Les Eurockéennes : le secret de la longévité ?

La semaine dernière, notre Elliot national revenait des Eurocks avec dans son petit paquetage un compte rendu bien ficelé de trois jours de folie musicale sur la prequ’île de Malsaucy. Il vous a conté son aventure par le menu. Je ne reviendrai donc pas sur les détails mais sur la conclusion.

 

Les Eurocks, festoche désormais célébrissime et très prisé d’un public en manque de détente estivale après une année de boulot, de grisaille et de stress. Disons-le clairement, si Les Eurocks marquent le lancement de la saison pour les festivals d’été, il constitue également un sas de décompression, situé qu’il est au sortir de la période des exams, de l’année scolaire et des bilans d’entreprise.

 

On va aux Eurocks pour écouter de la bonne musique, faire la fête mais aussi se détendre en mode camping délire. Et cela depuis les premières sessions. La formule a immédiatement plu : 10 000 festivaliers lors de la première édition en 1989 à l’occasion du Bicentenaire de la Révolution française, 60 000 3 ans plus tard, qui dit mieux ? Un véritable plébiscite qui s’est confirmé cette année avec un taux de remplissage record : 95 000 personnes pour une capacité d’accueil de 99 000. Là encore qui dit mieux ?

 

Surtout dans une période où les festivals se multiplient comme champignons sous la pluie. Alors quid de la recette de cette étonnante longévité ? Comment tirer son épingle du jeu festivalier et conserver sa place de festival vedette dans le cœur des artistes et du public ? Le mieux est encore de demander aux principaux intéressés, me direz-vous, à savoir les organisateurs.

C’est ainsi que nous sommes entrés en contact avec Laurent Doucelance, le responsable de la com’ du festival, en place depuis septembre 2004. Intégré dans la grande famille des Eurocks à la suite d’un stage, il connaît bien le festoche ; sa première édition, en tant qu’usager, date de 1994, et dés cet instant il en a perçu l’impact : « C’est un évènement majeur pour la jeunesse ; il faut avoir fait les Eurockéennes une fois dans sa vie ».

Et cette notoriété ne se limite pas ni à la région ni à la France : fondé à l’origine par le Conseil Régional du Territoire de Bellfort, c’est aujourd’hui le premier festival connu du public belge et les anglais s’y précipitent qui apprécient une prog cousine de l’esprit anglo-saxon et les facilités de transports. Une audience qui dépasse largement les frontières dans un esprit européen ? Etonnant pour un festival très ancré dans une région dont il met en avant le patrimoine naturel. En choisissant Malsaucy, les organisateurs ont voulu rendre hommage aux paysages de la Franche Comté et valoriser un cadre exceptionnel.

Le public a su apprécier et en cela les Eurockéennes ont dés leur création posé les bases d’un genre alors presque inexistant en Europe à savoir le festival en plein air. Un festival qui repose également sur deux principes incontournables : la solidarité et le partage. Elliot vous en a donné une petite idée en décrivant l’ambiance régnant dans le camping : apéros en commun, barbecues improvisés avec des voisins de tente dont on ignorait tout cinq minutes auparavant, pataugeage convivial en piscine pour enfants en refaisant le monde et commentant les concerts de la veille, …

Les photos éditées sur le Facebook du festoche et les commentaires qui les accompagnent sont éloquents. Nous vous l’avions dit, Les Eurocks est LE festival du public. Un public qu’il convient d’accueillir et là aussi l’équipe met le paquet : présence des associations, de la marée chaussée pour assurer la sécurité routière et éviter les accidents, gros travail de prévention notamment sur la drogue et l’alcool. Un point délicat à traiter – les festivaliers viennent faire la fête avec un gros besoin de liberté, certains en mode excès/débordement que la préfecture tente de canaliser, notamment en interdisant l’usage de bouteilles sur le site, pour endiguer les effets dévastateurs du binge drinking.

