The ARTchemists ont 9 ans : la fin de la quarantaine culturelle a-t-elle enfin sonné ?

1er avril 2020 : The ARTchemists célèbrent leur 9eme année sous le soleil. Un soleil éclatant pour une actualité plutôt sombre et anxiogène. Jamais en inaugurant ce webmag, nous n’aurions imaginé un seul instant nous retrouver en pareilles circonstances.

  • Un virus méconnu.

  • Une pandémie.

  • Un confinement.

109.032 cas d’infection sont recensés dans 99 pays et territoires, causant la mort de 3.792 personnes, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles dimanche à 17h00 GMT”. Dixit La Tribune. Et ça va grimper bien sûr.

Avec des retombées inquiétantes : implosion d’un système de santé déjà vidé de sa substance par les coupes budgétaires, économie comateuse, risques de pénuries, internet en surchauffe, fake news en cascade, règlements de compte en perspective, montée de la colère, de la violence.

Oxygène mental

Le secteur culturel dans tout ça ? Crashé en plein vol. Fermetures des musées, des lieux d’expo, des cinémas, concerts et festivals annulés, sorties d’albums et de films reportées … après la dure période des grèves, le laminoir de la réforme des retraites, après les coupes de subventions, c’est le coup de grâce. Ou pas ? Enfermés entre nos quatre murs, la culture s’avère soudain l’oxygène mental qui nous permet de tenir le coup.

Films, séries, lectures … streaming et VoD fonctionnent à plein régime, bouffant la bande passante du télétravail et des consultations à distance. Les plateformes ont donc été priées de lever le pied fissa pour faciliter la connexion des entreprises avec leur télé-employés, des écoles avec leur télé-élèves. Quant aux artistes, aux compagnies, ils ont pivoté vite fait, multipliant les live streams, engageant le dialogue avec leurs fans, misant sur la co-création, partageant leurs captations.

Maison de la culture

Résultat : on n’a jamais vu autant d’art, de création, toutes disciplines confondues, sur la toile. Même les expos numériques sont de la partie, encouragées par la réalité virtuelle. Le musée dans un fauteuil ? Musset aurait adoré. Pour notre part, nous profitons de la chose, nous perdant dans une offre démultipliée, souvent d’excellente qualité. Et le web de se métamorphoser en gigantesque maison de la culture, truffée de chambres secrètes, de passages cachés, d’alcôves surprenantes.

Ce n’est pas une nouveauté. Depuis le début de notre aventure, nous traquons ces nouveaux espaces de création. Un de nos premiers articles sur le sujet, consacré aux expos virtuelles de la BNF, date de 2014 … il y a 6 ans. De l’eau a coulé sous les ponts, les mœurs ont changé, le digital s’est installé dans nos poches via nos smartphones. Le monde de l’art avait commencé sa mue. Le COVID l’oblige à accélérer le processus.

Exclusion

Il était temps. Car, et depuis longtemps, des parties entières de la population sont exclues de l’accès à la culture, pour différentes raisons que nous listons ici comme elles nous viennent :

  • elles sont trop éloignées de la capitale et des grandes villes qui concentrent les offres (nous vivons ce problème depuis notre installation en grande banlieue/proche province, les petites villes n’ont guère les moyens de financer de la culture ) ;

  • dévorés par le travail et le besoin d’argent, les individus ont moins de temps à consacrer à l’art ;

  • privée de subsides, privatisée, l’offre culturelle est onéreuse ;

  • l’art fait peur, beaucoup y voient encore un signe de supériorité intellectuelle, une chasse gardée des élites ;

  • l’adaptation des lieux culturels aux publics handicapés pose encore problème.

La panacée ?

Eh oui, la quarantaine culturelle date. Aussi l’actuelle multiplication de l’offre gratuite sur la toile est une opportunité incroyable, mais certainement pas la panacée.

  • Quid des techniciens ? des managers ? des bookeurs ? des régisseurs ? Tous les professionnels qui agissent en coulisses pour assurer l’administratif, les contrats, le son, l’image, les lumières, la promo ? Des experts qui font la différence entre une petite impro et un véritable spectacle, une véritable expo ?

  • Et la monétisation ? Multiplier les lives, créer en direct, c’est sympa, mais ça n’aura qu’un temps. Comment en vivre, comment faire rentrer l’argent ?

  • La culture en ligne, c’est super … pour peu qu’on soit visible. Et qu’on ait de la bande passante. Or en ce moment, c’est l’encombrement. La qualité et la rapidité de réception s’en ressentent. Notre réseau n’est finalement pas conçu pour ça.

  • Trop de personnes sont encore exclues du numérique, n’ont pas d’ordis, pas de connexions, aucun connaissance des usages de la toile. Illectronisme insupportable.

Bref, si l’opportunité est immense, il reste beaucoup à faire, tout à inventer. Cette pandémie n’a rien d’inédit ; notre Histoire en est jalonnée. Elle va prendre un jour fin. Une autre surviendra. Puis une autre, Et une autre (la fonte du permafrost avec ses milliers de virus en sommeil ne nous épargnera pas). Ces épidémies à venir engendreront un sursaut de créativité. Internet sera là pour prendre le relais, sans jamais distancer le vivant. Mais c’est maintenant qu’il faut en penser les nouvelles occurrences, en inventer les usages. Permettre aux artistes d’y développer leur activité pour en vivre, aux internautes d’y avoir accès pour s’éduquer. En toute autonomie, et ensemble. Afin de définitivement casser cette quarantaine culturelle qui n’a que trop duré.

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