Il y a longtemps que je n’ai pas été aussi calme – Danya Hammoud : programme minimum

L’Atelier de Paris a repris une brève pièce de Danya Hammoud, Il y a longtemps que je n’ai pas été aussi calme, un duo incarné, pour ne pas dire dansé, par l’auteure elle-même et son miroir ou faire-valoir, l’artiste barcelonaise chevronnée Carme Torrent. Le début et la fin de la pièce sont sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans cette “proposition” du genre performatif (ou tique) en vogue dans les années 70 dans le milieu muséal et galeriste à la suite de courants post-Dada tels que Fluxus, la Judson, le Nouveau Réalisme, etc. Entre les deux, malgré une composition rigoureuse et une insolite répartition de rôles dans la cour carrée du studio où les deux interprètes semblent jouer aux quatre coins, nous sommes sevré de matière donnée à voir ou à entendre.

Quelques phrases de musique classique au piano en préambule (malheureusement livrées en playback!), dans l’obscurité totale ; d’autres, aux deux-tiers du pas de deux ; une mémorable ouverture au noir, finement dosée par la talentueuse plasticienne Abigaïl Fowler ; un silence, sans les parasites du bruit de pas, du frotti-frotta, du souffle, du soupir, du cri ou de la plainte ; un agencement discret mais efficace, régi par quelques thèmes gestuels récurrents et de quiets déplacements brisant la symétrie ; des effets de contrepoint visuel ; des poses, plus que des positions, au sens académique du terme, de la part des duettistes. Des poses “artistiques”, en somme, comme celles de modèles vivants pour atelier de peintre ou pour studio photographique.

Il y a loin de la coupe aux lèvres. S’il fallait se fier à la littérature des feuilles de salle en général, quelles qu’en soient leurs qualités stylistiques, et aux notes d’intention en particulier, cela ferait lurette que la critique artistique se trouverait absolument au chômage. Par principe, nous ne lisons jamais ces prospectus avant d’avoir nous-même estimé ce dont nous avons été témoin, de visu ou tout ouïe. Dans le cas présent, c’est dans la navette nous rapatriant à Paname que nous avons découvert les inévitables promesses de Gascon, parfois de véritables perles, comme ce questionnement de la “vulnérabilité de nos existences” dans “un monde qui devient fou” ou la “condensation du mouvement” qui “exhale le grain des présences et la stricte nécessité du geste”, sans parler de… “la danse comme lieu d’être.”

Ni l’une ni l’autre n’étant vraiment danseuses, nous ne saurions reprocher aux interprètes leurs limitations techniques. Elles se sortent d’ailleurs honorablement des tâches programmées par Danya Hammoud : légers pivotements du corps, passage en douceur de la station couchée, ou bien assise, à celle debout, inclinaison imperceptible latérale ou vers l’avant, arc-boutement récidivant de la Catalane, jeu de regards vers le public ou, ce qui revient un peu au même, vers le vide. Malgré cet écart désormais habituel entre la conception et la réalisation – la note d’intention étant la plupart du temps destinée aux commanditaires, coproducteurs et diffuseurs potentiels d’un spectacle à l’état de projet plus qu’aux spectateurs –, malgré quelque poncif, question “performativité”, en raison du parti-pris minimaliste, la pièce est d’une juste durée, d’une structure calculée, d’un final opportun, nous ramenant aux sources orientalistes de ce que fut, il y a déjà un certain temps, la modern dance.

Et plus si affinités

http://atelierdeparis.org/fr/danya-hammoud/il-y-longtemps-que-je-n-ai-pas-ete-aussi-calme

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