvelle-aquitaine/">Nouvelle-Aquitaine</a> et dans le <a href="https://www.observatoire-culture.net/baisser-rideau-agence-culturelle-grand-est/">Grand Est</a> est venue illustrer le désengagement brutal de collectivités territoriales prises en étau par les contraintes budgétaires. Des zones entières du territoire sont aujourd&rsquo;hui identifiées comme des « zones blanches culturelles » par les parlementaires eux-mêmes. Là où le tissu associatif maintenait une vitalité locale, les coupes de subventions condamnent désormais les structures de proximité : écoles de musique intercommunales réduisant leurs antennes, compagnies de théâtre amateur contraintes de jeter l&rsquo;éponge et chorales associatives privées de salles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les réseaux de diffusion de proximité ne sont pas non plus épargnés. Pris en tenaille entre l&rsquo;envolée des coûts de fonctionnement et le tarissement des aides publiques, les cinémas itinérants réduisent leurs tournées, tandis que les bibliothèques rurales, faute de personnel, réduisent leurs horaires d&rsquo;ouverture ou gèlent leurs achats de livres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Censure ouverte</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À cette double peine climatique et budgétaire s&rsquo;ajoute, depuis les municipales de mars 2026, une troisième pression, plus directement politique. Dans plusieurs communes désormais dirigées par l’extrême droite, les coupes budgétaires ciblent spécifiquement des structures culturelles jugées trop critiques ou trop éloignées de la ligne municipale.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>À Castres, la pièce <em>Passeport</em> d&rsquo;Alexis Michalik, qui retrace le parcours d&rsquo;un exilé, a été déprogrammée.</li>



<li>À Carpentras, la subvention du festival de courts-métrages a été supprimée, mettant fin à sept ans d&rsquo;existence.</li>



<li>Le festival de jazz de Vauvert a dû s&rsquo;exiler dans la commune voisine après la suppression de son financement municipal.</li>



<li>À La Flèche, la scène conventionnée Le Carroi a perdu 71 000 euros sur un budget de fonctionnement de 253 000 euros.</li>



