Musique / Abrahma … Through the dusty paths of our lives

Le stoner ? Cela faisait un petit moment qu’on ne vous en avait pas parlé. Normal on vous a laissé prendre une petite respiration après le Gladstone Fest V. Bon maintenant que vous avez bien respiré, il est temps de replonger dans ces eaux sombres et troublées avec l’un des fleurons du genre en France, j’ai nommé Abrahma.

Seb Bismuth au chant et à la guitare, Nicolas Heller à la guitare, Guillaume Colin à la basse,  Benjamin Colin à la batterie : ex Alcohsonic, le quatuor fondé en 2005 était à l’affiche du festival, et offrit une prestation hypnotique à bien des égards (merci les 40° de fièvre du Seb qui ont contribué à rendre la prestation déjà très planante initialement encore plus vibrante) :

Vidéo réalisée par Stéphanie Wiseman Bee – ABRAHMA @Glad Stone Fest V

 

L’actuel nom du groupe reflète parfaitement cette aura mystique et fatale qu’ils dégagent à chaque accord. Abraham, Brahma, … en croisant les traditions hébraïques et hindou, le groupe affirme clairement ses influences mystiques, ses questionnements spirituels, sa quête philosophique, alimentés par les textes parcourus par le chanteur Seb (Les portes de la perception d’Aldous Huxley sont l’un de ses livres de chevet).

Balançant to de go des références multiples, le grunge 90, Soundgarden, Monster Magnet, Aerosmith ou Black Sabbath, nos quatre loulous se situent d’emblée dans le stoner psychédélique (même si Nico le guitariste, venu du métal et du jazz, déteste ce genre, comme il me l’avoue en riant pendant notre rencontre). Et de m’expliquer dans la foulée ce qu’ils entendent par stoner avec une définition agrémentée d’une foultitude d’exemple :

C’est un fait, ces messieurs savent de quoi ils parlent et leur exposé sonne juste. Le stoner : un riff, un son trash, une musique sous influence. Sous influence ? C’est à voir car lorsque j’aborde la délicate question des drogues, la réponse est formelle. Pour s’éclater et composer passe encore, pour jouer sur scène, impossible (distorsion des sons, réactivité divisée par dix, quand on a dix pédales à gérer et trois collègues sur qui se caler, on ne déconne pas avec ça), pour tenir un groupe inenvisageable (la conso génère un puits financier pire que celui des Danaïdes, et dégrade les relations humaines déjà assez malmenées dans la vie d’un combo).

En bref si vous voulez durer dans le métier, évitez les psychotropes. Droguez-vous à la musique ; message signé Seb qui semble effectivement en lévitation dés qu’il monte sur scène. C’est que le live constitue le point d’orgue de la vie musicale de Abrahma, « le moment où la musique prend tout son sens ». Un instant privilégié où les musiciens n’hésitent pas à tester des sons, des enchaînements ; morceau à géométrie variable, « The maze » illustre parfaitement ce besoin de varier sans fin les tendances pour ne jamais proposer deux fois de suite le même show.

Impro, expérimentation, la règle vaut aussi pour le studio. L’album Through the dusty paths of our lives a été enregistré sur le principe du live, dans la spontanéité, “à l’arrache”, mais une arrache savamment cogitée pour accoucher de chaque chanson en une journée, sur le vif, avec ce son crade et intense qu’ils affectionnent tant. Et une valse entre textes et riffs, les uns entraînant les autres et vice versa, avec cependant un choix résolu pour l’anglais, langue globale qui selon eux facilite l’exportation, mais s’est également imposée comme une évidence de culture (Seb a grandi dans la musique anglo saxonne) et une solution synthétique et esthétique, le français étant plus long dans les expressions ce qui ajoute forcément des temps à la musique et l’alourdit.

Le tout frappe par son équilibre et sa construction en 15 chapitres avec interludes, comme un récit épique reflété tout entier dans le artwork signé Alexander Von Wieding. Une quête mystique en 15 étapes initiatiques, denses, sombres et viscérales, où la voix veloutée et légèrement tendue tient la dragée haute aux guitares sur “Tears of the sun”, des guitares de plus en plus marquées et présentes au fur et à mesure que file l’album, dans l’intro de « Dandelion dust », dans « Honkin’Water roof », véritable hymne au solo de guitare impressionnant, dans la hargne dévoratrice et échevelée de « Big black clouds ».

Le groupe n’en finit pas de tourner, enchaînant les concerts devant un public fidèle. Et c’est bien parti pour durer en 2013, qui pourrait également voir la sortie d’un nouvel album. Inutile de préciser que nous attendons la chose avec impatience. D’ici là, n’hésitez pas à vous plonger Through the dusty paths of our lives : l’exploration est secouante mais vaut très sincèrement le détour musical.

 

Merci à Seb et Nico qui ont pris le temps de répondre à mes questions (et pour la grosse crise de rire, ce fut un chouette moment).

 

Et plus si affinités

http://www.abrahmamusic.net

http://smallstone.bandcamp.com/album/through-the-dusty-path-of-our-lives

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