PDB 2014 par delà le miroir / comment communiquer sur les Inouïs : rencontre avec Aurélien Delbecq de la Dynamo

Communiquer sur les têtes d’affiche et les groupes reconnus est une chose, mettre en orbite les émergents sélectionnés pour les Inouïs en est une autre. Nous avons déjà eu l’occasion durant nos passages consécutifs sur le PDB d’aborder la question, en interviewant notamment Turn Steak, The Aerial ou Sam’ Tach’, lauréats pour les sessions 2011 et 2012. Flyers, affiches, tout est bon pour se faire remarquer auprès des professionnels et des journalistes. Mais quid du travail en amont pour ces groupes dont la plupart ignorent les arcanes du système, n’ont aucune notion en matière de relation presse et pas de budget pour se payer les services de professionnels ?

C’est ici qu’intervient le Réseau Inouïs du Printemps de Bourges, ces antennes implantées en région et qui gèrent le processus de repérage et de préparation. Nous en avions suivi le processus avec toute une série d’articles dédiés à Tagada Tsoin Tsoin en charge du réseau Rhône Alpes. Cette année, nos regards se sont tournés vers La Dynamo, antenne du réseau Inouis Printemps de Bourges pour la région Nord Pas de Calais et cela pour une raison simple : La Dynamo était présente sur site pour porter deux groupes, Bison Bisou et Weekend affair, déjà chroniqués dans nos colonnes.

Pour arriver à ce stade, le travail préalable fut long et complexe. Porter un groupe aux Inouïs du Printemps de Bourges, qu’est-ce que cela représente exactement en matière de communication ? Comment valoriser un jeune groupe aux yeux de média fascinés par les stars, quand on a un budget dérisoire, pas beaucoup de temps, auncune notoriété et pratiquement pas d’expérience ? En charge de la Dynamo, Aurélien Delbecq est ici l’homme de la situation. A l’instar de ses alter ego partout dans les SMAC impliquées dans le processus de repérage/sélection des candidats, il nous explique son quotidien, ses enjeux et sa méthode. Entretien.

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Présentez-vous, votre formation, votre parcours.

Aurélien Delbecq, formation Bac L puis Licence et maîtrise « Conception de projets culturels » puis maîtrise « Esthétique des arts contemporains ». En parallèle et dès le lycée, beaucoup d’engagement et de militantisme culturel et plus particulièrement dans les musiques actuelles : orga de concerts etc. Pendant mes études j’ai monté un label (qui n’existe plus) et qui m’a permis de m’intégrer dans le tissus local « pro » et de découvrir des gens, des initiatives, des structures etc. Ça m’a appris différentes facettes et différents métiers : le management, la gestion, la communication, le montage de projets, l’administratif… J’ai ensuite été embauché en tant que chargé de communication dans une structure culturelle qui accompagne des artistes plasticiens et musiciens. J’ai ensuite cumulé ces fonctions avec celles que j’occupe aujourd’hui à Dynamo

Depuis quand travaillez-vous pour la Dynamo – antenne Nord pas de Calais ? Quelle est votre fonction ?

Je suis coordinateur de l’association depuis 2008. J’y fais tout car je suis le seul permanent. En concertation avec mon conseil d’administration, je fais évoluer le projet associatif et culturel, j’en assure le bon déroulement et je cherche/trouve les financements et modèles économiques pour nos différentes opérations. Je fais aussi bien de la prod que de la comm, de la direction artistique que de la compta…

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Communiquer sur les Inouïs 

On sait que les antennes jouent un rôle important dans la mise en lumière de leurs Inouïs respectifs : qu’est-ce que cela implique ?

Chaque antenne fonctionne différemment et librement par rapport à ça. Pour notre cas, on sait que jouer à Bourges n’est efficace qu’en faisant un max de bruit autour de cette présence, et qu’au delà du concert, c’est le bruit autour qui peut être tout autant voire plus efficace. Alors on mobilise nos idées, nos réseaux et du temps pour le faire savoir, pour préparer l’avant, le pendant et l’après Bourges. Il y a chaque année une trentaine de groupes iNOUïS, dans lesquels je dirais qu’il y a deux catégories : ceux qui sont déjà un peu attendus et qui n’ont pas besoin de faire grand chose en terme de comm, leur présence sur le festival suffira ; et ceux qui si ils veulent faire un peu ressortir leur nom, devront doubler le bon concert d’une stratégie de communication / visibilité efficace, pour être vus ET entendus, ou vus à défaut d’avoir été entendus.

Comment communique-t-on sur des artistes émergents et dans le cadre d’un tremplin aussi important ?

