Love letters : Dom Juan, météorites et séduction à la ramasse

Nous l’avons répété à corps et à cri et les mayas/aztèques/incas avant nous : 2012 sera probablement la fin d’un monde. Peut-être même du monde si tant est qu’on se prenne une grosse météorite dans la tête (dixit notre gros sujet de conversation pendant le réveillon de Nouvel An, où entre huîtres et champagne, nous avons carrément envisagé de peindre une partie du dit astéroïde en blanc pour que le reflet du soleil détourne sa course fatale : non, nous n’avions rien fumé avant, promis).

Comme donc les mois nous sont comptés, autant en profiter pour faire ce que l’être humain aime le plus avec manger, boire et se créer des problèmes inutiles : séduire. Séduire avec tout ce qui accompagne cette activité somme toute pas désagréable. L’avant (très cool l’avant), le pendant (préliminaires inclus) et l’après (à savoir le largage, pas forcément ce qu’il y a de plus top mais on est jamais trop prévoyant).

Disons-le franchement : les temps présents ne nous aident guère en la matière et la dématérialisation des relations accompagne celle des informations véhiculées par internet. Réseaux sociaux, sites de rencontres, coaching drague à distance, … et l’humain dans tout ça ? Les long distance relationships, les cyberamourettes véhiculent les amertumes de demain et nous en sortons tous amoindris, plus trop sûrs de nos charmes et incapables d’aborder le sujet sans trembler comme une feuille de nous ramasser la veste du siècle.

Pas cool. Les forums sont pleins à rabord de témoignages de déceptions amoureuses du genre « Il me trouvait belle, jolie, intelligente, … et il n’est pas venu au rdv, j’ai attendu trois heures sous la pluie. Pourquoi ? Qu’est-ce que je lui ai fait ? » Et les messages de soutien d’affluer, assortis de témoignages complémentaires, de conseils pleins de bons sens, quand ce ne sont carrément pas des cours entiers. Et ce qui est valable pour les nanas l’ait aussi pour ces messieurs. Tout ça pour dire qu’on serait assez bien parti pour terminer ce monde célibataire, … s’il ne nous restait la littérature.

Eh oui, la littérature. Ou trouver pareille mine de renseignements sur le comportement amoureux, ses dérives ou ses succès sinon dans les pages de nos grands auteurs qui ont fait du terrible sentiment et de ses dommages collatéraux leur fond de commerce. Aussi, croyez-moi, si vous voulez un solide bon cours de drague qui marche, allez à la bibliothèque … et empruntez dans la seconde Dom Juan ou parcours d’un dragueur raté.

En effet l’archétype du séducteur-dévastateur qui laisse les femmes sinon assouvies de plaisir du moins exsangues de désir et rayées de la carte socialement après avoir céder leur pucelage ou leur vertu contre une promesse d’union vérolée (n’oublions pas que nous sommes au XVIIème siècle et que la femme n’y a alors aucun statut majeur et n’existe que dans l’hyménée et la maternité où elle laisse du reste sa vie dans 5 cas sur 7, et qu’en prime elle risque de chopper la dite vérole), l’archétype du séducteur disais-je est en fait le roi de la loose et se prend gamelle sur gamelle pendant les cinq actes que durent sa déchéance.

Comportement à proscrire donc :
– le frénétique séducteur qui s’attaque à tout ce qui porte jupons et corsets a tout de même une très nette attirance pour les godiches, les hystériques et les candides ; entre les deux petites paysannes illettrées et simplettes qu’il dragouillote sur la plage où il vient d’échouer après un naufrage (le mec a vraiment le sens des circonstances y a pas à dire) et Dona Elvira, une nonne dont on imagine que du fond de son couvent elle n’a pas dû croiser beaucoup de mâles, le Dom Juan cherche la victime facile … pas dit qu’une précieuse se serait laissée coincer comme ça, surtout une Ninon de Lenclos (l’une des plus grandes courtisanes du temps, savante et elle-même séductrice en diable) ou une Athénaïs (Madame de Montespan dans le civil, esprit éclairé et maîtresse d’un certain Louis XIV, faut ce qu’il faut). Ces dames haut placées connaissaient la musique (de chambre ou autre) et l’auraient gentiment mais fermement envoyé bouler.

– le frénétique séducteur qui nous abreuve de ce long monologue/éloge de l’amour ultra libre surtout pour lui « Quoi? Tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? » s’avère beaucoup moins loquace quand il s’agit de séduire ces dames et très franchement, ça n’est pas un poète, on pourrait même dire qu’il est assez basique dans ses approches et que très franchement, il ne tient guère la route au niveau blabla et qu’il embobine beaucoup plus facilement son valet que ses conquêtes.

– le frénétique séducteur qui se réclame du libertinage de mœurs en oublie une règle essentielle : la volupté et toutes les plaisirs sexuels qu’elle suppose. Et là très sincèrement, c’est un 0 pointé qui a zappé la carte de Tendre et les multiples potentialités sensuelles, préférant le petit coup tiré en vitesse avec échappatoire immédiate après action minimaliste (on imagine dumoins, Molière restant évasif sur ce point – Classicisme, quand tu nous tient), en place de l’exploration intense parce qu’approfondie qu’un libertin digne de ce nom devait apporter à sa ou ses maîtresses. Si je devais résumer en des termes plus terre à terre, le Dom Juan zappe les préliminaires, pénètre, jouie, se casse. Archétype du consumériste  sexuel dénué d’affect, pas ce qu’il y a de plus vendeur aujourd’hui et carrément suicidaire au XVIIème siècle où un amant se faisait un devoir de faire jouir sa compagne de lit de multiples façons.

– En plus d’être menteur sur la marchandise et de prétendre être ce qu’il n’est pas, le Dom Juan est une promesse de problèmes à venir. Ouep car s’il se prétend faussement libertin de mœurs, le monsieur est à coup sûr libertin d’esprit, se prenant la tête avec des questions existentielles de mierda et un comportement social proprement insupportable, avec un nombre incroyable de bravades puériles à son actif. Bref un vrai explosif social à pattes dont l’épouse aurait régulièrement dû éponger les conneries (sachant qu’à l’époque la femme était responsable des âneries de son compagnon), supporter les crises caractérielles et le cynisme permanent et odieux : la scène où il promet un louis d’or à un misérable crevant de faim pour peu qu’il renie sa foi sur un juron blasphématoire est absolument éclairante à ce sujet et toute nana normalement constituée lui aurait pris le louis d’or des mains, donné au pauvre type, claqué la figure et tourné casaque pour échapper au pire.

Tout ça pour dire que ce n’est pas un hasard si Dom Juan est devenu un mythe avant tout pour les psychiatres qui n’en finissent plus d’analyser son comportement à la loupe de Lacan, Freud et consort. Alors par pitié mesdames, si vous voulez la paix et une chance d’avoir un orgasme dans la tranquillité et la jouissance, observez bien avant de tomber tête la première et barrez-vous une fois le danger détecté, et vous Messieurs, même si c’est hyper tentant, évitez de copier et choisissez comme modèle Casanova !!!!

Et plus si affinités
http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre339.html