Soirée Déstructuré – Lyon / Klangkarussel : Ovni Deep pour deep Orgie

Ce vendredi 7 décembre 2012, il fait très froid, pas beau du tout, et un vent glacial souffle sur Lyon. Une ville dans le froid qui a pourtant mis son manteau de lumière pour accueillir de la plus chaleureuse manière les quelques 3 millions de personnes venues assister à la Fête des Lumières du 8 décembre. Au lieu de me réfugier en centre ville dans les vapeurs de vin chaud du premier bar venu, je me dirige d’un pas décidé vers le quartier lointain de Gerland. Les maillots, écharpes, drapeaux et autres fanions aux couleurs bleu et rouge ne sont pas de sortie aujourd’hui. Non ce soir, la star du quartier, ce n’est pas le stade, mais bien son voisin d’en face, la salle de concert Le silo du Ninkasi Kao. La soirée « Déstructuré » fête ses 5 ans. Pour l’occasion Art Feast, Elektro System et le duo autrichien Klangkarussel s’associaient afin de célébrer dignement cet événement.

MIIMO, le DJ d’Art Feast s’est lancé en premier et s’occupe de soigner nos oreilles, du moins les préparer avant le grand feu d’artifice autrichien. Tâche qu’il semble avoir brillamment accompli, si ce n’est ce léger défaut qu’on pourrait lui trouver, ce Guetta-isme embarrassant et suffisamment présent pour qu’il figure sur ces lignes : une très fâcheuse tendance à mixer les mains en l’air. Les morceaux que MIIMO a choisis étaient bons. Les transitions entre les morceaux étaient soignées, voire très intéressantes, et on peut dire qu’il a su faire monter en puissance un set plutôt bien préparé. Cependant, j’ai eu la sensation  d’un DJ installé derrière ses platines à attendre que la chanson se passe pour passer à la suivante. Regrettable. Le set était-il trop préparé ? Si ce n’était pas le cas, l’impression, elle, est réelle.

 Une fois son travail accompli, il laisse sa place aux stars de la soirée, le duo Klangkarussel. J’avoue avoir été réellement impressionné par la qualité du set des deux DJ. Je fais pourtant partie des personnes « militant » contre le DJ set, préférant les qualités live de certains artistes à de « simples » set préparés. Voilà une phrase comportant beaucoup de guillemets, c’est bien sûr pour ne blesser personne, laissez moi m’expliquer : j’ai l’intime conviction qu’un musicien peut mieux s’exprimer en jouant d’un instrument plutôt que derrière des platines (je vous redirige d’ailleurs sur l’article d’Elliot sur ce thème : ici). Ceci n’étant pas toujours possible, ou pas toujours le cas, parfois le DJ set s’impose, comme ce fût le cas pour les Klangkarussel ce vendredi. Ceci n’est pas nécessairement négatif, je crains simplement le DJ set sur son symptôme principal, d’ailleurs évoqué juste ci dessus, le fameux Guetta-isme : mixer en brassant de l’air. Si MIIMO semblait s’être un peu égaré dans ces abysses, on peut dire que les autrichiens ont délivré une vraie leçon.

Le set m’a paru équilibré. J’entends par là qu’il fût construit de manière intelligente. Les morceaux phare du groupe ont tous eu leur petit moment de gloire, dont le sublime «Sonnentanz », bien évidemment. Mais « Netzwerk », « Sternenkinder » et « Eistee aus der Dose » ont également fait le bonheur des quelques 400 chanceux présents ce soir là. Ces productions du duo ont été entourées de tracks à consonances plus commerciales (en remix deep, bien évidemment) et de perles inconnues au bataillon. Ainsi le public n’a jamais été perdu. Les deux autrichiens ont sû mettre en valeurs des morceaux toujours très bien amenés, sans pour autant les surjouer ou les dénaturer. On peut dire qu’une bonne partie du public n’était venu que pour la seule « Sonnentanz », et la surprise fût grande dans le public quant 40 minutes seulement après le début de leur set, ils lancèrent cet hymne deep en pâture à la foule. Cette stratégie risquée aurait pu mener à un exode rapide de la dite foule vers la sortie, mais devant tant que qualité, technique et tactique, les idiots se sont fait rares.

J’ai également apprécié la présence dans ce concert de morceaux de Bakermat, Wankelmut ou Tube & Berger, parmi les nombreux autres artistes faisant partie de cette même vague deep déferlant sur le monde. Habituellement, le public peut souffrir d’une sorte d’omerta entres DJ, un Gigi d’Agostino joue du Gigi d’Agostino et pas du Avicii, de même qu’un Paul Kalkbrenner ne joue pas de Bakermat durant ses concerts. On pourrait expliquer ceci par la courte tracklist de productions originales mais je suis persuadé qu’il s’agit également d’une démarche personnelle de leur part pour prendre et donner du plaisir avec/à leur public. Même si cette date n’était qu’une petite étape pour Klangkarussel, le public a vraiment pu avoir le sentiment que le duo délivrait un set enthousiaste, de grande qualité, et qu’ils ont tout donné pour cet événement que bien des personnes attendaient comme un Noël avant l’heure.

Au grand malheur de la dite audience pas du tout rassasiée, les autrichiens laissèrent les platines libres au mains expertes de Rule qui a remplacé dans la set liste Acid Soda absents pour raison médicale. Alors que la soirée était lancée sur les douces sonorités deep house, Rule s’en est arrivé un peu avec ses gros sabots et a posé directement les bases d’un set bien plus penché sur les mouvances electro, voire un tantinet dubstep. Sur le principe il n’y a pas de mal, la qualité était là, il était déjà 4h passé, il était peut-être temps de lancer un son, et DJ, plus violent que les précédents. Mais on peut dire que la transition fût aussi douce que le passage d’un slow de Scorpion à un morceau de Metallica. Cependant, sans totalement me convaincre Rule a su garder la plus grande partie du public en mouvement jusqu’à 5h du matin, où on a pu observer le fameux exode de tout un peuple vers la bouche de métro la plus proche.

En résumé, une soirée pleine, une bonne soirée qui restera dans les mémoires, et certainement un moment dans la mienne tant le duo autrichien m’a impressionné par la qualité de son set. Dans un genre différent, on a pu approcher le niveau d’excellence d’un C2C ou de Birdy Nam Nam vus aux Eurockéennes de Belfort auparavant. Ceci étant dit, ai-je vraiment besoin de vous dire que je vous les recommande ?

 

Et plus si affinités

http://www.elektrosystem.org/

 

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