<li>À Beaucaire, l&rsquo;enveloppe globale des subventions aux associations a chuté de plus de 15 % depuis le changement de majorité — non sans quelques largesses ciblées vers des structures proches des nouveaux élus.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Empêchés de fait</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons directs, puisque c&rsquo;est bien de ça qu&rsquo;il s&rsquo;agit : cet été, nombre d&rsquo;entre nous — festivaliers, familles, habitants de zones rurales, publics des structures menacées — se sont retrouvés contraints, à des degrés divers, de renoncer à la culture. Ils ne sont ni hospitalisés, ni détenus ni en situation de handicap lourd, les critères historiques des « publics empêchés ». Mais parce que le thermomètre grimpe trop haut, parce que le porte-monnaie est trop plat, parce que la salle municipale la plus proche a fermé faute de subvention, parce qu&rsquo;une programmation a été retoquée sur décision politique, ils n’ont plus accès à la culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme de « publics empêchés » a été pensé, dans les années 1980, pour une minorité clairement identifiée. Il devient aujourd&rsquo;hui dangereusement extensible. Et c&rsquo;est peut-être ça, le vrai sujet de cette rentrée : non pas se demander comment mieux desservir des publics empêchés à la marge, mais se demander ce qui, structurellement, transforme des pans entiers de la population — climatiques, économiques, territoriaux, politiques — en empêchés de fait, sans qu&rsquo;aucune convention officielle ne les protège.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La culture ne meurt jamais d&rsquo;un seul coup. Elle s&rsquo;éteint par petites annulations, par petites coupes, par petits renoncements qu&rsquo;on additionne trop rarement. Cette rentrée, il serait temps de faire ce calcul-là.</p>
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		<title>L’Étoffe des rêves à la Halle Saint-Pierre ou le textile sauvage et insoumis</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/expo-etoffe-reves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dauphine De Cambre]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 11:04:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expositions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Certains matériaux ne se laissent pas facilement domestiquer, le textile notamment. Longtemps relégué aux marges de l’histoire de l’art, enfermé dans les cases trop étroites de l’artisanat, du folklore ou des travaux dits « domestiques », le fil trouve pourtant son expression la plus souveraine là où on ne l’attendait pas : dans les territoires indomptés de [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
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<p class="wp-block-paragraph">Certains matériaux ne se laissent pas facilement domestiquer, le textile notamment. Longtemps relégué aux marges de l’histoire de l’art, enfermé dans les cases trop étroites de l’artisanat, du folklore ou des travaux dits « domestiques », le fil trouve pourtant son expression la plus souveraine là où on ne l’attendait pas : dans les territoires indomptés de l’<a href="https://www.theartchemists.com/?s=art+brut">Art Brut</a>. Jusqu’au 31 juillet 2026, la Halle Saint Pierre déploie une exposition magistrale intitulée <em>L’Étoffe des rêves</em>. Cette traversée poignante et subversive met en lumière trente-six artistes internationaux issus de l’art brut, de l’art singulier et des lisières du surréalisme. Chacun à sa façon y métamorphose la trame en un langage de résistance et d&rsquo;absolue liberté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le fil comme écriture de l&rsquo;urgence et de l&rsquo;intime</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l&rsquo;Art Brut, le recours au textile naît presque toujours d’une urgence. Privés de canaux d’expression traditionnels, souvent confinés ou en rupture avec le corps social, les créateurs et créatrices se saisissent de ce qui leur tombe sous la main : des draps d’hôpitaux, des chiffons usés, des fils tirés de couvertures ou des vêtements délaissés. Le tissu devient alors le parchemin des analphabètes de l&rsquo;art officiel. Broder, tricoter ou tresser s’apparente à un rituel de réappropriation identitaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là où la peinture exige un outillage spécifique et un espace dédié, le