Les contes des 1001 séries : Les hommes de l’ombre

LES HOMMES DE L’OMBRE La série qui remporte tous les suffrages!
Près de 5 millions de téléspectateurs, en moyenne, (17.9%* de PdA) ont suivi la série
Les hommes de l’ombre.
Plus de 8 millions de Français ont regardé au moins un épisode. La série enregistre en moyenne 12,3% de PdA sur les 25-59 ans.
Une communauté conquise et unanime avec une audience totale estimée sur les réseaux sociaux à 1 156 000 personnes pour la soirée d’hier, France 2 se place ainsi en tête pour une série depuis plus d’un an.
Hier soir, 4.5 millions de téléspectateurs (16.5%* de PdA) en moyenne étaient réunis autour des deux derniers épisodes! Troisième meilleure audience sur les réseaux sociaux avec 447 tweets autour de la série.

France 2 est fière, d’avoir diffusé cette série et rempli sa mission de service public en permettant aux téléspectateurs de découvrir un univers jusqu’ici peu traité par la fiction ! »

France 2 peut, effectivement. Les chiffres parlent d’eux même et les 6 épisodes de cet thriller politique servi par un casting prestigieux (Nathalie Baye entre autres, impeccable dans le rôle de la candidate Anne Visage, récompensée à la Fipa, grande messe des programmes cathodiques ouverte par la projo de la série qui d’ailleurs fut acclamée), une réal nerveuse signée Frédéric Tellier, et un scénar paraphé de la main de Dan Franck co auteur de la série des Boro avec Jean Vautrin, présentent un sans faute du point de vue purement télévisuel.

Je ne reviendrai donc pas sur cette saga speedée débutée par l’attentat qui frappe un président en fonction pour se poursuivre par une course à l’élection où s’affrontent son ancienne maîtresse en son premier ministre, sur fond de trahison et de manipulations. Personnages certes prévisibles, intrigues classiques (témoin escamoté, barbouzeries, écoutes, trahisons, négociations à couteaux tirés, …), on pense de loin en loin au petit chef d’œuvre Les hommes du président d’Alan J.Pakula sur le scandale du Watergate.

On pense surtout à Des hommes d’influence de Barry Levinson où Robert de Niro, conseiller en communication de la Maison Blanche s’évertuait à sauver la mise d’un président mouillé dans une affaire de mœurs en montant tout un scénario avec l’aide d’un producteur hollywoodien joué par Dustin Hoffman. Car c’est de cela dont il s’agit au bout du compte dans Les Hommes de l’ombre : une guerre entre deux communicants, dont le plus jeune cherche à piquer la place du plus expérimenté.

Ok certes, c’était l’objectif des producteurs. Mais le public lui, comment l’a-t-il abordé cette série, dans la tourmente des prochaines élections ? Méthodes répréhensibles, démagogie, vieux briscards rompus à toutes les ruses, jeunes candidats pleins d’idéaux  … avec Les Hommes de l’ombre, Machiavel n’est pas loin, l’appareil d’État non plus qui broie les êtres sans pitié et auquel on sacrifie tout, surtout en période de crise aiguë telle l’assassinat d’un président. Et nous, pauvres spectateurs, de frémir. Et si ça arrivait ? Qu’adviendrait-il de nous ? Et de notre pays ?

De fait la situation initiale permettait aux scénaristes de poser les bases d’une élection anticipée sur 35 jours : parfait pour l’intrigue et le timing, … mais alarmiste au dernier degré pour les spectateurs ? Ce n’est un secret pour personne : nous entrons en campagne politique, les coups bas ont commencé à pleuvoir, les prochains mois seront d’autant plus difficiles que nous traversons une crise économique profonde dont nous avons toutes les difficultés à sortir. Et la configuration proposée par la série se greffe sur la réalité :

  • on y présente une guerre fratricide entre deux candidats potentiels d’un même camp (la droite pour ne pas la nommer) avec l’implosion que cela suppose
  • on s’y concentre uniquement sur l’élection et les combats d’influence mais jamais on n’aborde la gestion du quotidien ce qui laisse sous-entendre que le gouvernement est complètement gelé et la gestion des affaires en suspens ;
  • on y découvre les trucs et astuces du parfait communicant en matière de manipulation des foules et de l’électorat (les fautes voulues dans les discours, la table d’1m55, la manière de s’habiller et de se poser devant les journalistes pour avoir l’air d’être un monstre de travail, …
  • et je passe sur le mensonge d’État portant sur l’assassinat du président, tué par un fou qu’on s’évertue à présenter comme un terroriste, histoire d’exploiter les peurs latentes  …

Alors qu’est-ce qui ressort de tout ça ?

  • une vision assez juste des éléments en présence dans une campagne présidentielle (tractations dans les coulisses, négociation des ministères, installation d’un QG de campagne, organisation des meetings, …) ;
  • une absence totale de propositions électorales, pas une fois on ne voit les candidats bûcher sur un programme quelconque (en gros nos parlementaires passent leur vie à travailler leur réélection sans se soucier de traiter les dossiers);
  • un tableau parfois trop utopiste et manichéen du pouvoir (un politicien ne peut être un ange, il suffit de relire la vie des grands hommes tels Richelieu, ou les pièces de Shakespeare pour s’en rendre compte) ;
  • des partis extrêmes balayés du paysage politique réduit à sa plus simple expression soit deux tendances dont l’une se morcelle, réduction qui à mon sens altère considérablement l’équation ;
  • une candidate femme qui est plus que convaincante dans son rôle de rassembleuse (un choix dont le scénariste Dan Franck n’a pas franchement pesé la portée, selon ses dires : J’avoue m’être à peine posé la question, avoir presque oublié qu’il y a un homme et une femme en jeu : s’ils se distinguent l’un de l’autre, c’est surtout par leurs méthodes, leurs histoires, leurs morales ou encore leurs expériences. Le visage qu’interprète Nathalie Baye, est « propre », intègre, idéaliste, extérieur au marigot dans lequel d’autres surnagent ».

Le dernier épisode se termine sur l’annonce des résultats d’une élection dont nous ne connaîtrons le gagnant que dans la seconde saison.  Histoire de télescoper l’attention d’une audience qui commence à sentir la pression du premier tour ? La saga n’est en tout cas pas prête de s’arrêter semble-t-il … et la chaîne du Service public désireuse de rempiler pour 6 épisodes supplémentaires une fois le feuilleton des vraies élections passé ?

Avec la volonté d’exploiter l’actualité pour faire de l’audience ? Avec quel effet sur un public hésitant pour ne pas dire frileux à l’égard du processus de vote, à l’heure où la confiance dans nos élus s’étiole ? Le débat politique passionne, c’est un élément d’autant plus vendeur qu’on en montre ici les dessous, ses coulisses. Mais fait-on réellement acte d’éducation et de débat ? En d’autres termes, une série télévisée pourra-t-elle réveiller les consciences citoyennes ? Avec quels effets ?

Et l’on se prend soudainement à rêver d’un sondage demandant aux téléspectateurs si ces 6 épisodes ont impacté leur approche du processus électoral qui va bientôt s’enclencher. A voir ?

Et plus si affinités

http://programmes.france2.fr/les-hommes-de-l-ombre/index.php?page=article&numsite=8321&id_article=30446&id_rubrique=8324

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