Tous zombies : le visage de nos pulsions primales …

Ah ce bon vieux zombie, mort vivant qui se traîne depuis l’Osiris égyptien et le Lazare biblique jusqu’au possédé vaudou, aujourd’hui icône cinématographique incontournable sous l’égide du grand Romero … une croyance, une peur, un star … mais bien plus encore. Comment expliquer pareil succès, semblable longévité ? Caméra au poing, Dimitri Kourtchine explore ce phénomène de la pop culture en une websérie documentaire aussi complète que pertinente ; chacun des treize épisodes soulève des problématiques qui excèdent le cadre du fantastique pour pénétrer le sociétal en force.

Et cela fait fichtrement peur, car le macchabée sanguinolent et dévorateur, qu’on essaye d’apprivoiser à coups de produits dérivés et de zombi pride, cristalliserait de fait nos angoisses viscérales de fin du monde, le refus de l’autre dans toutes ses déclinaisons, la haine du changement, la terreur de tout perdre à l’heure des grandes mutations, des basculements économiques … Qu’il s’agisse de cinéma, de BD, de série TV, de musique ou de jeu vidéo, le zombie se recrée sans fin pour divertir mais en canalisant nos rejets de l’inconnu, nos revendications politiques ou nos pulsions primales de survie …

Au choix et suivant les contextes, il incarne l’absolu de l’Apocalypse ou tous les déshérités du monde, celui qui dévore comme celui qui se venge … bref un visage double qui reflète le nôtre. Car au final nous sommes des zombies en devenir, et ce miroir tendu a tout pour nous rendre schizophrènes. A moins que nous ne le soyons déjà et que modestement, le mort vivant ne soit qu’une émanation de la démence humaine ? Les investigations de Kourtchine, alimentées par moult interviews et références, laissent planer le doute … mais posent bien des questions.

Sa lecture fait même peur quand il aborde le relais médiatique de la campagne de Donald Trump : l’angoisse de l’étranger invasif est diffusée via des images qui se superposent parfaitement aux scènes de fin du monde typiques des films de zombies, c’en est juste affolant. Rien de plus facile alors que de manipuler l’anxiété publique en agitant des clichés inscrits dans l’inconscient. Car la foultitude de créations artistiques mettant en scène la goule dans toute sa ténébreuse puissance a marqué le mental moderne au fer rouge, ouvrant un large champ de références à exploiter pour le meilleur et pour le pire.

Bref, il faut voir et revoir cette série, qui mesure avec justesse les mutations d’une figure devenue mythique, évoque son cheminent dans les méandres du temps et des consciences, et pose autant de questionnements sociétaux que politiques. A croire que le zombie ne pouvait s’épanouir que notre modernité consommatrice, dévoratrice de la nature et de l’humanité.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-014283/tous-zombies/

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