Roman : 40 ans, 6 morts et quelques jours … – Victor Rizman

Décidément la quarantaine et la crise qui l’accompagne n’ont pas fini de faire couler des litres d’encre … et de sang ? C’est en l’occurrence ce qui se passe dans le roman de Rizman. Non, non pas un polar de plus mais un petit bijou aux formes inattendues. Et une course poursuite effrayante dans la vie d’un mec qui soudain bascule.

Prenez un publiciste (projection de l’auteur qui a bossé dans ce milieu ?) qui se prend la quarantaine en pleine tête comme un coup de chevrotine et décide soudain de changer de vie. En tout. Au travers de 6 meurtres qui assureront sa résurrection et son passage vers un autre monde où l’attend une femme, une tueuse captée sur internet.

Ajoutez-y un flic au passé lourd de traumatisme qui essaye de refaire sa vie avec une suédoise ne parlant que l’anglais, et un journaliste à l’hygiène douteuse qu’on surnomme le sanglier. Vous aurez un triptyque de quadras pas piqués des vers qui abordent leur cyclone personnel avec les moyens du bord.

Je passe sur la galerie de personnages qui les suivent de près ou de loin dans ce maelstrom (avec peut-être un petit pincement au cœur pour l’épouse abandonnée, une ancienne ballerine désormais engoncée dans son corsage trop petit, son tour de cou en perles et ses anxiolytiques) pour m’arrêter sur le style très angoissant du bouquin. Une montée au paroxysme lente mais certaine et sans pitié servie à coup de phrases courtes/complexes alternées.

De l’épaisseur stylistique indéniablement et quelques autres petits plus à ne pas négliger :

– l’intrigue superbement agencée et qui mérite largement le qualificatif de machiavélique ( avec un petit côté Usual Suspects dans le traitement de la narration et la démesure de l’histoire) … et la chute dont je ne dirai bien sûr rien sauf qu’elle en devient logique à force d’aberration.

– un narra- tueur dont le cheminement de rupture dépasse de loin ce qu’on peut imaginer, et qu’on se prend à apprécier dans sa quête de liberté absolue et nihiliste.

– un clin d’oeil au polaroïd, sujet ô combien important à nos yeux et à ceux de nos polacasters, et qui joue ici un rôle de témoin particulièrement trompeur tout en nous rappelant que cette forme photographie a très souvent été utilisée par les serial killers pour garder trace de leurs exactions (trophée oblige).

– un regard aussi effrayant que lucide sur les réseaux sociaux, leurs ramifications, l’impact du net en général et la manière dont un homme doublé d’un assassin peut agir, se glisser et se perdre dans la toile (là aussi une vision poussée de la démarche adoptée dans Facebook m’a tuer que nous chroniquions il y a peu).

– Un site web dédié ainsi qu’une bande annonce et une campagne de sensibilisation menée en caravane (la fameuse polarmobile) aménagée spécialement à cet effet (l’auteur n’est pas un ancien de la pub pour rien) ; une manière donc d’amplifier l’effet du bouquin en assurant son ancrage dans le réel.

 

En bref, un tour de force que cet ouvrage, qui confirme le savoir faire des français en matière de néo-polar. Vivement le prochain !

 

 

Et plus si affinités :

http://victor-rizman.com/

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