Once upon a time in Hollywood : il était une fois un conte de fée cinématographico-uchronique

Une jeune et belle actrice à la peau dorée par le soleil californien, un acteur cantonné dans des rôles de cowboy justicier soudainement saisi par l’angoisse d’être has been, son pote cascadeur, réparateur d’antennes télés et ultra violent à ses heures, un vieux producteur dingue de westerns spaghetti, une chienne de garde, des belles bagnoles, des vieux films des 60’s, Los Angeles illuminé par les néons qui s’allument au crépuscule … Once upon a time in Hollywood

Once upon a time … il était une fois … l’amorce consacrée de tout conte de fée qui se respecte … Est-ce un hasard si Tarantino l’a choisie pour titrer son dernier opus ? En le parachutant à Hollywood, terre consacrée du miracle cinématographique ? En 1969, année charnière, grand tournant de l’industrie du film et des Trente Glorieuses, qui va accoucher du Nouvel Hollywood ? C’est dans cet univers en pleine mutation que des personnages rocambolesques vont se croiser, interagirent, douter, aimer, comploter … et réécrire l’Histoire.

Once upon a time in Hollywood s’inscrit dans ce délire uchronique que Tarantino affectionne comme une revanche sur les injustices du temps passé. Un exercice que le réalisateur de Inglorious Bastards pratique avec maestria et jubilation. Ici ce sont les séides de la Manson Family qui vont en prendre pour leur grade, biffés du grand livre de l’Humanité d’un trait rageur et jouissif. Comme une mise au point musclée et nécessaire. A contrario d’autres productions où ils sont mis en exergue, dans ce film précisément, ils ne sont pas les héros, mais les dindons de la farce. Des bouffons.

Et ce n’est que justice, tandis qu’on célèbre le cinquantième anniversaire des massacres Tate/La Bianca. Si tout roulait au poil, comme dans un de ces films hollywoodiens des 60’s que Tarantino, cinéphile passionné, affectionne tant, Sharon Tate serait encore de ce monde avec ses amis, et son gosse, affichant une fringante cinquantaine, bouclerait à cette heure le montage de son dixième film oscarisable … quant aux dingos de la trempe de Mason, que l’Amérique se plaît à produire à la chaîne (difficile de louper dans la dernière partie de l’intrigue l’allusion à Hollywood machine à produire du tueur de masse)ils se seraient fait défoncer la tronche par plus déjanté qu’eux. Oui si tout roulait au poil …

Nostalgie de cette époque révolue, les vieilles salles de ciné, les drive in, les affiches multicolores, l’alternance des vieux tubes et des jingles désuets tandis qu’on descend Sunset Boulevard dans la chaleur de l’été, les soirées de la jet set où on se came en dansant au bord des piscines … l’insouciance totale d’une bulle de rêve, imperméable aux tragédies du monde, à la folie rampante qui gagne les esprits. Comme un signe de cet aveuglement, la seule référence à la guerre du Vietnam viendra d’une des filles de Manson, au détour d’un dialogue coquin engagé avec un vétéran de la guerre de Corée.

Dans cette bulle ouatée à la Zardoz, la violence se situe ailleurs, dans les relations professionnelles, la dureté impitoyable d’un métier où l’on tombe vite fait du sommet de la gloire dans les oubliettes de l’anonymat. Où le talent ne résiste guère face au rouleau compresseur de la rentabilité. Où l’argent brûle les doigts, où, pour tenir le choc, on s’accroche au moindre compliment, on s’oublie dans l’alcool. Où les stars méprisent les techos. Où les cascadeurs prennent les risques à la place des comédiens, qui sont bien contents qu’on le fasse à leur place, sous le fallacieux prétexte de protéger la production.

De séquence en dialogue, Tarantino nous dit son amour profond pour ce milieu, ses anecdotes, ses exagérations, ses codes, sa brutalité même. Multipliant les références et les hommages, il fait revivre les morts, vivifie la légende en la rendant palpable, soignant, pour ce faire, un éclairage doré, des travellings somptueux, des gros plans chirurgicaux, une direction d’acteurs particulièrement fouillée servie par un casting percutant jusque dans les rôles les plus courts, dixit l’apparition éclair de Damian Lewis en Steve McQueen ou de Dakota Fanning en Lynne « Squeaky » Fromme.

Le tout engendre un film choral assez proche de l’esprit d’un Robert Altmann, une fresque trépidante, drôle et terrible, tendre et prenante à la fois, jusque dans le climax final, qui vous clouera sur place, envoyant balader l’album souvenirs plein de belles images en technicolor pour embrayer une sortie de route aussi brute que celle d’American Graffitti. Et permettre à Tarantino un tournant de carrière particulièrement magistral.

Et plus si affinités

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