Leyla McCalla au Duc des Lombards : Black Troubadour

À l’occasion de la sortie du CD de Leyla McCalla, Vari-Colored Songs, le Duc des Lombards avait invité la jeune femme à donner deux sets, trois soirées d’affilée, mi-décembre dernier, nous permettant par là même de voir le personnage de plus près. Leyla mélange artistement plusieurs sources d’inspiration : l’œuvre du poète Langston Hughes, protagoniste majeur de la « Renaissance de Harlem » à qui la soirée, comme le disque, ont été dédiés ; la musique haïtienne et le chant en créole ; le jazz traditionnel issu de la Nouvelle Orléans où la jeune Afro-newyorkaise de souche caribéenne s’est fixée ; un country-blues américain, mâtiné de folklore irlandais, filtré par la musique classique que matérialise le violoncelle dont elle se sert avec maestria.

On sera sans doute un tantinet déçu du filet de voix de la jeune femme, agréable, certes, toujours juste, c’est un fait, parfaitement en place, rien à dire !, mais à la tessiture un peu réduite la forçant à prendre une voix de tête pour négocier les aigus et au grain trop raffiné à notre goût. Il faut dire que Miss McCalla est autodidacte pour ce qui est du chant, s’étant jusqu’ici contentée d’accompagner aux cordes et aux cordes vocales la chanteuse du groupe Carolina Chocolate Drops. En revanche, son coup d’archet, les arpèges égrenés, les accords  plaqués sur les cordes épaisses de son bahut, les effets obtenus sont des plus subtils. En duo avec le Breton de l’étape, l’excellent, pour ne pas dire virtuose, Jean-Yves Lozac’h, pionnier français de la pedal steel guitar, banjoïste à ses heures (et même à dix-sept heures !), Leyla McCalla a trouvé un son unique, une formule, une « niche » musicale inédite.

Dès lors, la voix n’a plus qu’une importance relative, fondue dans l’instrumentation délicate, s’exprimant dans de très brèves durées (chaque tune fait de deux à trois minutes maximum), agrémentée par deux ou trois soli du maestro et du contrepoint de la musicienne. Les thèmes politiques, sur la fierté noire, des textes, eux-mêmes très courts, de Hughes s’accordent donc parfaitement avec une telle mise en musique. Distribuées dans un ordre différent de celui de l’album, les chansons, pour ce qu’on en a ouï, étaient les suivantes : « Heart of Gold », « Girl », « Manman Mwen », « T’as fini de me voir », « Hard Times », « Too Blue », « Kamèn Sa W Fè? », « Mesi Bondye », « Lonesome Place », « When I Can See the Valley », « Rose Marie », « Changing Tide »,  « Lonely House », « Latibonit », « Blue Runner », avec, en rappel, « Darness in the Delta ».

Il nous a semblé que la jeune femme qui, paradoxalement, n’est pas francophone, trouve sa voie et sa voix dans le répertoire créole. Dès lors, elle se lâche et se relâche totalement, fait preuve de vivacité, de présence scénique, d’humour. Et, surtout, elle communie et communique directement cette joie de vivre au public qui, du reste, ne demande pas mieux…

Et plus si affinités

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