Thomas Fersen : Barde du XXIème siècle ?

Voilà bientôt 20 ans que Thomas Fersen sillonne la France, entre tournées et sorties d’album (9 studios et 3 live, ça fait quand même pas mal…). Mais qui est donc ce drôle d’oiseau, qui vole sur la scène française depuis deux décennies ?

Thomas Fersen, c’est tout d’abord une gueule, une vraie. Une goutte de Gainsbourg, une pincée de Bashung, et une cuillérée de Louis Bertignac. Des traits marqués, un personnage a part entière qui en imposerait aussi bien en costume qu’en tutu et haute forme. Une douce folie, mais toujours avec beaucoup de classe.

Thomas Fersen, c’est aussi une voix. C’est ce qui marque lorsqu’on écoute ses albums. Son timbre éraillé se pose sur chaque note, faisant vivre les mots au son de sa voix, tel un ami qui vous conterait une histoire dans une taverne à la lueur d’un feu de cheminée… C’est d’ailleurs une de ses caractéristiques : toute ses chansons racontent des histoires. Il nous transporte dans un univers décalé, nous fait rire, pleurer. Non, je ne vous parle pas de grands éclats de rire ou de cataclysme de larmes, mais de ce petit sourire en coin que peut nous laisser une anecdote amusante. Des chansons qui nous touchent, assurément.

Alors, quand Lenny Royer notre playlister m’a parlé d’un concert au Transbordeur, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Rendez vous donc le 21 Avril devant la scène de Villeurbanne. Pendant plus de deux heures, 3 rappels, Thomas étrenna ses plus grands succès devant un Transbordeur envouté. Dans la fosse, petits et grands chantent à tue tête les péripéties de « Diane de Poitiers » ou la confession de « Deux Pieds ». Une réalisation scénique assez simple, orchestrée autour d’un piano à queue aux dimensions impressionnantes, Thomas se démène au clavier, à la guitare ou au ukulélé pendant que ses collègues font chanter accordéons, claviers et violons.

Une ambiance unique, des musiciens qui prennent du plaisir et cela se sent. Une impression de concert intimiste, malgré un Transbordeur plein à craquer. Des solos de guitare au solos d’accordéon, le groupe rivalise d’ingéniosité. Et Thomas, en bon chef d’orchestre, guide ses musiciens au son de sa voix, le sourire aux lèvres, déclamant poèmes et paroles avec plaisir.

Une excellente surprise comme vous l’aurez compris, qui apporte un vent de fraîcheur à la chanson française (qui en avait bien besoin ?). Bref, tout cela m’a donné envie d’en savoir un peu plus… Interview ? Yes sir ! Quelques semaines plus tard, RDV est pris avec le chanteur par téléphone, histoire d’en savoir plus. Résultat des courses ?

– Comment travaillez-vous votre musique ?

Certaines chansons que je compose d’abord, d’autre, pour la plupart, où je commence par le texte. Une chanson comme « Dracula », j’ai commencé par faire la musique au piano. Une chanson comme « Deux pieds », j’ai fait la musique à la guitare avant de faire le texte. Et sinon pour la plupart ce sont des textes que j’ai mis en musique.

 

– Comment travaillez-vous vos textes ?

J’ai au départ en général deux vers qui me plaisent. Dans ces deux vers il y a donc un nombre de pieds qui sont déterminants, une idée de la musique aussi. Il m’arrive aussi de donner une couleur à une chanson, aux arrangements que je vais choisir, plus ou moins sombre, plus ou moins romantique. Après la musique vient en contre point du texte, vient le mettre en situation, donner un angle… Quand j’ai trouvé ces deux vers, je développe ce qui me vient, ce que j’ai envie de raconter. J’ai aussi des notes que je consulte parfois quand j’ai besoin d’étoffer une chanson.

 

– Quelles sont vos influences ?

Mes influences ? A mon âge, elles sont nombreuses. Les premières références qui comptent quand même pour moi, ce sont les tout premiers Lucky Luke, la chanson paillarde. Dans la musique, les Beatles… Dans la démarche scénique, ça va vous paraître bizarre mais les Clash, dans ce désir d’être généreux.

 

– Toutes vos chansons racontent des histoires…

Oui, c’est vrai. Pas au tout début, quand j’ai commencé à faire des chansons ça n’était pas le cas, puis j’ai été aspiré par ce style-là. C’est le fait de chanter sur scène qui m’a permis de me retrouver à faire ça. On dévie vers les histoires, vers les contes… Ceci dit, j’ai très vite eu envie de construire mes chansons. Mon style ce n’était pas du tout de coller des images ensembles, je voulais des histoires construites avec des chutes, des contre chutes…

 

– Etes vous en quelque sorte un barde du 21ème siècle ?