Pas facile pour les organisateurs d’équilibrer les envies des uns et les impératifs des autres mais dans l’ensemble, ça se passe plutôt pas mal et, selon Laurent Doucelance, les principaux problèmes sanitaires à gérer relèvent du petit bobo type coup de soleil. Presque une promenade de santé à côté des véritables enjeux que constitue le casse-tête festivalier actuel. Et c’est là qu’on touche aux questions de fond :

  • comment préserver l’aura du festival alors que pullulent les concurrents (50 festivals ont lieu en Europe le week-end des Eurocks) ?
  • comment concocter une affiche de qualité alors que les cachets des grosses stars montent en flèche ?
  • comment conserver une politique tarifaire abordable qui ne fasse pas fuir un public par ailleurs fidèle ?

Et là il y a intérêt à trouver des solutions, tâche à laquelle le directeur Jean-Paul Rouland et tout son petit monde se sont attelés avec beaucoup d’application et un certain succès si l’on en juge par les taux de fréquentation (le samedi complet arrêt des ventes) et un budget dont presque 60 % vient de la vente des places (contre 18 % environ de subventions publiques et 22 % du mécenat et des sponsors). Solutions donc : « ne pas demeurer sur les acquis et travailler les points forts ». Et en langage lambda, ça se traduit comment ?

Ouvrir la programmation : le gros défi pour bon nombre d’acteurs du monde du spectacle. Et pour les Eurocks cela se résume à créer une affiche accrocheuse et innovante avec un budget artistique de 1,5 million d’euros. Donc créer un équilibre entre têtes d’affiche et artistes français très désireux d’être présents, le tout sur fond d’expériences artistiques farfelues, exemple la carte blanche donnée à Katerine qui s’est retrouvé accompagné de strip teaseuses burlesques.

Révéler des jeunes talents : Des « petites pépites » selon l’expression de Laurent Doucelance, des pépites détectées grâce par exemple au tamisage entrepris lors de la première édition du prix « Repérages SNCF Eurockéennes ». Eh oui bientôt on ira aux Eurocks en TGV, d’où partenariat renouvelé entre les deux entités et ce prix récompensant les jeunes talents : lauréat de cette 1ere session, les suisses d’Honey for Petzi, choisis parmi d’autres candidats dont nous aurons l’occasion de reparler je pense.

Valoriser le lieu : il n’avait pas bougé depuis 2001, il était donc temps de faire un gros ménage et de repenser l’espace, c’est désormais chose faite avec l’esplanade Green Room qui constitue une deuxième grande scène, la scène de la plage réaménagée (cf le témoignage d’Elliot qui a testé pour vous), ou la scène du Club Loggia « qui reste à améliorer » dixit Laurent Doucelance mais dont nous avons pu apprécier les avantages (là aussi Elliot a testé pour vous) ; le tout avec un gros boulot sur les éclairages et la qualité des moyens scéniques.

Développer la com’ internet : site web évolutif, Facebook boosté par des pros des réseaux sociaux, les Eurocks avaient repéré le potentiel offert par la toile. Désormais ils l’exploitent avec un certain talent, avouons-le si l’on en juge par la vitalité des opérations proposées, vidéos tournées spécialement, relai de la couverture média, photos/témoignage des festivaliers, …

Etre proche des festivaliers : des festivaliers justement qui sont désormais impliqués dans un processus participatif très dense, avec théâtre de rue, karaoké live, mais aussi enquête CNRS, questionnaires de satisfaction et rencontre avec les orgas désireux de connaître l’opinion et les idées des spectateurs. Des festivaliers parmi lesquels les handicapés sont de plus en plus nombreux (un gros travail de fond que l’équipe du festival a entrepris il y a plusieurs années sans lâcher prise, introduisant espaces dédiés et moyens de locomotion).

Le tout donne un cru 2011 très satisfaisant avec budget équilibré et une certaine aisance qui permet de réinvestir les excédents pour améliorer le lieu et financer des festivals comme TGV GénériK dont nous vous parlerons surement d’ici peu : reste à conserver cet esprit et promouvoir cet élan. Les Eurocks étaient connues pour proposer à ses visiteurs 3 jours hors du commun. Enrichir cette identité demeure l’objectif à atteindre.  A vérifier l’année prochaine ?

Et plus si affinités

Eurockéennes 2011 Summer Report : Marathon Musical En Immersion

http://www.eurockeennes.fr/

 

http://www.facebook.com/Eurocks

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