Printemps de Bourges 2011 – Part 1 : décryptage d’un festival bicéphale ?

Dans la série des événements musicaux qui ponctuent les plannings des festivaliers et des professionnels, c’est à Bourges que ça se déroule au printemps, et ça fait déjà 35 ans que ça dure !

Le Printemps de Bourges donc, c’est le festival où viennent se croiser têtes d’affiches internationales, artistes en voie de développement et musiciens  dont on entendra parler demain, les « découvertes ». Ce festival a également, et surtout, la particularité d’être l’un des rendez-vous clés de la saison culturelle puisque les tourneurs, programmateurs de salle / festivals et promoteurs s’y retrouvent pour faire leur marché.

Décryptage donc d’un festival bicéphale qui s’est déroulé du 20 au 25 avril 2011.

 

Quand on parle de festivals, on pense évidemment à l’événement festif où on vient se délecter de plusieurs soirées musicales, articulées autour d’une esthétique définie, d’un état d’esprit et d’un environnement qui font la « marque » de l’événement. A Bourges, pendant le Printemps, c’est toute une ville qui se met au diapason d’une organisation afin de proposer aux publics 5 jours et nuits où tous types d’artistes se rencontrent. Parmi les  soirées très attendues cette année, on notera la cohérence des plateaux Brigitte / Moriarty / Catherine Ringer – où comment proposer une soirée chantée uniquement au féminin – ; la Rock’n’Beat Party avec The Subs, Paul Kalkbrenner, The Do, Agoria, Ratatat, Sebastian … qui s’est déroulée sur les deux scènes principales, sonnant comme le point culminant du Mont Bourges ; avant une cloture roots digne des plus grands festivals de reggae avec Tiken Jah Fakoli, Dub Inc, Chinese Man, The Wailers, Alborosie

Dans le même temps, au sein du complexe 22 (deux salles juxtaposées : le 22 Est et le 22 Ouest), le Printemps parvient à proposer des alternatives intéressantes aux énormes scènes si difficiles à sonoriser correctement avec des artistes dont on commence à entendre parler deci delà, avec entre autres Gablé, Anna Calvi, Cascadeur d’un côté et True Live, Pigeon John et Selah Sue de l’autre. C’est une des grandes forces de cet événement, mais aussi son point faible : n’étant pas pourvu du don d’ubiquité, on est contraint à choisir quel concert manquer, lequel tronquer pour sprinter à tort ou à raison vers un autre lieu et ne manquer aucun artiste. C’est clairement impossible, dommage…

 

Au delà de cette vitrine plus qu’alléchante, le Réseau des Printemps, qui compte quasiment autant d’antennes que de régions, dévoile chaque année une trentaine d’artistes quasi inconnus du public, et à peine plus célèbres dans l’esprit des professionnels. C’est la 26ème fois en 2011 que le réseaux propose ses découvertes qui ont notamment vu éclore Les Têtes Raides, Cocoon ou Jeanne Cherhal… Chanson, Rock, Electro, pendant 3 après-midi, les artistes / groupes vont se succéder au 22 pour des minis-concerts d’une demi heure afin de présenter leur show à un parterre de professionnels de la musique et d’un public d’ultra passionnés venus découvrir les artistes de demain. La performance n’est pas simple : le concert est court, le public averti et donc parfois « difficile », le show proposé est bien souvent créé et/ou adapté pour l’occasion et ne bénéficie pas du recul nécessaire pour rendre une copie parfaite. De notre côté, ceux qui ont le mieux tiré leur épingle du jeu sont Fowatile et leur hip-hop électro, Turnsteak, Under Kontrol – quatuor de beatbox champion du monde –, et Peau, qui présentait son premier album Première Mue.

« Et quand y’en a plus, y’en a encore ! » Et oui, le Printemps de Bourges, c’est tout ça, mais pas que… Aux côtés de cette pléiade d’artistes professionnels ou en voie de professionnalisation, on peut également rencontrer des artistes amateurs pour la plupart, qui sillonnent la ville de Bourges, se produisant dans les cafés-concerts (Les Trois Petits Cochons, La Scène des Tontons, etc.), sur des scènes sponsorisées (La Scène du Berry, Pression Live, Scène SFR), et parfois même dans la rue, au détour d’un parking ou d’un pavillon, et même en déambulation ! Pour ces artistes, comme pour ceux sélectionnés en découvertes, il est primordial de redoubler d’ingéniosité, de créativité et de bon sens pour se faire repérer. On voit vraiment de tout à Bourges : préservatifs ou savon à l’effigie d’un groupe, nom du groupe tagué à même le sol à la bombe et au pochoir, affiches faisant la promotion de groupe ne jouant pas à Bourges…

Cette année, ce sont les lunettes phosphorescentes des Fowatile qui ont fait l’unanimité. A monter soi-même, quelques 500 exemplaires se sont arrachés comme des petits pains peu avant la montée sur scène du combo lyonnais. Opération réussie puisque le lendemain, on verra une photo d’Oxmo Puccino venu en touriste posant avec les dites lunettes chez nos confrères du Paplar. L’autre grosse sensation du « off » de Bourges, c’est The Fat Bastard Gang Band et leur Fat-Mobile : imaginez un tandem triporteur (avec caisse de transport à l’avant, sur un essieu), suivi d’une remorque où sont installés sono, mat lumineux et table de mixage pour un système de son autonome et mobile. Après deux jours et deux nuits de représentation, l’objectif est également atteint, le groupe fait l’unanimité aux yeux des pros et du public !

Le bilan de cette 35ème édition est évidemment très riche. La représentativité des toutes les esthétiques musicales est au rendez-vous avec une programmation très qualitative et on repart du Berry avec pléthore de nouveaux albums à écouter, d’artistes à aller (re)voir sur scène. Concernant la fréquentation de l’événement, 12 des 28 plateaux ont affiché complet avant ouverture des portes, la ville est restée en fête 5 jours durant, les tentes ont poussé comme des champignons un peu partout, parfois même sur le béton. Côté pro, certains diront que la fréquentation « n’est plus ce qu’elle était », que « c’était mieux avant »… Il est indéniable qu’on a connu un Bourges plus riche en propositions à destination des pros (le MaMA dont la première édition s’était déroulé en marge du Printemps), l’installation du Magic Mirror où se déroulaient les Apéros des Antennes, les after…

Le festival fait certainement face aux contraintes actuelles, dont la flambée des cachets des artistes majeurs, et doit trancher sur certaines lignes. C’est également le constat d’un secteur en mutation qui tend à dématérialiser la musique, et ceux qui la travaillent (pas les musiciens, les pros), et donc moins de personnes physiques pour représenter les structures. Du côté de The Artchemists, c’était la première occasion de couvrir un événement de cette ampleur, l’opération a été rondement menée et rendez-vous pris pour la 36ème édition, du 24 au 29 avril 2012.

Et plus si affinités

http://www.printemps-bourges.com/

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