textile s&rsquo;infiltre partout, se travaille dans le secret d&rsquo;un lit d&rsquo;asile ou d&rsquo;une solitude recluse. À travers les œuvres présentées, on mesure à quel point le fil agit comme un cordon ombilical reliant l&rsquo;artiste à son propre imaginaire. Chaque point de couture est une affirmation de soi, une manière de réparer un monde intérieur fragmenté. Le tissu recueille les stigmates du temps et les obsessions de l&rsquo;esprit, se muant en une matière organique vibrante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une subversion sauvage des savoir-faire traditionnels</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soulignons l’absence totale et fascinante de révérence envers les règles académiques du point de croix ou du tissage d’ornement. Les artistes invités à la Halle Saint Pierre – à l&rsquo;instar des visions de Stéphane Blanquet, de la ferveur de Barbara d&rsquo;Antuono, des architectures textiles de Nicole Bayle ou des fables populaires de Jacques Trovic – ne cherchent pas à faire « beau » selon les canons bourgeois. Ils retournent la technique contre elle-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La broderie se fait sauvage, les nœuds deviennent des excroissances sculpturales, le macramé ou la dentelle se distordent pour donner naissance à des paysages hallucinés ou des figures totémiques. On scrute des œuvres monumentales ou d&rsquo;une minutie extrême où la laine tuftée (comme chez Brankiça Žilovič) s&rsquo;approprie l&rsquo;espace pour dessiner des cartographies souterraines. En déviant les usages utilitaires ou décoratifs de l&rsquo;étoffe, ces créateurs abolissent la frontière obsolète entre l&rsquo;art et l&rsquo;artisanat. Le textile n&rsquo;habille plus le corps ; il devient le corps lui-même, un volume anthropomorphe, une excroissance de chair et de cris.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Matières modestes, récits grandioses : l&rsquo;esthétique du rebut</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’ADN de l’Art Brut réside dans sa capacité à sublimer le rien. <em>L’Étoffe des rêves</em> en est la preuve éclatante par son recours massif aux matériaux recyclés et pauvres. Des débris de dentelles usagées, des loques suspendues, des fibres synthétiques ou naturelles s&rsquo;entrelacent pour échapper à leur condition première. Les artistes de l&rsquo;art singulier et de l&rsquo;art outsider redonnent une noblesse métaphysique à ce que la société de consommation a rejeté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque fragment de tissu exposé porte en lui une charge mémorielle, une histoire invisible que le créateur vient réactiver. En assemblant ces morceaux d&rsquo;étoffes disparates, les artistes tissent des récits collectifs autant qu&rsquo;intimes. Les fils ne servent plus à coudre un vêtement, mais à suturer des blessures historiques, politiques ou spirituelles. C&rsquo;est un médium de transmission pure, brut, qui s&rsquo;adresse directement aux sens et à l&rsquo;inconscient du visiteur, sans nécessiter de clé de lecture théorique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une déambulation au cœur du territoire onirique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La scénographie envoûtante de la <a href="https://www.theartchemists.com/?s=halle+saint+pierre">Halle Saint Pierre</a> invite à une véritable dérive mentale. Les œuvres textiles se déploient en suspensions narratives, en tentures imposantes ou en reliquaires secrets. Le titre même de l&rsquo;exposition, emprunté à Shakespeare, résume admirablement l&rsquo;expérience : l&rsquo;étoffe est la structure physique, le fil conducteur, tandis que le rêve est le souffle brut qui vient l&rsquo;habiter pour l&rsquo;arracher à sa pesanteur matérielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ressort de cette exposition avec la certitude que le textile possède une puissance d&rsquo;émotion et de subversion plastique inégalée. En se libérant des cadres de la toile traditionnelle, l&rsquo;Art Brut a trouvé dans le fil le plus parfait vecteur de sa liberté inconditionnelle. Une invitation à perdre le fil de vos propres certitudes pour mieux vous laisser capturer par la trame de ces songes sauvages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour en savoir plus consultez le <a href="https://www.hallesaintpierre.org/letoffe-des-reves/">site de la Halle Saint-Pierre</a>.</p>



