Les Bonnes conditions : naître avec une cuillère en argent dans la bouche, ça empêche de s’exprimer

Alors que les lycéens de France et de Navarre n’en peuvent plus de savoir à quelle sauce Parcoursup va les boulotter, le documentaire de Julie Gavras déboule sur les écrans d’ARTE pour en rajouter une couche en matière de pincements de cœur et de sentiment d’inégalité. Les Bonnes conditions ? Ils sont huit, nés dans les beaux quartiers, issus de familles CSP+++++++, fils de banquiers, de médecins, de publicitaires, d’avocats … Certains n’ont jamais franchi les limites du 7eme arrondissement, tous sont promis à de glorieuses études, via la case du très exigeant lycée public Victor Duruy, antichambre de toutes les meilleures prépas. Mais est-ce ce qu’ils veulent vraiment ?

Patiemment, sous la houlette de leur prof d’histoire géo, Julie Gavras regarde l’élite de demain grandir. De 16 à 30 ans, de 2003 à 2016, ils s’expriment devant sa caméra, exposant leurs désirs, leurs craintes, le poids familial qui exige qu’on marche dans les traces du père, du grand-père. « Mon fils, chirurgien tu seras ! » «Ma fille, avocate tu deviendras ! » … sauf que le XXeme siècle est passé par là, avec sa kyrielle de libérations morales, son goût de liberté. Et nos rejetons de bonne famille de zieuter en dehors des clous professionnels plantés résolument par leurs géniteurs. La musique, le théâtre, la composition, l’escrime … tout cela est d’autant plus attirant que cela fâche papa, inquiète maman, déroute papy/mamy … et puis ce n’est pas pour rien qu’on suit des leçons de piano depuis son plus âge, quoi !

Surtout quand en parallèle, la vie dicte sa loi : décès, maladie, séparations, … cette chienne d’existence vient titiller l’esprit de nos chers petits qui sentent confusément qu’elle est trop courte pour qu’on s’enferme dans des schémas castrateurs, qui enrichissent certes, mais ne rendent pas heureux. Tandis qu’ils passent de l’ado à l’adulte, qu’ils tombent amoureux, qu’ils franchissent les échelons du savoir, qu’ils signent leurs premiers (juteux) contrats, qu’on achète leur premier appart, qu’ils partent à l’étranger faire de la recherche, embrasser le monde, on constate qu’ils ne sont pas forcément épanouis, et que l’argent, en pagaille, constitue un piège, même si il ouvre bien des portes.

Les gros plans sur les visages songeurs, le montage de ces confidences sans fard, ce sentiment de spontanéité, la sensation pesante de l’héritage, des obligations sociales, désaxent volontairement le spectateur qui prend conscience de ce que ces gamins endurent au niveau psychologique. On aimerait bien connaître les réactions des parents devant les doutes de leur progéniture, la solitude qui les frappe dans cette quête de réussite imposée. On se demande par ailleurs ce que des kids de banlieue défavorisée feraient à leur place. On regrette que ces loulous pour certains n’aillent pas au bout de leur révolte, on apprécie que d’autres embrassent leur destin envers et contre tout. Et on se dit que finalement rien n’est acquis, que naître avec une cuillère en argent dans la bouche, c’est bien certes, mais ça empêche de s’exprimer.

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/066346-000-A/les-bonnes-conditions/

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