Ouais, barde ça me va. J’ai une chanson d’ailleurs ou je dis « Bonjour douanier, je suis le barde ».

 

 

– Comment appréhendez-vous la scène ?

Au départ, j’ai des chansons qui sont destinées à la scène. En écrivant, je pense à la scène, à la façon dont je vais jouer le personnage. Une fois que j’ai fini mes chansons, au moment de concevoir le spectacle, je vais sélectionner les chansons que j’ai envie de chanter. Ces chansons ont généralement une esthétique commune. C’est cette esthétique que je vais essayer de rendre pour le visuel du spectacle, les vêtements, les lumières, l’ambiance. Et puis je construis la setlist afin que les gens ne s’ennuient pas (rire).

Et puis il y a les contraintes visuelles, typiquement les changements d’instruments sur scène, afin que ça soit fluide. Ce sont des nécessité qui vont de soi, auquel on n’y pense pas lorsqu’on est sur scène, autant on est obligé d’y penser en amont… Après vient l’organisation de la scène, les déplacements, et puis petit à petit on tente des choses, c’est justement ça qui est intéressant, c’est que l’on transforme. Dans la setlist, il y a des choses qu’on supprime, d’autres qu’on ajoute.

 

Qu’essayez vous de transmettre au travers de votre live ? Vous parliez de générosité, comment s’exprime-t-elle ?

J’ai envie d’emmener les gens quelque part, voilà. On ne sait pas très bien où. On ne sait pas très bien où on est allé,  mais on à l’impression d’avoir voyagé quand on sort de là (rire).

 

Votre public est assez hétéroclite : comment faites vous-pour plaire à tous ?

Je n’ai pas une écriture destinée à une génération en particulier. Ce n’est pas une écriture générationelle, contrairement à d’autres chanteurs qui effectivement se destinent à une tranche d’âge comme celle des 14 ans, ou pour d’autres comme Bénabar qui raconte des histoires de leur génération. Je ne sais pas, ça ne m’attire pas, ce n’est pas mon truc, j’ai plutôt envie d’échapper au temps, donc voilà, je me retrouve à plaire à des enfants, à des personnes moins jeunes, et à des personnes encore moins jeunes, et même à des centenaires ! (Rire)

 

Comment faites-vous pour adapter votre live à ces contraintes ?

Je ne crois pas tellement au « je suis destiné à un public en particulier ». Je vais moi-même vers des trucs qui me plaisent, cela peut être vers des illustrateurs pour enfant ou des choses destinées  à d’autres.

Thomas Fersen, c’est un homme ou un groupe ?

J’écris mes chansons, je fais mes arrangements, ou du moins je choisis d’arranger. Et puis après on répète avec le groupe, il se trouve que cela fait de nombreuses années que ce sont plus ou moins les mêmes musiciens, parce que j’aime tourner avec eux et qu’ils aiment tourner avec moi. Mais il n’y a pas d’ambiguïté,  c’est mon univers dans lequel ils sont d’accord pour entrer et apporter leurs talents.

 

Vos musiciens apportent-ils une touche particulière ?

Sans aucun doute, surtout sur scène. Ce que j’aime beaucoup avec Pierre et Alexandre, c’est qu’ils prennent énormément de plaisir à jouer, et que c’est communicatif, c’est très vivant sur scène, et que ça c’est important. De toute façon, quand on arrive tous ensemble sur scène, on joue ensemble, on est ensemble, il y a une notion de groupe, et puis moi j’ai appris la musique comme ça. C’est sur que je ne vais pas les faire jouer derrière un rideau (rire) !

 

Des projets pour l’avenir ?

Oui, ma tournée va continuer jusqu’à l’été 2012. Après j’ai d’autres projets, je vais jouer l’histoire du soldat de Charles Ferdinand Ramuz au Théâtre de la Renaissance, à côté de Lyon, donc je vais préparer tout ça. Et puis, j’ai le temps de faire d’autres chansons d’ici la. J’aimerais bien faire un spectacle piano guitare voix avec Pierre, ça sera encore pour plus tard.

 

 

Merci à Thomas Fersen pour sa gentillesse et sa confiance.

Merci au label Tôt ou Tard pour leur disponibilité, leur professionnalisme et leur accueil.

 

Et plus si affinités :

www.totoutard.com/

www.fersen.free.fr/

http://www.youtube.com/watch?v=9-00msdAa8k

http://www.youtube.com/watch?v=2WecQt2cyBo&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=SqRBUYrfEy8

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