Roman – Babylone Underground : « rude, secouant, dramatique, … fatal »

impurs 1 seule

Eloïse Cohen de Timary … son nom même pourrait être celui d’une héroïne baroque, descendue d’un arbre généalogique trop lourd à endosser pour s’égarer dans les tragiques futilités de notre siècle. Complexe et poétique, la frêle demoiselle, dans la fraîcheur lucide de sa vingtaine, accouche d’un premier roman aussi épique, épineux et romantique que son patronyme. Audacieux également, aventurier et provocateur.

Babylone Underground c’est l’histoire d’un type perclus de dettes qui, pour sauver femme et enfants, simule le trépas, disparaît de sa Normandie natale et renaît de ses cendres au Brésil. Avec plusieurs kilos en moins, et un sexe autre. Né homme, le voici par la magie des fausses identités condamné à s’appeler Marguerite. Marguerite Schwartz. Une femme, une juive. Pour cet homme qui a constamment fui son appartenance au peuple D’israël, le choc est rude. Et sa plongée dans l’identité trans, de même. Rude, secouant, dramatique, … fatal. D’une plume acérée que son sourire enfantin ne laisserait en rien augurer, Eloïse raconte cette histoire comme on le ferait d’un voyage en terres inconnues. Fruitée, parfumée, entêtante, sa prose nous enivre tandis que Gaston la Marguerite court vers son destin, au milieu d’une jungle à la fois tentatrice et reposante.

En talons et faux cils, s’il vous plaît, ce héros hors normes voit son sexe et celui des autres s’effacer pour confronter la vérité profonde de son individu. A la clé, le questionnement d’une humanité qui se réfugie dans le spectre de la normalité comme un petit le ferait dans les bras de sa mère parce qu’il a peur de ses cauchemars. Brutalité et injustice s’opposent à quiétude et acceptation. En 211 pages lues avec la rapidité du vent, Eloïse pose les bases de son style, à l’orée d’une Brigitte Aubert ou d’un Didier Daeninckx. Ce sens aigu des nuances et du rythme, du mot qui fait mouche, du son qui enjôle, le don de poser des situations rocambolesques et de les rendre à la fois vraisemblables et redoutables, l’art de peindre des atmosphères au travers de détails fulgurants, façonner des profils aux caractères robustes et faillibles à la fois. De la belle ouvrage, à n’en pas douter.

Et plus si affinités

http://www.sergesafranediteur.com/?option=com_content&view=article&id=542:babylone-underground-eloise-cohen-de-timary&catid=37:deja-paru

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.