Maroussia Vossen : Métamorphoses

En ce premier jour de printemps quelque peu glacial, non loin de Glacière, du reste, Milena Salvini nous avait convié au Centre Mandapa pour assister à la dernière création de la danseuse et chorégraphe Maroussia Vossen, habituée des lieux.

Une comédienne, Catherine Perrotte, avait mémorisé une quantité impressionnante de citations choisies chez des danseuses, des littérateurs et des philosophes : Maroussia elle-même, auteure du remarquable essai poétique édité par Le Tripode il y a deux ans, Chris Marker, le livre impossible, consacré à son père adoptif, cinéaste de la modernité et personnage trouble et double, Colette qui, comme on sait, débuta comme mime et danseuse au music-hall, au Moulin Rouge et au Bataclan, Baudelaire, le contemporain François Cheng, l’incontournable Paul Valéry, etc. La voix de la comédienne nous parvient, en un premier temps du fond de la salle, hors champ, puis celle-ci monte sur scène pour entrer, par intermittence, dans la danse en formant de brefs duos avec la chorégraphe.

Ce lien entre les deux expressions s’élargit aussi à la musique. A celle, jouée live par Philippe Arrieus, virtuose en ondes Martenot conseillé à la danseuse par Anne-Marie Sandrini, celle, enregistrée, de René Aubry ainsi que d’un chant traditionnel mongol. Nous avons été particulièrement impressionné par l’art de l’ondiste, capable de produire de toutes pièces des ambiances sonores, des cris animaliers, des envolées lyriques à l’aide d’un instrument rarement utilisé en spectacle – l’invention de Maurice Martenot, en un premier temps concurrencée par celle du Russe Lev Sergueïevitch Termen, passa de mode avec le succès planétaire de celle de Robert Moog, de la même manière que le minitel fut substitué par le PC.

La danse de Maroussia est unique en son genre. L’artiste a trouvé une formule en dosant avec subtilité au moins trois sources d’inspiration : la pantomime, la danse libre post-isadorienne, les exercices d’ascèse orientaux, expression corporelle et yoga inclus. Elle a un style, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et elle forme corps avec un personnage dont elle se distancie avec esprit, heureusement pour elle, d’ailleurs. Le mouvement, selon elle, ne saurait s’interrompre. Son visage poupon, accentué par une coupe de cheveux ultra-courte, renvoie ces traits d’humour en permanence ; le sourire masque l’effort ; les petits gestes de mains et de bras viennent équilibrer la posture, rehausser l’intention, préciser le sens. Le plus remarquable chez elle étant qu’elle donne l’impression de toujours tomber juste. Au bon endroit, au meilleur moment.

Et plus si affinités

http://www.centre-mandapa.fr/?cat=281

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