Théâtre / La véritable histoire de Maria Callas : « prima donna assoluta » !

« Splendeurs et misères d’une natural born diva » : ce sous titre conviendrait parfaitement à la pièce de Jean-Yves Rogale. C’est que la vie de Maria Callas ne fut pas de tout repos, entre une mère castratrice, un mari la prenant pour un tiroir caisse, un amant qui l’abandonnera de la plus ignoble des façons pour la veuve de Kennedy.

Une lutte permanente contre ses rivales (le fight historique avec la Tebaldi), un combat perpétuel contre le poids, les multiples et constants ragots de la presse à scandale, l’envie inassouvie d’enfanter, … le parcours de la chanteuse fut jalonné d’autant de succès que de vexations, de frustrations, de trahisons : un sujet porteur pour tout dramaturge car chargé d’une tension tragique évidente, que l’auteur n’a ici pas manqué d’exploiter, servi en cela par des interprètes remarquables (Pierre Santini parfaitement imbuvable en Onassis, Andréa Ferrol idéale en mère abusive) et une mise en scène ingénieuse signée Raymond Acquaviva.

En effet pas évident de passer derrière Master class de Terrence McNally, qui en son temps a fait couler beaucoup d’encre, et de fait la structure et le texte de Rogale s’en tirent avec les honneurs, balayant la vie de la cantatrice depuis son ado jusqu’à sa mort très stylisée dans une approche chronologique qui met en avant la métamorphose de cette femme en monstre sacré.

Un monstre sacré qui n’aura de cesse de s’approprier une place de femme qui lui échappe à peine atteint. Toute l’intrigue tourne autour de cette course impossible au bonheur. Car c’est bien connu, et toutes les grandes chanteuses vous le diront, on ne peut bien chanter le répertoire si on est heureuse. Et si Callas veut être une femme comblée, elle veut aussi être « Callas », la plus grande, à l’égal des dieux qui lui chuchotent à l’oreille.

Une ambition démesurée, l’orgueil feint des créatures isolées par leur trop grand talent : cette voix incroyable, qui résonne tout au long de la pièce, les grands rôles qui ont forgé la légende, un frisson mélodique comme un fil directeur de cette carrière dont nous vivons les secousses au travers de successifs tableaux. Et pour incarner le personnage et sa métamorphose physique, deux actrices, Lola Dewaere puis Sophie Carrier, deux facettes d’une même individualité torturée et inflexible, une battante que sa conscience suit comme une ombre.

Montrer Callas ado et Callas adulte sur une même scène est à mon sens une excellente astuce de mise en scène qui fait ressortir les doutes, les refoulements de l’artiste, son caractère bien trempé également, car la dame était une sacrée emmerdeuse. Une tragédienne à n’en pas douter, qui ne pouvait se contenter d’une vie bien huilée, qui ne pouvait que se brûler dans les affres de la passion. La pièce tient ce challenge avec ce petit bémol d’une fin un peu trop mélodramatique à force de vouloir être cathartique et chargée de symboles.

Il n’en demeure pas moins que l’ensemble du spectacle pose clairement la problématique du statut de l’artiste en marge de la société, de sa lente transformation en bête de scène, en héroïne inaccessible et coupée du reste du monde par cette malédiction chérie des dieux.

 

Crédit Photo : Thierry Beauvir

 

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