Lorrina Barrientos de la Biennale de danse du Val de Marne à la plume : … et le corps dans tout ça ?

Lorrina Barrientos, qui, entre autres faits d’arme, anima longtemps, au côté de Michel Caserta, la Biennale de danse du Val de Marne et qui permit que fussent publiés quantité de textes de chorégraphes, de chercheurs et de critiques de danse contemporaine dans la revue Adage, vient d’écrire à son tour un essai portant sur l’émergence du corps dans les arts – et dans le souffle de l’histoire…

Cet ouvrage devrait paraître en espagnol, avant d’être disponible chez nous en version française. L’auteure, que nous avions jusqu’ici connue sous le nom (de jeune fille ou de scène) de Lorrina Niclas, ne propose ni une étude de type universitaire traitant de la question du corps dans la danse actuelle, ni une approche chronologique ou monographique des chorégraphies et des artistes qui se sont plus particulièrement focalisés sur cette problématique, mais plutôt une analyse phénoménologique des relations entre le corps dansé avec la surface et la matière picturale et l’écoulement cinématographique et musical. Son examen se fonde sur sa fréquentation, trente ans durant, de 1968 à 1999, d’artistes parmi les plus marquants dans ces domaines : Merce Cunningham, John Cage, William Forsythe, Miquel Barceló, notamment.

Les sujets développés sont les suivants : le mouvement selon Cunningham; le corps, de Barceló à Nadj et Saporta; le geste d’après Gallotta; du dire au faire chez Pina Bausch; le Verfremdungseffekt de Forsythe; l’interprète pour Bagouet; danse et cinéma, surimpression et lumière (Dreyer, Hitchcock, Cassavetes, Tarkovski), couleur (Picasso, Michael Powell, Nicholas Ray, Godard); de la musique au son (Bernard Herrmann, La Monte Young, John Cage); l’opéra ou Gesamtkunstwerk (Bob Wilson, Jan Fabre); le soulèvement (Maguy Marin); l’engagement et la compromission (Isadora, Riefenstahl, Hoghe, Verret, Tompkins); l’art comme émancipation (Güney, Mantsoe); l’abstraction; le solo (La Ribot, Buffard, Bourigault, Christine Gérard, Vera Mantero); les techniciens du spectacle; le spectateur.

On pourra partager l’empathie de l’auteure pour son objet et comprendre son éclectisme indéniable, que ce soit dans son statut d’observatrice, de “spectatrice professionnelle”, ainsi qu’elle se qualifie elle-même a posteriori, ou dans celui d’amatrice d’art, de cinéphile, d’aficionada de musique et de danse (pour ne pas dire de balletomane). Outre les têtes de chapitres mentionnées supra, d’autres créateurs resurgissent au long des pages : Turner, Monet, Schiele, Debussy, Bach, Satie, Glass, Keaton, Chaplin, Kubrick, Fontana, Joséphine Baker, Béjart, Donn, Childs, Linke, Cremona, Pomarès, Larrieu, Amagatsu, Diverrès, De Keersmaeker, Fattoumi, Francesca Lattuada, Lamoureux, Montet, Jourdet, Rochon, Decina, Jonathan Burrows, Guillem, David Kern, Kelemenis, Bel…

Les thèmes sont abordés simplement, les questions posées trouvent réponses. La méditation de Lorrina sur cette période qui a vu apparaître la “Nouvelle danse”, en France et ailleurs (au Canada, en Grande Bretagne, en Belgique, en Espagne, etc.) eût pu s’achever sur un passage placé au centre de l’ouvrage (ou de la problématique), à savoir cette saisissante réplique de Phèdre à Socrate dans Eupalinos ou l’Architecte (1921) de Paul Valéry : « Je crois à chaque instant que je vais discerner quelque forme, mais ce que j’ai cru voir n’arrive jamais à éveiller la moindre similitude dans mon esprit. »

Et plus si affinités

L’essai de Lorrina Barrientos, El Emerger del cuerpo en las artes y en el aliento de la historia, 2017 (243 pages) n’est pas encore sorti ; c’est donc une lecture exclusive que nous avons pu réaliser. Pour suivre l’actualité de l’auteure, se référer à son site : www.lorrina-barrientos.com

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