The Death of Staline : L’Aveu version Snatch ???

Autant vous le dire tout de suite, The Death of Staline décoiffe. Un vrai tourbillon de dinguerie politique, dans le contexte d’une URSS de guerre froide complètement hystérique, que Armando Iannucci présente comme une relecture de L’Aveu de Costa Gavras par le Guy Ritchie de Snatch. Vous êtes prévenus.

Pourtant le sujet ne portait pas initialement à pareille ambiance … quoi que … Nous voici donc la nuit du 2 mars 1953, durant laquelle le Petit Père des peuples ne trouve pas mieux que d’être terrassé par une attaque. Seul dans son bureau, après un dîner bien arrosé avec ses potes du Politburo, dont il a largement décimé les rangs au passage. Abandonné dans sa flaque d’urine jusqu’au lendemain matin où sa gouvernante le découvre. Les gardes, pétrifiés de peur à l’idée de déranger le tyran et de finir au goulag, n’ont pas bougé en entendant le bruit de sa chute. Révélateur, non ?

A peine avertis, ses petits camarades débarquent en trombe, histoire de faire le nettoyage des documents compromettants, de pleurnicher le grand homme qui n’est pas encore mort mais tout comme, et de préparer la succession. Trouver un médecin ? Tous les bons praticiens ont été déportés ou exécutés, les médiocres ont survécu qui ne pourront guère ramener le dictateur à la vie, chouette. S’en est fait de Staline, qui laisse deux rejetons complètement tarés à la traîne, et un véritable empire à gérer. C’est parti pour la course à l’échalote, chacun tentant de prendre la tête du marathon, quitte à flinguer les autres.

A ce jeu, Béria (truculent et cynique Simon Russel Beale), en charge de la sécurité intérieure et extérieure du pays, a plusieurs métros d’avance, et un don particulier pour la manipulation, la torture, le meurtre de masse et les demoiselles si possibles prépubères. Un adversaire redoutable ! Face à lui, le ministre de l’agriculture Kroutchev (Steve Biscemi, absolument exceptionnel) fait figure de Guignol avec son pyjama trop grand, ses envies de réformes et ses blagues à la con. Il sera pourtant le seul à se dresser face à ce danger public, car il est temps de tourner la page, je cite « de mettre un terme au bain de sang ».

Bain de sang dont on sent le parfum dés les premières images, lors de ce concert public que l’on rejoue en catastrophe et dans des conditions rocambolesques pour fournir l’enregistrement que Staline a exigé par caprice en plein milieu de la représentation. Tout est dit ? Ce n’est que le début pourtant, le film regorge de séquences totalement ubuesques où l’on mesure l’angoisse latente d’une population mise en coupe réglée. Les sous-sols de la mort où Beria officie évoquent les séquences de massacre du Katyn de Wajda, idem pour le pillage de la datcha stalinienne, une fois le corps évacué … et le personnel passé par les armes, manquerait plus qu’il témoigne.

Parce qu’en plus de retracer une réalité atroce, le film de Iannucci, inspiré du reste du roman graphique de Fabien Nury et Thierry Robin, est férocement drôle, grinçant, déjanté, pour ne pas dire punk à la manière du trépidant Darkest Hour ! Les gags y sont récurrents, portés par des personnages hauts en couleur, empêtrés dans leur fanatisme, leur soif de pouvoir, leurs contradictions : Michael Palin en Molotov est sidérant, Jeffrey Tambor plante un Malenkov vacillant, Jason Isaac un général Zukov rabelaisien, le tout dans des décors particulièrement pertinents de Cristina Casali.

Bref c’est à se tordre ou à vomir, selon les tempéraments, mais il faut croire que ça tape juste : le film a été interdit en Russie, alors que toutes les anecdotes racontées ici sont véridiques, c’est ça le pire. Il n’y a pas de hasard ?

Et plus si affinités

http://www.gaumont.fr/fr/film/La-mort-de-Staline.html

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