Scènes d’été au Parc de la Villette : le tempo du tango

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Faudrait pouvoir fair’ marche arrière / Comme on l’fait pour danser l’tango !

(Léo Ferré, « Le Temps du tango », 1958)

Nous sommes donc allé jeter un coup d’œil (et d’oreille) au « Grand week-end tango » organisé fin août dans le cadre des Scènes d’été au Parc de la Villette par le dernier beau dimanche estival de l’année en cours. Qui dit tango dit tango argentin. En effet, même si cette expression ne constitue pas un pléonasme, à proprement parler, puisqu’il existe par exemple un tango andalou, un palo (= rythme, chant, musique et danse) du flamenco au tempo bien plus ralenti, c’est bel et bien de cette danse de couple d’origine porteña qui fit l’effet d’une bombe et conquit les Etats-Unis et le continent européen avant la Première Guerre qu’il s’agit.

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Une danse de couple qui connut un revival en France au début des années 80, sous l’effet de l’exil politique de nombre d’Argentins, avec le légendaire dancing Les Trottoirs de Buenos Aires, la revue toulousaine (lieu de naissance de Gardel) Danzon, les cours à l’ex-Vincennes de Rémi Hess, les écoles privées de danse, le travail en profondeur de danseurs issus du contemporain comme Michèle Rust, Philippe Chevalier ou Dominique Rebaud, passionnés par ce qu’il est convenu d’appeler la danse de salon.

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Cet engouement semble se perpétuer à Paris, la preuve : parmi les spectateurs et, surtout, les danseurs venus assister pour les uns et participer pour les autres à ce week-end impromptu organisé en pleines vacances, les générations, les niveaux techniques, les tenues vestimentaires se mélangeaient allègrement. Les cours dispensés le matin, de musique (cf. la master-class du grand bandonéoniste JuanJo Mosalini) comme de danse (cf. ceux pour débutants de Frédérique Behar, la directrice de la Casa del Tango), étaient mis en pratique devant un public bon enfant, indulgent, prêt, on le sentait, à faire le pas et à entrer dans la place, sur l’immense piste lambrissée installée par les intermittents du spectacle en lutte mais pas en grève. On voyait les mordus, ceux qui avaient attrapé le virus depuis lurette, les jeunes un peu plus roides, les endimanchés, les belles en robes ajustées haut perchées sur talons aiguilles, comme il se doit – certaines extrêmement sexy, nous pouvons en témoigner.

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Sur scène, un léger décalage : le groupe qui passait lors de notre venue, le trio de Tomás Gubitsch, jouait au plus fin, dans la veine moderniste inaugurée par Piazzolla, sous influence jazz, rock et même jazz-rock. Le guitariste, soutenu par un excellent contrebassiste et un super-pro du bandonéon, administrait ses solos (pour ne pas dire soli) hendrixiens (période pédale wah-wah), en veux-tu ? en voilà, après avoir froissé maladroitement les danseurs en leur faisant comprendre que ce qui l’intéressait lui, ce n’était ni le chant ni la danse mais la musique à écouter ! Les couples, pas rancuniers, restèrent et prouvèrent, si besoin était, que le tango se danse sur n’importe quelle musique, celle de sieur Gubitsch y compris, de deux ou quatre temps. Quel que soit le tempo !

Photos : Nicolas Villodre

Et plus si affinités

http://www.villette.com/fr/agenda/scenes-d-ete-2014-weekend-tango.htm