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<h2 id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading wp-block-themeisle-blocks-advanced-heading-fb3c7a39">Et plus si affinités ?</h2>



<p class="has-text-align-center has-text-color wp-block-paragraph" style="color:#fefefe">Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?</p>



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		<title>Littérature et inceste : quand la littérature dénonce l&#8217;innommable</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/dossier-litterature-inceste-victimes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 15:47:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Dossiers thématiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps relégué aux confins des secrets de famille et des silences institutionnels, l&#8217;inceste trouve aujourd&#8217;hui dans l&#8217;espace littéraire un écho d&#8217;une force inédite. Loin de se cantonner au simple statut de catharsis personnelle, le récit de l&#8217;abus est devenu un acte éminemment politique et démocratique. En s&#8217;emparant des mots pour nommer l&#8217;innommable, les autrices et [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Longtemps relégué aux confins des secrets de famille et des silences institutionnels, l&rsquo;inceste trouve aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;espace littéraire un écho d&rsquo;une force inédite. Loin de se cantonner au simple statut de catharsis personnelle, le récit de l&rsquo;abus est devenu un acte éminemment politique et démocratique. En s&#8217;emparant des mots pour nommer l&rsquo;innommable, les autrices et auteurs contemporains brisent l&rsquo;omertà, subvertissent le déni des élites et contraignent la société à regarder en face ses propres structures de domination. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de témoignages intimes, d&rsquo;enquêtes journalistiques ou d&rsquo;essais théoriques, ces œuvres ne se contentent pas de documenter le traumatisme : elles restaurent la dignité des victimes, éclairent les failles de notre système judiciaire et redéfinissent les contours de la vigilance collective. Ce dossier explore la manière dont les livres se font aujourd&rsquo;hui les armes indispensables d&rsquo;une prise de conscience historique, à travers l&rsquo;analyse de quatre ouvrages majeurs et de ceux qui ouvrent la voie à ce changement de paradigme.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-the-artchemists wp-block-embed-the-artchemists"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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		<title>« La Familia grande » &#8211; Camille Kouchner : briser le sanctuaire de l&#8217;inceste</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/famiglia-grande-camille-kouchner/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 15:22:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Familia grande de Camille Kouchner&#160;? Une déflagration. En choisissant de briser un secret de famille lourd de plus de trente ans, l&#8217;autrice a non seulement exposé les dérives d&#8217;une lignée, mais a également forcé la société française à regarder en face la réalité de l&#8217;inceste et les mécanismes de protection qui régissent les cercles [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<div style="height:15px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La Familia grande</em> de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Kouchner">Camille Kouchner</a>&nbsp;? Une déflagration. En choisissant de briser un secret de famille lourd de plus de trente ans, l&rsquo;autrice a non seulement exposé les dérives d&rsquo;une lignée, mais a également forcé la société française à regarder en face la réalité de l&rsquo;inceste et les mécanismes de protection qui régissent les cercles de pouvoir. Si cet ouvrage publié en 2021 a déclenché une onde de choc sans précédent, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il lève le voile sur l&rsquo;impunité dont a longtemps bénéficié une certaine élite intellectuelle et politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les coulisses d&rsquo;une utopie destructrice</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le titre de l&rsquo;ouvrage, <em>La Familia grande</em>, désigne le clan qui gravitait dans les années 1970 et 1980 autour du couple formé par la politologue <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89velyne_Pisier">Évelyne Pisier</a> et le constitutionnaliste de renom <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Olivier_Duhamel">Olivier Duhamel</a>. Ce cercle réunissait la crème de l&rsquo;intelligentsia de gauche : figures politiques, avocats, éditeurs et artistes se retrouvaient lors d&rsquo;étés rituels à Sanary-sur-Mer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Camille Kouchner décrit avec une grande finesse l&rsquo;atmosphère de cette époque, marquée par une injonction permanente à la liberté, à la fête, à la transgression des normes et à la parole décomplexée. Cependant, derrière cette façade d&rsquo;émancipation absolue, l&rsquo;autrice démontre comment cette absence de règles a piégé les enfants du clan, les privant de la protection d&rsquo;un cadre adulte et de frontières morales indispensables.</p>



