War Machine : « Laissez-nous vous libérer b* de m* ! »

Commencer une guerre, c’est assez simple ; la terminer, c’est beaucoup plus dur. Surtout quand on est borné comme l’est Glen McMahon, général américain idolâtré par ses hommes mais bas de plafond qu’on dépêche en Afghanistan pour stopper le conflit. Erreur car en bon texan qu’il est, brut de décoffrage et sans langue de bois, le « Glenimal » ne voit d’autre issue que de gagner le combat coûte que coûte, en occupant complètement des territoires qui ne veulent pas de lui ni de ses troupes. Bref c’est une War machine qui a pour unique vocation de faire la guerre et de la gagner, même quand cela en devient grotesque, impossible et tragique. Et contre productif.

Le réalisateur David Michôd va s’employer à mettre en scène cette absurdité, avec en figure principale un Brad Pitt particulièrement inspiré pour camper ce clown militaire, qui fait frémir et pleurer. Car il est attachant, ce Glenimal, con certes mais attachant car sincère, convaincu au plus profond de ses tripes que lui, ses hommes et les USA apportent partout où ils passent la manne de la civilisation et de la démocratie, pour aider les populations écrasées par le despotisme. Pas un instant il ne saisit que sa présence est vécue comme une invasion, une menace véritable, même quand il vient présenter ses condoléances à un pauvre mec dont un bombardement vient de tuer le gosse. Seule parade face au deuil et à la haine : offrir de l’argent pour « se reconstruire ».

Des séquences comme ça, il y en a plusieurs dans War machine, et qui ne font pas toujours rire. Car ce comportement suffisant, arrogant et finalement très naïf, a des conséquences irréversibles parmi les civils et les soldats qui ressortent tous de là physiquement et moralement atteints, dans l’indifférence des dirigeants qui ont enclenché ce séisme pour des raisons politiques et économiques somme toute vides de sens et de réalité. Eh oui, le ridicule tue au propre comme au figuré. Ce n’est pas une fable, puisque l’intrigue de cette satire est adaptée du livre The Operators de Michael Hastings, qui y décrit le fiasco américain en Afghanistan, via notamment la figure du haut gradé Stanley Mc Chrystal, limogé après un an à foutre un bordel sans nom à la tête de la coalition, s’auto éjectant après une interview retentissante publiée par Rolling Stone où il s’en prenait à l’administration Obama.

Faut vraiment pas être futé, et manquer sacrément de diplomatie et de bon sens pour en arriver là. C’est ce personnage haut en couleur que Brad Pitt incarne, à la limite de la caricature. A ses côtés se glissent Ben Kingsley, Meg Tilly, Tilda Swinton dans des apparitions éclair qui émaillent cette triste comédie. Au finish, c’est l’ensemble de la politique interventionniste de l’Amérique depuis la Guerre froide qui en prend un sacré coup dans l’aile, avec en sous titre subliminal ce constat désolant : « peut-on se prétendre gendarme du monde, quand on est aussi crétin, aveugle et méprisant ? » Le film prend plus de sens encore à l’heure où l’administration Trump se tourne en ridicule au quotidien, étalant son manque de compétence ; on frémit en imaginant les dommages engendrés par autant de bêtise conjuguée.

Et plus si affinités

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