Snowpiercer : une dystopie sous la neige

Il y a eu la BD, puis le film, et maintenant la série. Autant dire que Snowpiercer – aka Le Transperceneige dans la langue de Molière – a du potentiel en réserve et sa version sérielle diffusée à la mi-mai 2020 sur TNT puis Netflix creuse largement ce sillon.

Extrême banquise

Adapté de la BD signée Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, Snowpiercer nous plonge dans un univers post apocalyptique transformé en extrême banquise. Conséquence du réchauffement climatique et du pillage de la planète, la glace a tout recouvert, villes, humanité, animaux, nature. Tout. Échappant à l’extinction de masse, le Snowpiercer, train ultra-technologique composé de 1001 wagons, évolue en boucle dans ce désert blanc, enchaînant les révolutions sans croiser âme qui vive, à la merci de la moindre tempête, de la plus petite panne.

A son bord, quelques milliers de survivants, répartis par castes. En tête dans le confort le plus absolu les riches, ceux qui ont financé la construction de ce train de l’espoir pour y avoir leur place bien au chaud au moment du chaos. Au centre, la middle classe qui entretient l’endroit, assure l’alimentaire, l’énergie, amuse les nantis, vivote dans un semblant de bien-être aléatoire. En queue, la plèbe, les miséreux qui crèvent de faim et de froid dans la crasse la plus absolue. Et pour chapeauter le tout, le mystérieux Wilford.

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Course contre la montre

Grand architecte du projet, véritable idole cloîtrée dans le secret de la cabine de pilotage, Wilford n’apparaît jamais, s’exprime uniquement par le truchement de Melanie Cavill, qui drive l’ensemble du Snowpiercer (équipes, passagers, approvisionnement, maintenance, sécurité …) d’une main de fer de un gant de velours. Véritable Machiavel en tailleur turquoise que cette Mélanie, toujours impeccable, suave, diplomate … et soudainement confrontée à une série de meurtres qu’il faudrait rapidement solutionner avant que les passagers paniquent.

Pour ce faire, elle déterre de la troisième classe l’enquêteur Andre Layton … sans savoir que ses camarades et lui fomentent une enième rebellion, qui pourrait bien réussir à la faveur de cette extraction en urgence. Très vite, les investigations laissent place à une course contre la montre : lequel des deux héros va prendre l’autre de vitesse ? La révolte va-t-elle réussir ? Wilford est-il si puissant qu’on le pense ? Qui dirige vraiment le Snowpiercer ? Peut-on y instaurer un système égalitaire, une démocratie ?

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Une dystopie éprouvante

A ce stade, vous aurez compris que l’histoire façonnée par Josh Friedman
et Graeme Manson dépasse le cadre du simple polar. On navigue ici dans une dystopie éprouvante pour les nerfs car, outre le suspens, on y est confronté à ce que notre monde est en train de devenir. Dans ces 1001 wagons où on tente comme on peut de préserver ce qui reste de vie sur terre, les enjeux sont énormes, les tensions terribles, la brutalité atroce. Plus aucune hypocrisie sociale donc, la proximité et le manque de perspectives autorisent les pires dérives.

On ressort des dix épisodes sonné, mal à l’aise, inquiet pour l’avenir. Difficile de ne pas se projeter dans cet univers, de ne pas s’identifier à ces gens, de ne pas trembler de trouille à l’idée de se retrouver à leur place peu enviable, dans la peur d’un lendemain bien fragile, sans aucun avenir. L’injustice sociale ressort inexorablement dans cet univers clos, les mécanismes qui engendrent les révolutions aussi. Car même les nantis sont instables, menacés dans cette course glacée vers un abîme dont ils pressentent l’approche.

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Pour sûr, Snowpiercer n’est pas un simple divertissement, une série qu’on visionne pour se détendre en bouffant ses chips après le boulot. Il s’agit de se prendre la décomposition de notre univers en pleine face, de saisir l’équilibre délicat qui régit toute communauté, le combat constant pour la préserver ou la faire imploser, avec comme problématique centrale la survie et la justice.

Et plus si affinités

https://www.netflix.com/fr/title/80177458