Mishima : l’ultime plaisir de la destruction

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Mai 2011 : la biographie de Mishima écrite par Jennifer Lesieur est publiée chez Gallimard. Aussitôt la critique se déchaîne : le livre serait plagié, reprenant d’autres biographies antérieures, notamment La vie de Mishima de John Nathan, également éditée chez Gallimard et qui fait référence. Pourquoi ce doublon, signé de la main d’une auteur qui ne maîtrise aucunement le japonais ? Peut-être pour rendre la vie de cet auteur accessible aux occidentaux néophytes dont je me réclame.

Certes j’ai lu certaines des œuvres de ce remarquable écrivain dans mon adolescence, et le souvenir de la nouvelle « Patriotisme » m’a marquée à vie, de même son spectaculaire seppuku au terme d’un coup d’état aussi médiatique que raté. Mais j’avoue que les 288 pages de Lesieur ont largement éclairé l’ignorante que j’étais, m’apportant des clés essentielles pour comprendre la mentalité du romancier ainsi que son parcours.

D’où l’intérêt de ce portrait, de toute évidence destiné aux curieux désireux d’améliorer leur culture générale sans pour autant se retrouver perdus dans une monographie trop alambiquée, qui passerait au crible aussi bien l’expérience de vie que le style d’écriture et la bibliographie complète. Impossible à faire avec Mishima dont les textes sont d’autant plus poétiques et complexes qu’ils sont à la fois inspirés des racines nippones lourdes de traditions et de sa formidable maîtrise de la littérature occidentale.

Ces influences se combinent avec un passif familial torturé, une homosexualité latente, le culte frénétique du corps et de la beauté, une constante obsession de la mort et de la destruction, pour générer un talent qui s’exprime dés la prime jeunesse dans un Japon livré à la guerre, dont toujours l’auteur portera les valeurs aux nues. Nouvelles, romans, pièces de théâtre, articles, Mishima excelle dans tous les domaines et va devenir l’auteur nippon le plus lu au monde. Avant de doucement dériver vers un nationalisme virulent qui conduira à sa chute et à sa mort.

Très souvent contradictoire, enthousiaste mais aussi très secret, Mishima de toute évidence est une personnalité difficile qu’on doit découvrir progressivement, étape par étape. Ce livre conçu comme une synthèse offre une première approche très accrocheuse qu’on parcourt avidement car cette vie fut tumultueuse certes mais fascinante. Lesieur y donne les premières grilles de lecture d’une œuvre vaste et profonde, tout en resituant ce répertoire dans un contexte historique et une culture ancestrale.

La dernière page fermée, le curieux peut à loisir choisir de s’en tenir là ou d’approfondir son exploration au travers d’une biographie bien plus fouillée. Mais quoiqu’il en soit, il perçoit Mishima de manière plus claire, et peut alors poursuivre à son rythme la découverte de cet univers clair obscur ô combien riche, mais si démesuré qu’il ne peut être embrasser en une fois.

Et plus si affinités

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-biographies/Mishima