Spectacle / Hey La Compagnie ! : le génie vomit l’inquiétude …

Il n’y a pas de hasard. Alors que nous attendons le début de la représentation proposée par Hey la Compagnie !, mon compagnon et moi-même entendons des cris résonner à notre droite. Le spectacle aurait-il commencé ? Notre passage sur les éditions des expos Hey Part 1 et Hey Part 2 nous ont bien dépucelés quant à l’univers d’Anne et Julien, avec sensualité et vigueur. Aussi ce genre d’entrée en matière ne serait absolument pas étonnant pour introduire la soirée. Sauf que c’est un jeune spectateur qui s’agite ainsi, que ses proches sortiront finalement en pleine représentation. Drogue, alcool, autisme, … crise d’ado ?

Le propos n’est pas tant là que dans ce clash entre la réalité d’une souffrance qui s’exprime avec éclat et provocation et la problématique du spectacle : pénétrer la logique d’œuvres illogiques et déraisonnables, jetées à la figure du monde comme un manifeste, une révélation, un ancrage dans l’univers. « S’imposer » nous disent les œuvres que Hey La Compagnie ! explore sous nos yeux, sans chercher à comprendre et expliciter la folie et les déviances de la création, juste à la rendre palpable, sensible, sensuelle, à la poursuivre comme un enfant le ferait d’un papillon, pour s’en amuser, lui arracher les ailes, l’épingler sur un mur. Vivant.

Cruelle création. Au fur et à mesure que Anne et Julien métamorphosés en Mme Soleil et Mr Loyal s’emploient à donner vie aux tableaux, aux sculptures qui peuplent l’exposition, suivant ainsi les préceptes posés par Antonin Artaud dans Le théâtre de la cruauté, on saisit une vérité primordiale : le génie vomit l’inquiétude. On ne crée pas tranquille, on le devient une fois l’angoisse déglutie sur le support aux yeux de tous. Pour un temps court, éphémère. Et l’anxiété revenue, on recommence le cycle infernal.

Et les artistes qui dansent, miment, chantent, brodent par le geste, le jeu, la voix sur ces œuvres terribles affichent une quiétude presque jubilatoire, le détachement condescendant des marionnettes, des automates actionnés en même temps que ces gramophones sur lesquels les maîtres de cérémonie mixent des tracks grésillantes de l’entre deux guerre, période charnière qui charrie l’horreur des conflits et dévoile les abysses d’imaginaires torturés et barbares.

Scie musicale, gracieuse ballerine enfermée dans une valise, homme transformé en diable écarlate, en démon cornu et dévorateur, femme serpent descendant de sa liane, beatboxer qui agite les tempêtes perpétuelles par son souffle sourd, … les tableaux s’animent tandis que les personnages s’en détachent, ensorceleurs de nos démences cachées. Un cabinet de curiosité, une lanterne magique, un cabaret mal famé, une foire où les freaks artistiques font leur cirque dans un brouhaha d’Apocalypse. Avec des sourires de gamins et la gouaille des amuseurs séculaires.

En une heure et demi, Hey La compagnie ! évacue des décennies de visites guidées d’une pichenette. Après les avoir vus en action, vous ne regarderez plus jamais un musée de la même façon. Et regretterez amèrement qu’ils ne soient pas du voyage.

 

Photographies :  Zoé Forget Photographie

 

Et plus si affinités

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