Picasso, salé non sucré : un musée revisité

Par Nicole Gabriel et Nicolas Villodre

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Photo Nicolas Villodre

Les milliers d’œuvres de la dation Picasso sont conservées depuis 1985 dans l’hôtel particulier construit par Jean de Boullier au milieu du XVIIe siècle pour un fermier collecteur de gabelle (d’où le nom d’« hôtel Salé »). Après un premier aménagement de ce monument historique sous la direction d’Alain Simounet, puis une nouvelle tranche de travaux confiée à l’architecte Jean-François Bodin  en vue d’optimiser l’espace, et nomination d’un nouveau directeur (Laurent Le Bon), le musée vient tout juste de rouvrir ses portes avec un nouvel accrochage signé Anne Baldassari.

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Entrée de l’Hôtel de Salé

C’est moins des œuvres que nous allons traiter ici que de leur mode de monstration. La commissaire de cette exposition permanente et les architectes qui se sont succédé sont parvenus à résoudre la quadrature du cercle, sans avoir à entasser toiles et sculptures sur un lit de Procuste, en agrandissant ce qui pouvait l’être – les caves et les combles ou « attique », qui permettent de présenter un certain nombre d’œuvres ayant appartenu au peintre en alternance avec ses toiles qui s’en sont inspirées. Le flux du public est facilité par des rampes d’accès, remplaçant les marches d’escalier, créant des niveaux intermédiaires. On a aussi restauré la décoration intérieure de style classique, en particulier celle du grand escalier d’honneur.

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Les rénovations envisagées 1. Restructuration, modernisation et restauration de l’Hôtel Salé (5700 m2) 2. Réhabilitation et réaménagement de l’aile des communs et de la Cour d’honneur : accueil du public 3. Installation des services administratifs et scientifiques aux 18 et 20 rue de la Perle 4. Rénovation et restructuration de l’aile technique existante : accueil des groupes scolaires et locaux logistiques (1100m2) 5. Rénovation du jardin

On est parvenu à doubler les surfaces d’exposition et d’accueil du public. La gageure a été gagnée, d’avoir rendu cubiste un espace qui jamais ne l’avait été – plus « grand siècle », tu meurs ! On pense, par endroits, circuler dans un bâtiment de Frank Gehry… De même, la lumière naturelle a été exploitée au maximum, de sorte que peu d’ouvertures de l’édifice d‘origine ont été voilées pour éviter que la lumière directe ne gêne la contemplation de la peinture. A de rares exceptions près, on ne remarque d’ailleurs pas le supplément d’éclairage artificiel – une lumière d’appoint subtilement dosée.

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Travaux en cours

Malgré la foule qui s’y presse dès l’ouverture du portail, la visite paraît se dérouler dans des conditions optimales, avec fluidité, comte tenu de la taille somme toute raisonnable des salles. Il faut noter que, même agrandi, le bâtiment reste à échelle humaine. D’où, sans doute, aussi le choix des peintures qui privilégie les petits formats. Qui dit nouveau musée, dit nouveau logo – un jeu typographique de caractères blancs sur fond noir remplace la fameuse signature du peintre – et nouveau visuel – la selle et guidon de bicyclette, sorte de ready-made aidé, se changent en minotaure, thème de prédilection et motif récurrent du grand inventeur cubiste.

Plusieurs parcours sont possibles, du moins si l’on en croit l’auteure de l’accrochage, sachant que la voie dite « magistrale » est à la fois chronologique et thématique. Les sculptures et les constructions de l’artiste sont, nous semble-t-il, plus présentes et nombreuses qu’autrefois. Anne Baldassari a juxtaposé pièces et supports et s’est plu aussi à superposer de mêmes motifs, traités par Picasson bi-dimensionnellement et en 3D. L’agencement ne suit pas pour autant la périodisation habituelle, puisqu’on a préféré ici découper l’œuvre du malaguène universel en une dizaine de séquences qu’on a intitulées : Genèse, Monochromie, Primitivisme, Cubisme, Polymorphisme, Peintures de guerre, Années pop, D’après les maîtres.

Où que se trouve le visiteur, il a toujours à sa portée un chef d’œuvre. Force est de reconnaître qu’on en a disposé quantité au mètre carré : La Flûte de Pan (1923), Nature morte à la chaise cannée (1912), Autoportrait (1906), Deux femmes courant sur la plage (1922), Femme assise dans un fauteuil rouge (1932), Massacre en Corée (1951), Le Jeune peintre (1972), La Chèvre (1957), Jacqueline aux mains croisées (1954), La Célestine (1904), on en passe et des meilleurs ! L’actuel chef de l’Etat, ou son conseiller artistique, a raison lorsqu’il considère que le musée Picasso, tel quel, est « un des plus beaux » et des « plus émouvants » du monde.

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Et plus si affinités

http://www.museepicassoparis.fr