Pour ma part, je prends le parti de ne cibler que le milieu professionnel, et d’en cibler même certaines familles en fonction d’un « diagnostic » qu’on fait avec le groupe en début de préparation, pour cibler leurs besoins / envies. Le « grand public » s’intéresse aux phases régionales de l’opération, mais peu à Bourges où ils sont plutôt friands de têtes d’affiches. Donc pour communiquer vers une cible pré-définie, on adapte le message à la cible, et on fait jouer nos réseaux et connaissances. Chaque année bénéficie aussi de ce qu’on a pu faire et obtenir les années précédentes pour les groupes en termes de contacts et de promotion.
Pour la partie médias, on bosse avec un attaché de presse car c’est un boulot qu’il faut faire à l’année pour avoir les contacts et maîtriser la chose. En plus il fait vraiment bien son travail donc on sait qu’on peut la lui confier et que de notre coté on peut se concentrer sur le reste. Et le reste, c’est le travail que nous on fait à l’année, c’est à dire des contacts avec différents pros de différentes familles de métier de l’écosystème de la musique.

En amont de l’évènement ?

On fait monter la sauce comme disent les jeunes. On prévoit en général une actu qui s’intensifie jusqu’au festival, on prend des contacts et des rdv sur place, on bosse avec les artistes des visuels et supports de comm avec une idée : être efficace dans l’outil comme dans le message, et quand je dis efficace, c’est aussi une question de cohérence entre le projet et le discours graphique ou textuel.

Pendant l’évènement ?

C’est la course, on choppe les personnes qu’on a ciblées, on discute, on avance ou pas. L’idée c’est de profiter au maximum de la présence des gens sur le festival et de la présence des artistes. J’aime bien quand les artistes parlent eux-même de leurs projets, alors notre antenne invite les groupes à rester 3 jours sur place. En général ils arrivent la veille pour découvrir le contexte, et repartent le lendemain de leur concert. Ça leur permet à la fois de profiter un peu du festival et du coup d’en faire un truc différent d’un autre concert ou tu arrives/joues/repars, et de rencontrer les gens de visu. Même quand il y a un encadrement autour du groupe, c’est toujours bien que les membres du groupe soient présents aussi, ça fait avancer pas mal les choses, en quelque sorte, ils sont leur propre communication, un visage est plus efficace qu’une affiche.

Après l’évènement ?

Après, on se repose un peu, on laisse le temps à tout le monde de reprendre son rythme, on trie tous les contacts pris etc, et puis on accompagne les groupes pour qu’ils envisagent la suite en terme de stratégie et de choix.

Quels enjeux ? Quelles contraintes ? Quels problèmes à gérer ?

Moi je pars toujours du principe qu’un évènement comme Bourges, c’est pas tant une question d’enjeu mais de temps. Tu peux faire en quatre jours ce que tu ramerais à faire en dix mois. Les gens sont là et ils sont là pour travailler, donc ça avance plus facilement qu’en essayant de joindre des gens au téléphone de chez toi. Le contact direct laisse plus de trace dans les esprits, ça simplifie les relances de l’après aussi.
Les contraintes c’est la masse : masse de monde, masse de groupes, comment ne pas passer inaperçu. Mais une bonne équipe bien organisée permet d’éviter les contraintes. C’est aussi ça qu’on apporte aux groupes, notre expérience, notre connaissance du « terrain ». Si tu débarques à Bourges sans être conseillé par quelqu’un qui y est déjà allé, tu mettras pas tes affiches au bon endroit etc.

Quelles différences avec la communication générale du festival ?

La communication du festival a vocation à remplir les salles, et à créer un branding autour de l’évènement. La comm’ des iNOUïS participe à ce branding, mais elle est bien spécifique et cible principalement les pros présents. De plus en plus, les médias qui couvrent le festival s’intéressent aux iNOUïS un peu plus en profondeur. Avant c’était cité ou il y avait juste un groupe ou deux mis en exergue. Aujourd’hui, les iNOUïS sont couverts par la presse comme faisant partie d’un tout, et c’est très bien comme ça. Même si certains médias ne s’y intéressent pas du tout, les iNOUïS sont bien dans l’ADN du festival.

Comment les différentes équipes des antennes et du réseau s’harmonisent-elles ?

Elles ne cherchent pas à s’harmoniser, ce serait trop complexe vu les différences de taille et moyens. Le Réseau Printemps qui coordonne les antennes fait un travail de comm sur les iNOUïS en général, et là dedans chaque antenne fait le taf sur son ou ses groupes accompagnés. On a un peu tous les mêmes objectifs, donc l’harmonisation se fait un peu naturellement. Et le service presse du Printemps travaille sur les iNOUïS comme sur les autres artistes, donc ça harmonise aussi.

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La mission 2014

Cette année vous aviez présents à Bourges Weekend Affair et Bison Bisou. Quelles spécificités ? Avez-vous développé des stratégies de communication spécifiques ?

