Tabloïds : retour sur une hécatombe médiatique

Dans tous les sens du terme. Tabloïds, le documentaire que Jean-Baptiste Péretié consacre aux, je cite le sous-titre, « splendeurs et décadence de la presse à scandale » aborde la mise en place, le succès, l’apogée et le délitement de ce type de média dans ce qu’il a de plus graveleux.

Et d’incontournable, c’est bien ça le problème. Émergent au débit des années 60, ce concept propulsé par Rupert Murdoch va conquérir un lectorat populaire en quête de paillettes et de vomissures. L’idée est simple : démontrer que stars et gens du monde ont une vie intime pas forcément plus glorieuse que celle du quidam, voire pire. Casser les mythes modernes, rappeler que princes et reines, acteurs et chanteurs sont aussi des êtres humains vérolés de péchés : c’est l’objectif.

Angleterre, États-Unis, Allemagne … les torchons dyu type The Sun auront plus de mal à s’enraciner en France où la législation est plus tatillonne en matière de respect de la vie privée. Pas grave, on trouvera toujours le moyen de toucher les foules hexagonales (Voici, Closer le prouvent), quitte à en remettre une couche, à prendre le lecteur pour un gogo, à se montrer insultant, grossier, raciste, misogyne, voyeur … au-delà de toute limite.

Cette dernière sera atteinte lorsque Lady Di, poursuivie par des paparazzi, finit encastrée dans un pilier du tunnel de l’Alma. Cette tragédie sonne le glas des tabloïds, considérés comme coupables, lynchés en place publique après avoir été lyncheurs. Qu’à cela ne tienne, pourquoi s’inquiéter quand internet a pris le relais ? La toile constitue désormais un tabloïd à l’échelle planétaire, finissant de banaliser les pires travers, aux yeux d’un lectorat qui s’exhibe lui-même sans fin.

Très habilement, Péretié établit le lien entre les premiers magazines du genre et les réseaux sociaux d’aujourd’hui, enchaînant témoignages, récits et explications des acteurs du secteur, journalistes, rédacteurs en chef, photographes, stars également … Son analyse s’avère précieuse pour décortiquer les rouages d’une volonté de visibilité, d’un exhibitionnisme toujours plus vorace, qui conduit désormais tout un chacun à revendiquer son heure de gloire, peu importe les moyens.

Question sous-jacente : la logique des tabloïds des 80’s contient-elle celle de la presse telle qu’elle est devenue à l’heure du tout digital ? On se le demande à chaque instant de cette fresque passionnante, qui en dit long sur les travers de l’homme moderne.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/048536-000-A/tabloids/

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire