La saga des Conti : « celui qui ne se bat pas a déjà perdu »

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11 mars 2009 : les 1120 salariés de l’usine Continental de pneumatiques de Clairoix apprennent la fermeture prochaine de leur site. Après des mois passés volontairement à travailler 40 heures/semaine pour un salaire gelé afin de sauver l’entreprise et les emplois sur la base d’un accord signé entre la direction et les syndicats, la claque est monumentale. La réaction aussi. Car tous, salariés et cadres confondus, vont choisir la lutte. Pour essayer de sauver leurs jobs d’abord puis très vite, quand ils vont comprendre que leur sort est sans rémission de ce point de vue, pour obtenir des conditions de licenciement dignes qui ne les laminent pas complètement, eux, leurs familles, leur région.

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C’est alors un bras de fer qui va s’engager entre des dirigeants et des actionnaires pointant du doigt leurs profits et leurs dividendes et ces hommes et femmes sans prétention autre que le bonheur tranquille et l’amour de leur travail. Leur fierté aussi, eux qui ont naïvement pensé pouvoir faire confiance. Il va donc falloir se motiver, s’organiser, planifier une action. Réfléchir par delà la colère, la rage, la peur, la fatigue. Faire corps, parler d’une seule voix. Ne compter que sur soi-même quand l’ensemble des interlocuteurs politiques et des confédérations syndicales font silence, abandonnant ces gens à leur triste sort.

Jérôme Palteau va filmer cette épopée huit mois durant, car c’est d’une épopée qu’il s’agit. Certains pourraient la qualifier de politique ou de sociale, mais c’est avant tout des humains que nous voyons ici se battre avec acharnement pour leur survie économique. En disant non, en montrant la force du groupe, en s’imposant là où personne ne les attendait. Fiers et respectables, ils vont rappeler que la base de la pyramide est tout, que le haut du diagramme n’est rien sans ce socle qui peut tout faire vaciller s’il décide de trembler. Non de lui-même mais parce qu’on l’a acculé à cette extrémité. En l’exploitant, en lui mentant, en le manipulant sans vergogne.

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C’est cette nonchalance cynique face au système dont ils profitent pourtant, ce mépris latent proprement incroyable, cette absence hypocrite du sens des responsabilités et du bien public, qui frappent de prime abord, quand on constate la manière récurrente dont les dirigeants, politiques, syndicalistes, économiques s’emploient à faire capoter toute possibilité de dialogue puis les négociations arrachées au coup de poing, jusqu’aux moments des signatures d’accord. « Celui qui se bat n’est pas sûr de gagner, mais que celui qui ne se bat pas a déjà perdu ». Dans le démantèlement de notre force industrielle, dans les mutations de la globalisation, ces Monsieur Tout le Monde vont conquérir leurs galons de héros du quotidien. En apprenant l’art de la lutte. Sur le terrain.

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Nous les voyons gagner en technique et en logique ce qu’ils ont perdu d’illusions et de candeurs. De fait La Saga des Conti est autant un récit qu’une méthodologie et une démonstration. Savoir dire non d’une seule voix, assurer la cohérence du groupe tout en respectant les singularités qui le composent, jouer de la force et de l’argumentation en alternance, rester constant dans le combat, ne jamais faillir tout en demeurant à l’écoute. Collaborer, échanger, communiquer. Pour gagner ce droit de survivre jusqu’à une éventuelle reconversion, bien délicate à négocier dans ces zones d’emploi dépendantes de ces industries qui délocalisent à tout va, sans même se soucier de l’écosystème qu’elles vont anéantir avec leur départ.

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Des figures ressortent certes de cette chronique mais nous ne les mettrons pas en avant, car c’est surtout cette force qui va permettre d’aboutir. Exemple flagrant, apogée du documentaire et probablement instant où le conflit a basculé en faveur des ouvriers, ce rassemblement des travailleurs allemands et français durant l’assemblée des actionnaires en Allemagne : une première dont tous les révolutionnaires ont rêvé, que cette alliance internationale effective et qui va sauver ce qui peut l’être. Preuve que l’union fait véritablement la force, qu’une population peut s’adapter, s’éduquer et agir devant ce type de situation. Aujourd’hui, le sort de ces gens n’est pas réglé et ils continuent de se battre : regardez leur combat avec respect et attention, … demain cela pourrait être vous.

Et plus si affinités
http://www.editionsmontparnasse.fr/p1641/La-Saga-des-Conti-DVD

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