Festival et territoire / Rockomotives : 22 ans de cohérence culturelle

Leur site est des plus dépouillés, ici ne cherchez pas de biographies, d’historiques complets, les partenaires se limitent à une succession de logos, la prog à une série de dates étalées sur une semaine. Acétique ? Certes non, simplement un festival de terrain qui attaque cette nouvelle session en restant fidèle à lui-même.

Crédo assumé :

– des jeunes talents à l’affiche

– du lien social au programme.

Richard Gauvin, en charge de la direction artistique et de la comm’ des Rockos, revendique ces deux facettes avec la tranquille conviction d’un ancien, lui qui rejoint le staff de l’event en 1994, 2 ans après son inauguration. Vendômois d’origine, cet enfant du cru y tient, à ce festival aujourd’hui rattaché au service public de la commune qui a su ainsi reconnaître son impact et soutenir son action. Perspicacité partagée par nombre de commerçants et d’entrepreneurs du coin qui n’hésitent pas à épauler cette semaine culturelle en mode sponsoring, ravis de cette visibilité et de l’activité touristique qu’elle engendre.

Car ils ont compris à quel point ce festival est un enrichissement pour la région et pas seulement intellectuel. Avec un public de fidèles dont 40 % vient de Paris, du reste du pays, voire de l’étranger, les Rockomotives prennent légitimement et avec éclat leur place parmi les différentes actions qui animent la ville du Loir. Et lui prêtent la vitalité fédératrice d’un centre de création, où formations à l’international croisent artistes locaux. Rien que pour 2013, le line up conjugue les hexagonaux Fauve, Mesparrow, Fordamage, H-Burns, GaBlé (j’en oublie, pardon, pardon) avec les anglais Heymoonshaker, Money ou John Parrish, les canadiens Suun ou Louis-Jean Cormier, les belges Arno ou Girls in Hawaï, sans compter des espagnols, des neérlandais, des allemands, … Pour cinq têtes d’affiche, une majorité d’émergents portant des projets d’avant-garde et sans concession, issus de différentes tendances, pour tisser des concerts aux accents mêlés dans des lieux importants de la ville.

Objectif affirmé, assumé et militant : offrir aux festivaliers un évènement qui reflète la mosaïque des affinités, qui décloisonne les styles, et permette à chacun de se trouver en découvrant autre chose. Mixité des générations, des origines, des paysages, nourrie par une programmation à géométrie variable, qui s’adapte aux goûts sans s’y soumettre. Ici pas de star system, oubliez le bar VIP ou les bannières sponsor, une fois l’entrée passée, tout le monde est logé à la même enseigne, et se retrouve au zinc pour partager une bière et deviser de musique et autre, une fois les live bouclés.

Facteur appréciable pour cette ville dont les 20/25 000 habitants sont en demande, avec un vivier artistique important alimenté par la région. D’où l’idée de proposer des festivités qui engendrent un phénomène de soutien dans l’esprit de la population au même titre qu’un club de foot ou de judo. En deux décennies, c’est chose faite, et Vendôme a su s’imposer comme le cœur d’une toile active où se retrouvent nantais, rennais, tourangeaux sur un front commun de valeurs artistiques et sociales. Qui attirent les franciliens/TGvistes fuyant la capitale (désormais située à 42 minutes de trajet par la magie de la grande vitesse ferroviaire) pour trouver dans la commune calme, qualité de vie et une vivacité culturelle de bon aloi.

Pas un hasard si les médias soutiennent et se penchent avec curiosité et bienveillance sur ce berceau si fertile en expérimentations. C’est qu’à Vendôme on prend le temps de tester les hybridations artistiques, peu importe le résultat, qui du reste est souvent très positif. Dixit l’interaction répétée avec le festival du film qui suit les Rockos sur le calendrier et qui accueille des cinés concerts dont certains ont marqué les mémoires … et ont fait long feu : ainsi Montgomery animant une projo de Mad Max : ce fut tellement intense que le concept a tourné jusqu’au festival d’Edimbourg.

Bref, en construisant des passerelles culturelles avec d’autres régions et d’autres pays, les Rockomotives jouent la carte de l’ouverture comme ciment du lien social, travail de longue haleine qui nécessite patience, constance, ténacité et flair dans un monde désormais régi par une mondialisation anarchique, entre repli excessif et dissolution des identités. Exercice d’équilibriste qui interroge les enjeux et la fonction de la politique culturelle tout en affirmant sa nécessité et sa portée vitale.

Et plus si affinités

http://www.rockomotives.com/index.html