Ylajali au Théâtre des Célestins : tragique et déroutant

Inspiré du célèbre roman de Hamsun, John Fosse, lui aussi écrivain norvégien, adapte La Faim. Aux Célestins c’est alors la misère, la pauvreté, le drame et la métaphysique qui s’invitent dans la petite salle.

Certes la faim peut être définie comme une chute de glycémie et du glycogène hépatique avec un ensemble d’hormones entrant en jeu. Or loin des livres de nutrition, la faim est là avec un but. Métaphoriquement on utilise le terme faim de quelque chose pour désigner une envie. Le héros a-t-il faim de vie ?

Hamsun publie son ouvrage en 1980, un roman écrit à la première personne, il relate l’errance d’un homme tiraillé par sa faim et vivant une déchéance mentale et physique. Cette œuvre est sans aucun doute celle d’un manque. Vision parfaitement exprimée par l’austérité de la mise à scène, la simplicité de la musique qui l’accompagne et le talent de Gabriel Dufay. Plus que manquer de nourriture, le suivi du personnage est celui de l’errance, une marche sans but, une vie sans envie.

Non loin des Carnets du sous- sol de Dostoïevski, on ne sait pas si le personnage principal côtoie ou non la folie. Or cela nous inquiète, parce que cette première personne du singulier nous force à nous identifier. L’ambiguïté demeure, cet homme cherche la nourriture sans jamais vraiment manger, il semble chercher un sens à sa vie … ou est-il entrain de préparer sa mort ? La littérature, encore une fois, nous montre la complexité de la personne humaine, aucun moyen de placer ce personnage dans un type. Celui-ci révèle l’absurdité de la nature humaine, sa raison, son euphorie, sa folie ….

Loin d’un cas clinique sur l’anorexie ou le trouble psychiatrique, cette œuvre reste dérangeante et difficile d’accès. Les envolées métaphysiques nous enchantent, la mise en scène met en lumière cette femme au nom poétique et difficilement prononçable : Ylajali. Toute la pièce ce nom résonne, il hante l’esprit du spectateur comme celui du jeune homme. Que signifie cette rencontre empreinte de violence et d’amour ? La passion vient-elle sauver l’homme ou le détruire ? Beaucoup d’interrogations, peu de réponses mais un sens esthétique qui semble être lui-même l’explication. L’homme abandonné se laisse séduire par quelqu’un qu’il connait à peine, le public aussi.

Encore une fois, après une remarquable saison, le théâtre des Célestins nous enchante. Dans une pièce tragique et déroutante, le spectateur se retrouve dans l’univers glacial des pays nordiques. La beauté du théâtre exposant la faim, nous interroge sur une autre fin.

Et plus si affinités

http://www.celestins-lyon.org/index.php/Menu-thematique/Saison-2012-2013/Spectacles/Ylajali

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