Love project : amours en devenir et focale sur un cinéma en vie

Projeté en ouverture de la 18ème édition du Cinéma du Québec à Paris, le nouveau film de l’actrice Carole Laure annonce la couleur de l’évènement. En effet ce festival destiné au grand public comme aux professionnels, est placé sous le signe de la jeunesse et de la créativité débridée propres à la production filmique du pays. Alors que Dolan affiche le million d’entrée avec Mommy, la manifestation programmée du 21 au 26 novembre au Forum des Images a permis aux passionnés de mesurer l’incroyable vivacité du cinéma quebecquois.

love-projet

Placée sous l’égide de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), cette semaine a mis à l’affiche une sélection de longs et courts métrages, fictions et documentaires, représentatifs des talents confirmés et émergents du secteur. Un secteur très productif puisque ce sont 20 à 25 films qui sont épaulés chaque année pour une population de deux millions d’habitants (en comparaison la France compte 200 prods pour 68 millions d’âmes). Décidément les réalisateurs quebecquois ont des choses à montrer et à dire, ce qui occasionne force sujets inattendus et originaux.

safe_image (1)

Placés entre les valeurs sûres du cinéma de Denis Arcan, Jésus de Montréal, daté de 1989 et Le Règne de la beauté, son dernier opus, notons le fabuleux Love Project de Carole Laure. C’est une impression d’énergie éperdue et pleine de promesses qui émerge du long métrage de l’actrice, film d’artistes et de famille s’il en est puisque mobilisant Furey père et fils, tout deux compositeurs, musiciens et créatifs, pour raconter avec beaucoup de tendresse et de dureté la quête d’amour de jeunes danseurs perdus dans la jungle urbaine de Montréal.

Love Project Trailer from Lewis Furey on Vimeo.

Ils composent, interprètent, chantent, jouent … dirigés par une metteur en scène résolument drag king sur une production explorant l’éternelle thématique de la séduction et du rapport amoureux, ces profils interprétés avec brio par des acteurs riches de promesses, se croisent, s’attirent, se séduisent, et tentent maladroitement de trouver cet amour dont ils projettent la perception sublimée et forcément inadéquate. Comment alors trouver l’autre, quand on se cherche soi-même désespérément ? Comment réaliser son « love project » ?Poésie, humour, acidité, … Carole Laure dépeint ces personnages avec justesse et sans pathos, les confrontant à la dureté de l’objectif tandis qu’ils essayent de dépasser les obstacles du quotidien, obstacles qu’ils contribuent à rendre infranchissables.

141017_xy6i8_aetd-love-projet_sn635

Parents en mal d’enfants, mère débordée, immature et absente, fils parent de son propre père, … tous veulent donner l’amour à tout prix pour compenser celui qu’on ne leur a pas donné, pour légitimer leur droit à en réclamer le retour.  Avec cette langue québecquoise chantante et si imagée, les sentiments se chargent d’émotions brutes, qui jaillissent au moment où l’on veut justement les contenir. Le film est saisissant, proposant une narration savoureuse, simple, très photographique, où la musique et la danse, omniprésentes, soulignent les élans des âmes, contredisent les comportements convenus, les hypocrisies sociales.

1310968471775_ORIGINAL

Notons la qualité des images, le travail visuel et sonore, le soin des compositions toute en distorsion, en décalage comme un écho aux glitches sentimentaux des héros, électro, country, pop, expérimentale, tous les styles de musiques sont conviés pour dévoiler les facettes d’un univers artistique riche parce qu’il se nourrit vampiriquement des toutes ces émotions. Une comédie musicale ? Peut-être … imaginons un instant les spasmes des personnages du Déclin de l’empire américain de Denys Arcan exprimés par les danseurs de Chorus Line, pour ébaucher l’affect émis par le film.

141017_5r0x4_aetd-celine-bonnier_sn635

Et de nous interroger alors : tandis que le cinéma de Dolan met en lumière la créativité canadienne, le film de Carole Laure confirme-t-il que cette perception si particulière de la place délicate et fragile de l’individu dans le groupe est affaire de culture ?

 

Et plus si affinités

http://www.forumdesimages.fr/les-films/les-programmes/cinema-du-quebec-a-paris_2/love-project_3

Commentaires

commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.