Noé de Thierry Malandain au théâtre de Chaillot : la croisière s’amuse

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page
photographies Olivier Houeix

Au moins les choses sont claires. Thierry Malandain, formé au classique, n’a cessé de faire du classique et de produire uniquement dans le champ balisé qui va du ballet romantique au néoclassique. Le chorégraphe, qui a donné son nom à la compagnie biarrote, n’a jamais prétendu, comme nombre de ses collègues, faire autre chose. En tout cas pas de la non-danse ou du théâtre cabotin soi-disant à la page que certains camouflent, soixante ans après la bataille (Fluxus, entre autres), sous le vocable franglais de performance. Malandain fait dans le blockbuster de danse. Il sait exploiter au mieux un corps de ballet composé de vingt-deux titulaires et de quelques réservistes, aux morphologies et qualités de mouvement très différentes. Son dernier opus, Noé, soutenu par la Messa di Gloria de Rossini livrée sous forme enregistrée, a été présenté à Chaillot au moment où s’inaugure de ce côté-ci des Pyrénées une ère politique nouvelle.

L’argument n’a pas dû coûter bonbon en droits d’auteur, étant inspiré du récit biblique suivant : Et moi, je vais faire venir le déluge d’eaux sur la terre (…) De tout ce qui vit, de toute chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce (…) Des oiseaux selon leur espèce, du bétail selon son espèce, et de tous les reptiles de la terre selon leur espèce (…) Et toi, prends de tous les aliments que l’on mange, et fais-en une provision (…) Tu prendras auprès de toi sept couples de tous les animaux purs, le mâle et sa femelle; une paire des animaux qui ne sont pas purs, le mâle et sa femelle; sept couples aussi des oiseaux du ciel, mâle et femelle (…) Sept jours après, les eaux du déluge furent sur la terre (…) La pluie tomba sur la terre quarante jours et quarante nuits (…) Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche. Il lâcha le corbeau, qui sortit, partant et revenant, jusqu’à ce que les eaux eussent séché sur la terre. Il lâcha aussi la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué à la surface de la terre (…) elle revint à lui dans l’arche (…) Il attendit encore sept autres jours, et il lâcha de nouveau la colombe hors de l’arche. La colombe revint à lui sur le soir; et voici, une feuille d’olivier arrachée était dans son bec.

Pour des raisons pratiques, le chorégraphe simplifie ce scénario digne d’un film catastrophe, réduit la faune au minimum syndical d’un corbeau sans son renard et d’une colombe pique-assiette à la Picasso ; il stylise les personnages, distribue les personnages principaux suivant le mérite, l’ancienneté et le talent interprétatif par lui seul estimé. Le rôle-titre étant ce soir-là tenu par Mickaël Conte, celui d’Emzara, par Irma Hoffren, Cain, Abel et Seth étant incarnés par Frederik Deberdt, Arnaud Mahouy et Michaël Garcia, Sem, Sham et Japhet étant joués par Raphaël Canet, Baptiste Fisson et Hugo Layer, Adam et Ève étant mimés par Daniel Vizcayo et Patricia Velazquez, la blanche colombe étant traduite par l’éthérée Claire Lonchampt tandis que Monsieur Layer se charge du rôle supplémentaire de Maître Corbeau. Lorsqu’il n’a pas à intervenir au premier plan, chacun se fond sans problème dans le chœur formé par Ione Miren Aguirre, Clémence Chevillotte, Romain Di Fazio, Clara Forgues, Mathilde Labé, Guillaume Lillo, Nuria López Cortés, Ismaël Turel Yagüe, Allegra Vianello, Laurine Viel, Lucia You González. En réserve de la République, ce petit peuple de gens, comme dirait l’autre, est sagement assis sur un banc illimité, comme pour assister au défilé, au triomphe des vainqueurs ou au paseo.

Cette alternance post-béjartienne entre danseurs assis et spectateurs passant à l’action (cf. le fameux Boléro), écho brechtien dont firent aussi usage Gadès et Saura (cf. leur version de Carmen), gimmick de danse “contemporaine” (cf. Rosas danst Rosas, de De Keersmaeker) contribue à donner du rythme au spectacle, de la cohérence au propos (les protagonistes ne sont sortis ni de l’auberge ni de leur affaire ou galère qu’au bout d’une bonne heure). Avec les moyens du bord, les auteurs de la scénographie traduisent le lieu unique schématisé par une piscine azuréenne censée ne cesser de s’emplir pour au finale se vider totalement. Le savoir-faire de Malandain est tel que tout ce qu’il touche est touchant. Certes, on n’est ni au Kirov ni même à Garnier question technique, tour de main ou de gambille. Mais les gestes sont bien exécutés, parfaitement à l’unisson, en contrepoint ou en écho comme dans un musical d’Esther Williams mis en scène par Busby Berkeley. Un magnifique pas de deux entre Noé et sa bourgeoise est placé en milieu de soirée, qui eût mérité de figurer au finale.

Et plus si affinités

http://theatre-chaillot.fr/malandain-ballet-biarritz-noe

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestShare on LinkedInShare on RedditShare on TumblrBuffer this pageShare on StumbleUponEmail this to someonePrint this page

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire