Pleine Lune, 100 rêveries illustrées – Pascal Colrat : La Lune des lapins

Riveneuve vient de coéditer avec le Festival de Chaillol (manifestation musicale des Hautes Alpes), dans sa collection « Semaisons, le recueil de dessins légendés de Pascal Colrat, Pleine Lune, 100 rêveries illustrées.

L’auteur a été formé aux Beaux-Arts de Paris avant de travailler pour des institutions culturelles et de se faire connaître du grand public comme photographe et, surtout, comme auteur d’affiches pour des lieux de spectacles tels que la Grande Halle de La Villette, Le Tarmac, le Théâtre de l’Aquarium, le Théâtre Jean Vilar de Vitry, l’Opéra de Lille et pour des causes ou associations comme Act Up ou Amnesty International. Il a eu l’occasion de faire à plusieurs reprises la une du journal Libération avec son travail graphique. Il a aussi participé à des expositions, collectives et personnelles, au Centre Pompidou, au Théâtre de Beyrouth, à l’Institut français de Düsseldorf, à la Galerie Ré, à la Galerie Mouvements modernes, au Parc de La Courneuve, au Passage de Retz, à la Galerie Vivienne. Lauréat du prix de la Villa Médicis Hors les murs, il se rendit à Los Angeles pour réaliser son projet. En 2004, il développa une recherche portant sur ses origines et sur la notion de « secret de famille » qui l’a conduit à la mise en scène photographique. Le résultat de ce travail, La Soupe des renards, fit l’objet d’une publication et d’une exposition à la Biennale de photographie de Moscou.

Pascal Colrat a contribué ou a signé un certain nombre d’ouvrages : Signes de la Biélorussie, Quatre jours à Beyrouth, La Soupe des renards, Créer c’est résister, Six mères et autres sphères, Design designers, L’ABCdaire des luttes, Après on verra, Consignes de sécurité, Du bois dont on se chauffe, Bag from India, Merci pour tout, Une affaire de famille, Volumes, World Democratic Tour. Pleine lune succède à L’Homme Qui…, paru en 2016 chez le même éditeur. Dans sa préface, Anne-Marie Fèvre justifie par une opération des yeux le passage de l’artiste plasticien de la couleur au noir et blanc. Ce que l’auteur et sa biographe appellent « mises en scène photographiques » doit vraisemblablement correspondre aux collages ou photomontages sous influence surréaliste auxquels il doit partie de sa célébrité. Les gros plans de visages-paysages font en effet partie de ces images spectaculaires qui ont marqué durant près d’une décennie maintenant notre quotidien hexagonal ou, en tous les cas, francilien. Les dessins en noir et blanc ont pris la suite du défi artistique que s’était lancé Colrat de réaliser une nouvelle photo par jour. Créer, être créatif ou, mieux encore, créateur, à un tel rythme n’est pas si évident que cela. Il n’est que de voir le peu d’inventivité au jour le jour des illustrateurs appointés par la presse nationale !

Y compris avec les imaginatifs, parmi lesquels nous rangerons Colrat, tout est loin d’étonner ou de sembler neuf. Il arrive que, face à une affiche publicitaire qu’une agence aura mis des jours, voire des semaines à mettre au point, on se dise in petto : « quand il n’y en a plus, il y en a encore », mais reconnaissons-le, ce n’est pas si fréquent. Dans cet ouvrage, composé et écrit en une saison, cela est récurrent, et presque constant. Bien sûr, chacun aura ses dessins favoris, ses titres insolites préférés et nous ne nous priverons pas d’en indiquer quelques-uns des nôtres. Dans l’ensemble, promesse a été tenue, contrat passé a bel et bien été rempli. La première image, Les Animals, est puissante et poétique, enfantine et déroutante, composée ou composite d’éléments qui viendront hanter la série. Le titre de La Lune entre les montagnes en désarçonnera certains, détaché de la nature morte à base de gris translucides ; Le Tête-à-tête fait dans l’anecdotique et l’efficace amusants ; Le Préambule cèle sa précieuse énigme ; Sur le chemin du retour a de quoi faire baliser par son pur expressionnisme ; La Silhouette tourmentée va a l’essentiel, qui reste indéterminé ; La Chambre insécure manque, sciemment ou pas, de relief ; La Conversation métaphysique définit au mieux la question du fond et de la forme ; Le Veilleur de nuit, saillant et olympien, semble dormir debout ; le ballon, synonyme d’envol, représente bien Le Vieux souvenir de la légèreté ; Le Lien lumière prouve que, la nuit, tous les loups-garous sont gris ; L’Homme qui toutes les nuits courait après lui-même relève de l’autofiction ; Les Sœurs jumelles est une façon un peu cavalière de voir les choses ; La Nuit dans les hautes herbes grime de noir le lapin blanc, le camoufle et l’escamote.

Qu’il soit laissé au lecteur l’embarras d’un autre choix.

Et plus si affinités

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