C’est deux super projets mais vraiment antagonistes à la fois esthétiquement et dans leur vision de structuration etc. Par contre sur la comm, l’un comme l’autre savaient ce qu’ils voulaient, ce qui a pas mal simplifié les choses, car quand les groupes n’ont pas d’idées, on rame un peu (mais c’est rarement le cas).
Weekend affair est un projet qui passe très bien en médias, belles gueules, musique facile d’accès et entraînante… Et niveau encadrement, ils on management/tourneur/label, donc eux avaient plus besoin de visibilité, d’être vus et entendus. Le concert en lui même avait moins d’importance que leur présence sur le site pendant 3 jours, derrière des micros à droite et à gauche dans l’espace presse.
Bison Bisou est un projet artistiquement moins consensuel, c’est noisy, avec des grosses rythmiques et des grosses guitares. Pas trop ce qui passe facile en radio, presse ou télé en France (sauf sur plein de médias alternatifs dont je salue la qualité du travail). Mais globalement, c’est moins facile à bosser coté médias un peu importants, la demande est moins spontanée… Ça tombe bien, car c’est pas non plus ce type d’exposition que vise le groupe. Par contre, niveaux encadrement, ils étaient au stade où le projet a été bossé artistiquement, est encadré par un manager et a défini une stratégie de développement, donc le moment où il faut trouver ses partenaires professionnels, et là Bourges te permet vraiment d’avancer vite et bien, puisque l’exposition est importante. Donc on a bossé pour faire monter la sauce, avec une sortie de clip un peu avant le festival, et la sortie d’un EP promo sur le festival. Ça a permis de mobiliser un peu autour du projet, et le concert est venu conclure en confirmant les attentes.

Quid de la vidéo, de la couverture presse ?

La vidéo est super importante de nos jours, un bon teaser vidéo peut avoir son effet, mais plein de vidéos passent à l’as aussi. Le Printemps filme un ou deux titres de chaque groupe iNOUïS, et c’est pas mal comme souvenir et pour laisser une trace.
La couverture presse, j’en ai déjà pas mal parlé…

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Les nouvelles technologies

Qu’est-ce que l’arrivée des nouvelles technologies a pu changer dans votre travail ?

Encore une histoire de temporalité. On a gagné du temps et on en gagne toujours plus, et en même temps, plus tu compresses, plus tu fais de choses simultanément, et ça gratte un peu l’efficacité. Ça dilue aussi beaucoup les choses, car on a moins de feedback fiable, du moins, le feedback auquel on prête le plus attention aujourd’hui n’est pas le plus fiable, on va penser qu’un titre est bien parce que les clics défilent, même si un mec de confiance nous a dit qu’il est pourri. Les outils NTIC entretiennent pas mal de fantasmes dans lesquels on se fait tous piéger, l’impression de toucher beaucoup de monde, le quantitatif qui prend le dessus du qualitatif… Je donne des formations aux artistes sur les outils web2.0 et je me rends compte que c’est très souvent mal utilisé et que ça participe d’une fusion entre l’individu et son projet artistique, qui peut être hasardeuse souvent. Mais c’est sur que ça a aussi plein d’avantages, que je ne listerai pas ici car on les connait tous… Pour moi, ces outils ont changé le travail de la même façon qu’ils ont changé la vie, ces technologies ne sont plus en soi quelque chose comme c’était au début, elles se sont glissées partout, dans tout et tout repose sur elles. Le travail s’adapte à elles plus qu’elles ne s’adaptent au travail à mon avis.

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Bilan

Selon vous qu’est-ce qu’une communication réussie, principalement lorsqu’il s’agit de mettre en lumière des artistes en devenir ?

Si j’avais la réponse, j’aurais déjà tout arrêté ! La communication est en soi une intermédiation, et du coup je ne pense pas qu’on puisse parler de communication réussie. Il y a des degrés d’efficacité, d’utilité etc., mais qui sont super dépendants d’objectifs qui sont fixés. Une communication fonctionne quand elle est adéquate avec des objectifs et les envies de départ. Et dans notre cas, je dirais quand elle sert le propos artistique et permet assez simplement d’y attirer qui on veut y attirer.
Surtout pour des projets émergents, une bonne communication c’est une communication qui prolonge ce qu’il y a dans la tête des créatifs qui le composent. Ça ne veut pas dire que c’est eux qui doivent la penser ou réaliser, mais que la personne qui s’en charge doit s’imprégner de leur projet et y implémenter des objectifs clairs. Je dis souvent que si le projet artistique est de qualité, la communication est juste la bretelle d’accès qui permet de sortir de l’autoroute du flux d’information pour trouver ce petit ilot. Donc le but c’est que personne ne rate la sortie.
Mais c’est aussi beaucoup des questions de timings justement autour de la maturité du projet artistique. La même communication trop tôt ou trop tard sera inefficace. Il faut la bonne chose au bon moment avec la bonne cible et la bonne réalisation. La communication c’est la farine dans une recette, on peut pas s’en passer, mais sans le reste des ingrédients et un savant dosage, on ne peut rien faire.

 

Et plus si affinités

http://www.dynamo-asso.fr/wordpress/

http://www.printemps-bourges.com/