Margin Call : au rythme d’un chien qui meurt …

Sam Rogers est en train de perdre son chien ; une tumeur au foie qui bouffe irrémédiablement l’organisme … Terrassé, il encaisse mal mais ce n’est que le début de la journée pour ce directeur financier qui va devoir gérer une situation autrement plus grave, un cancer aussi foudroyant que pervers, qui ronge la banque où il bosse, et dont un petit analyste vient de découvrir les métastases au détour d’un fichier. Derrière ce fichier l’une des pires crises financières du monde moderne, qu’il va falloir neutraliser en une nuit. Voici le sujet de Margin Call

Inspiré de la chute de Lehman Brothers et du chaos économique qu’elle a engendré, ce film signé J.C. Chandor marque les esprits par la brutalité froide et calculatrice qu’il dégage. Si vous doutiez encore des carences et de l’injustice du système américain, la première séquence de ce récit va vous en rappeler le caractère aussi hypocrite que fulgurant. Personne n’est à l’abri, et même les plus doués, les mieux placés sont potentiellement éjectables, sans aucune explication.

Une flexibilité meurtrière, d’autant plus qu’un des cadres tout juste limogés sans raison a détecté une faille dans le calcul des produits financiers vendus à l’échelle planétaire. Il a tout juste le temps de refiler le bébé à son adjoint avant d’être fichu dehors, ligne de portable suspendue. Et le petit collaborateur de mettre le nez dans les fichiers contenus sur cette clé USB pour déterrer des actions pourries, dont personne n’arrive à comprendre la logique.

Trop tard pour rétropédaler ; il faut tout vendre au max, quitte à duper ceux qui achèteront cette merde. La stratégie se met en place lors d’une réunion nocturne où chaque participant est confronté à sa conscience : stopper la vente de ces bombes à retardement ou faire gagner encore un peu plus de fric à la compagnie en les liquidant à bas prix, quitte à déclencher une crise mondiale. La suite, on la connaît. Chandor ne s’y attarde pas, préférant, mettre en évidence les mécanismes d’une démence sociétale partagée par tous.

Et apporter des réponses, au détour de répliques, de dialogues : le chiffrage d’un train de vie que 2,5 millions de dollars annuels de salaire peinent à couvrir, des vocations qui s’écroulent d’un coup car il faut alléger les coups de production, donc on vire à tour de bras et sans préavis, l’absence totale d’empathie d’individus coupés des réalités, qui sombrent dans une manipulation constante. Chaque coup est asséné avec précision, détachement et cynisme. Il n’y a aucune pitié, chacun pour soi.

Criminalité en col blanc et banalisation du pire : tant pis pour les dommages collatéraux, après moi le déluge. Soyons clairs, il faut être accroché pour encaisser cette violence verbale et psychique, que Chandor restitue avec talent et psychologie en choisissant un casting de prestige pour jongler avec cette avalanche de sentiments contradictoires : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Demi Moore, Stanley Tucci, Paul Bettany, Simon Baker … chacun endosse un profil particulier, reflet d’une tendance, d’un management, d’un positionnement face à la débâcle à venir.

Alors que les média se font l’écho d’une nouvelle crise à venir, visionner Margin Call rappelle qu’elle ne sera qu’une étape parmi tant d’autres, que la folie de l’argent régie le monde depuis longtemps, qu’il en sera encore ainsi des années durant, et qu’il est extrêmement délicat d’échapper à ce labyrinthe, ce cancer qui n’en finit pas de tuer les chiens de la finance pour les ramener à la vie dans un cercle vicieux aux allures dantesques.

Et plus si affinités

http://www.arpselection.com/category/tous-nos-films/thriller/margin-call-124.html#bande-annonce

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