Théâtre des Célestins : Ali, Nous sommes pareils à …

Ali et Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers, sont deux courts spectacles de la compagnie Mpta, Les mains, les pieds et la tête aussi, créés en association avec les Célestins depuis trois saisons.

Trois lettres pour baptiser le premier, contre une longue phrase de René Char pour le second. Cependant la qualité ne réside pas ici dans le nombre de lettres, tant du point de vue du titre que dans les échanges verbaux sur scènes (il n’y en a même aucun). Ici tout est esthétique et impressionnant, la musique de la diaspora des grecs en Asie mineure nous porte pour 1h15 de spectacle.

Ali s’illustre avec Mathurin Bolze et Hédi Thabet autour de quatre béquilles, trois jambes seulement, deux hommes et une complicité époustouflante. Une lampe et une chaise suffisent comme décors. Plusieurs thèmes y sont développés, l’altérité, le manque et la complicité. C’est certainement ce thème de l’altérité qui est le plus présent. Un jeu de scène autour d’une jambe manquante, il y a bien sûr des acrobaties époustouflantes nous rappelant que c’est dans le domaine du cirque que s’illustre cette pièce, mais il y a surtout beaucoup de réflexion derrière ces petites scénettes. Ce spectacle nous invite à ne pas être gênés devant un corps mutilé.

Si l’acteur principal réussit à se mettre à nu devant nous et à rire de lui-même, comment pourrions nous, bien portants que nous sommes, évoquer une quelconque honte ? Ici les béquilles loin d’un registre paramédical deviennent des accessoires indispensables et futiles au service d’un lien entre deux hommes, autour d’une seule douleur. Ici le théâtre devient thérapie, l’autre devient celui qui nous enseigne, le malade aide l’homme en pleine forme. Il y a une émotion telle que le spectateur n’en ressort pas indemne. Celle-ci passe par de nombreuses nuances, nous laissant rire, sourire, être ému ou gêné. Ce spectacle est surprenant et enrichissant, sans paroles mais avec une vraie portée didactique voire initiatique.

Le deuxième spectacle évoque le thème récurent mais toujours aussi passionnant du triangle amoureux. Construite autour de l’ambigüité du désir, cette course folle démarre au moment même des noces. Un couple stable tourne en rond en se détachant petit à petit, la monotonie s’installe, il n’y a plus aucune passion. Puis l’autre surgit, celui qui renverse tout. L’amour sûr et sécurisant est il toujours condamné à l’échec face à la passion éphémère d’une aventure interdite ?

L’art du cirque nous renvoie presque ici à une tragédie grecque. L’orchestre sur scène chante les malheurs de ce couple et les sentiments naissant de cette aventure. Certes il y a sûrement moins d’émotion, plus de légèreté dans cette seconde œuvre mais tout nous renvoie à nos propres histoires. Chacun se reconnait dans un des trois personnages.

Un beau spectacle court et accessible, loin du répertoire habituel du théâtre des Célestins, un moment de détente, d’évasion qui nous amène doucement à nous questionner. L’art du cirque nous éblouie et la musique nous transporte

 

Et plus si affinités

http://www.celestins-lyon.org/index.php/Menu-thematique/Saison-2013-2014/Spectacles/Nous-sommes-pareils-a

 

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