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<li><a href="https://www.theartchemists.com/triste-tigre-neige-sinno/"><strong>« Triste Tigre » – Neige Sinno&nbsp;: la déconstruction magistrale du récit de l’abus</strong></a></li>



<li><a href="https://www.theartchemists.com/les-hommes-de-la-rue-du-bac-willy-le-devin-autopsie-dun-tabou-francais/"><strong>Les Hommes de la rue du Bac – Willy Le Devin&nbsp;: autopsie d’un tabou français</strong></a></li>
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<h2 class="wp-block-heading">Le mécanisme de l&#8217;emprise et du secret</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cœur du récit repose sur l&rsquo;accusation portée contre Olivier Duhamel, coupable d&rsquo;abus sexuels répétés sur le frère jumeau de l&rsquo;autrice à la fin des années 1980, alors que ce dernier n&rsquo;avait que 14 ans. Au-delà de la matérialité des faits, le livre décortique de manière clinique le poison du secret. Camille Kouchner raconte comment la culpabilité est déplacée sur les épaules des victimes et des témoins, condamnés au silence pour préserver la cohésion du groupe et la réputation des adultes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;un des passages les plus douloureux et les plus éclairants de l&rsquo;ouvrage concerne la réaction de l&rsquo;entourage lorsque la vérité finit par émerger des années plus tard. Le déni maternel et la solidarité de classe des membres de cette « familia grande » illustrent une omertà systémique. Protéger le puissant, sauvegarder l&rsquo;institution et étouffer le scandale sont devenus les priorités, au détriment de la justice et de la reconnaissance de la souffrance des enfants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une écriture pudique pour une portée universelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré la gravité du sujet, <em>La Familia grande</em> évite l&rsquo;écueil du voyeurisme ou du règlement de comptes stérile. Le style de Camille Kouchner, maîtresse de conférences en droit, reste d&rsquo;une grande pudeur. L&rsquo;écriture est fluide, sensible et d&rsquo;une précision remarquable lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;analyser les rouages psychologiques de l&#8217;emprise familiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte dépasse le cadre du simple témoignage autobiographique pour devenir une étude sociologique sur l&rsquo;impunité des dominants. Il met en lumière la façon dont le prestige intellectuel et le réseau social peuvent servir de bouclier contre la loi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un impact sociétal historique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La publication de ce livre a provoqué un séisme dont les répliques ont transformé le paysage législatif et libéré la parole à travers le mouvement social #MeTooIncest. En refermant cet ouvrage, vous comprendrez à quel point la littérature et le courage de témoigner demeurent des armes indispensables pour briser les structures de domination et protéger les plus vulnérables. Un document historique et humain fondamental.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Les Hommes de la rue du Bac &#8211; Willy Le Devin : autopsie d’un tabou français</title>
		<link>https://www.theartchemists.com/hommes-rue-bac-willy-le-devin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Delphine Neimon]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 15:12:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Les Hommes de la rue du Bac (2026), le journaliste d’investigation Willy Le Devin signe un ouvrage majeur qui s&#8217;inscrit dans la lignée des grands récits de salubrité publique. Prolongement direct de sa série d’articles chocs parus dans le quotidien Libération, ce livre-enquête lève le voile sur l&#8217;un des secrets les mieux gardés de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Avec <em>Les Hommes de la rue du Bac</em> (2026), le journaliste d’investigation <a href="https://www.editions-jclattes.fr/auteur/willy-le-devin/">Willy Le Devin</a> signe un ouvrage majeur qui s&rsquo;inscrit dans la lignée des grands récits de salubrité publique. Prolongement direct de <a href="https://www.liberation.fr/dossier/hommes-rue-du-bac/">sa série d’articles chocs</a> parus dans le quotidien <em>Libération</em>, ce livre-enquête lève le voile sur l&rsquo;un des secrets les mieux gardés de l’intelligentsia parisienne des décennies 1970 et 1980 : l&rsquo;existence d’un réseau pédocriminel installé au cœur de Saint-Germain-des-Prés. Si vous cherchez une lecture confortable, passez votre chemin. Ces lignes ne sont pas faites pour vous rassurer. Mais si vous cherchez la vérité historique et journalistique face à l&rsquo;omertà, vous êtes à la bonne page&nbsp;; cet ouvrage s&rsquo;impose comme une lecture essentielle.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Du fait divers au système : l&rsquo;affaire Inès Chatin</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la genèse de ce livre, il faut revenir au début de l’année 2024, lorsque Willy Le Devin recueille le témoignage d’Inès Chatin. Cette femme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années brise alors un silence de plusieurs décennies pour raconter l’horreur de son enfance. Elle affirme avoir été livrée par son père adoptif à un groupe d’hommes issus de la haute bourgeoisie, de la haute fonction publique et des milieux culturels parisiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le titre de l&rsquo;ouvrage, <em>Les Hommes de la rue du Bac</em>, fait directement référence au lieu de ralliement de cette clique d&rsquo;intouchables. Mais la force du travail de Willy Le Devin est de ne pas s&rsquo;être arrêté à un seul récit. En recoupant les archives, en traquant les preuves et en libérant la parole d’autres victimes oubliées, le journaliste démontre que l&rsquo;histoire d&rsquo;Inès Chatin n’était pas un cas isolé, mais le rouage d&rsquo;un système criminel orchestré par une élite intellectuelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;autopsie d&rsquo;une complaisance de l&rsquo;élite</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de la description des faits, le livre propose une analyse sociologique et historique vertigineuse. Willy Le Devin décortique avec une précision chirurgicale la complaisance d&rsquo;une certaine époque – l’après-Mai 68 – où la transgression des tabous moraux les plus absolus a parfois été intellectualisée, voire tolérée par une partie de la sphère culturelle parisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;auteur met en lumière les mécanismes de protection, le jeu des influences et le mépris de classe qui ont permis à ces criminels de traverser les époques sans jamais être inquiétés par la justice, protégés par une omertà institutionnelle révoltante. «&nbsp;<em>Votre travail est une bombe politique pour notre milieu</em>&nbsp;» lui confiera une éditrice qui ajoutera «&nbsp;<em>la question centrale est celle du pouvoir et de la domination, la sexualité n’étant pour certains qu’un moyen comme un autre de l’exercer</em>&nbsp;» (p.103). Tout est dit et cela fait très peur.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><em>Le grand morceau de bravoure : le récit de l&rsquo;enquête</em></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les Hommes de la rue du Bac</em> se distingue également par sa construction. Ce n&rsquo;est pas seulement le récit des victimes qui est ici mis en avant, c’est aussi le journal de bord d’un grand reporter confronté à la noirceur absolue. Willy Le Devin y livre les coulisses de son investigation : les doutes qui l&rsquo;assaillent, la rigueur méthodologique obsessionnelle indispensable pour bétonner un tel dossier, mais aussi le coût psychologique d&rsquo;une telle immersion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le style est précis, factuel, dénué de tout sensationnalisme morbide. C’est précisément cette retenue et cette rigueur journalistique qui rendent la lecture si percutante et implacable. En parcourant cet ouvrage, on mesure l&rsquo;importance cruciale du journalisme d&rsquo;investigation dans notre démocratie. <em>Les Hommes de la rue du Bac</em> redonne une voix, une dignité et une place dans l&rsquo;Histoire à des victimes longtemps condamnées au silence. C’est là sa force.</p>



<div id="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-678cc482" class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns alignfull has-1-columns has-desktop-equal-layout has-tablet-equal-layout has-mobile-collapsedRows-layout has-reverse-columns-mobile has-vertical-bottom ticss-c00aadba"><div class="wp-block-themeisle-blocks-advanced-columns-overlay"></div><div class="innerblocks-wrap">
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