Reflet d’artiste / Heymoonshaker : “What you create is what you have”

En une phrase, tout est dit. « Ce que tu crées est à toi » : un véritable manifeste qui définit la philosophie des Heymoonshaker. Leur mode de vie, leur vision de l’art, de la musique.

Et pour cause, si aujourd’hui ces messieurs sont courtisés avec force courbettes par les programmateurs/CEO/producteurs des salles et des festivals les plus prestigieux (Marsatac, Printemps de Bourges, Divan du Monde, …), ils ont très longtemps roulé leur bosse dans les rues, jouant sur les trottoirs, devant les pubs, les cafés, trainant/enrichissant leur beatbox blues de par le monde.

 

Balançant pêle mêle Prince, Tina Turner, Roald Dahl, Anton Corbjin, Aerosmith, will Smith (blague mais pas tant que ça) et Alt-J comme influences, Dave Crowe et Andy BaLcon se rejoignent sur Kerouac, le mouvement beatnik, dont ils adoptent l’errance des années durant. « Always on the road » pourrait-on dire de ces deux mecs adorables, tout droit sortis d’un roman de Steinbeck, d’un film de Guy Ritchie, de O’ Brother des frères Cohen.

Des bourlingueurs sans conteste, les yeux noisette, étonnés et doux, de Andy, le regard bleu acier, malicieux et volontaire de Dave, deux regards portés sur le monde, l’humanité, la culture. Sans complaisance aucune et avec une certaine ironie, jalonnant leurs virées de ce mélange subtil et si juste, presque naturel et logique entre deux traditions musicales venues des minorités, nées de la souffrance pour chanter la vie et ses travers.

 

Le blues et son chant d’amour malheureux, son appel des grands espaces, la liberté à tout prix, le beatbox surgi de l’instrument vocal comme une rythmique intérieure, prolongée par le geste (Dave fut danseur avant de bifurquer) deux socles culturels que les deux compères extraient de leurs histoires propres pour en mélanger les racines, avec beaucoup d’humour, d’audace … et une volonté de fer. Inscrite dans leur nom de guerre et le titre de cet EP qui a une tournure d’album en gestation, avec ces 9 morceaux sortis des tripes et de la gorge comme un gentil bras d’honneur aux conventions.

C’est que derrière Honeymoonshaker et son Shakerism se cache une tradition de liberté revendiquée et d’aboutissement personnel, n’en déplaise aux « dream killers » de tout poil, inspirée de la démarche d’une secte millénariste anglaise du XVIIIème siècle qui a essaimé aux USA et mise à la sauce libertaire hippie : liberté, tracer sa route, et faire ce qu’on a toujours voulu faire, sans se poser de question. Car on n’a rien à perdre quand on n’a rien du tout.

 

 Foncer, et garder son âme, son essence, sa vérité première : autant vous dire qu’avec pareil credo, nos deux loulous regardent l’industrie musicale avec beaucoup d’humour et de détachement, refusant par ailleurs de se caler dans les limites qu’on aimerait leur dresser. Indomptables. Gentiment mais fermement. Et si ce succès dingue qu’ils connaissent depuis un an venait à disparaître, ils retourneraient dans la rue, une école dont ils sont fiers et qui les a formés rudement mais avec justesse, leur offrant un réseau solide, des amitiés fidèles et nombreuses.

« Capitalizing on creativity » n’est pas leur tasse de thé, eux qui créent leurs morceaux sur l’impulsion, en osmose totale, se répondant d’un son à une note, comme un mille feuille, un gâteau dont Andy penserait la recette, Dave le dosage et la cuisson, ajoutant chacun leur touche, leurs ingrédients, rectifiant au feeling, improvisant les textes, au débotté, direct. Exemple « Colly drop » qui clot l’EP avec des rythmes fous calés sur une mélodie presque reggae par moment avec la voix éraillée de Andy assurant la blues touch.

Une chanson difficile qu’ils ont enregistrée avec la chair de poule et que Dave a eu bien du mal à restituer sur scène, coincé qu’il fut un jour par son petit camarade attaquant le riff sans lui laisser d’échappatoire. Et c’est sorti. L’anecdote est significative : le succès de Heymoonshaker réside dans cette incroyable complicité, cette fraternité à l’œuvre, constante, sans concession qui amène l’un à pousser l’autre, et vice versa. Vers l’accomplissement, la réalisation des envies. Un message à partager lors de leurs concerts qu’ils conçoivent avec le même détachement que s’ils jouaient dans la rue. Et c’est ce qui fait leur force.

Prochains concerts à découvrir sur leur site. Ne les loupez pas ! Ils sont inimitables !

Un énorme merci à Andy et Dave pour ce très beau moment et la crise de rire qui va avec. Et également un gros merci à Marion qui a orchestré cette rencontre.

 

Et plus si affinités

http://www.heymoonshaker.com

http://www.facebook.com/heymoonshaker

 

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.