Les 100 mots de la danse – Geisha Fontaine : un abécédaire de la grâce ?

Vous souvenez-vous des anciens Que sais-je ? synthétiques, condensés, ramassés, hérissés de tableaux et de dates au point de devenir assez vite rébarbatifs ? Créée en 1941 par Paul Angoulvent, le fondateur des Presses universitaires de France, la collection devait faire face au rationnement du papier imposé par l’Occupant tout en continuant à assurer la diffusion du savoir. Il s’agissait de donner accès au plus grand nombre à des livres de référence dont la rédaction était confiée à un spécialiste faisant autorité sur une des infinies questions. Celui-ci devait en traiter et, si possible, en faire le tour en 128 pages très précisément formatées (17,5 cm de hauteur sur 11,5 de largeur). L’idée de l’encyclopédie de poche était ainsi lancée. Et avec quel succès !

La parution de l’ouvrage de Geisha Fontaine, Les 100 mots de la danse, s’inscrit dans la volonté actuelle de renouvellement éditorial, amorcée depuis l’an dernier, si l’on en croit la presse, dont les signes extérieurs sont le changement de couverture, qui recourt maintenant à la photographie couleur et, nous a-t-il semblé, à l’impression sur un papier de grammage plus épais et donc, en principe, plus fort, d’un blanchiment absolu, qui nous change de celui jauni d’autrefois. On s’est permis de sur-imprimer au visuel (un cliché non signé d’une danseuse anonyme et décadrée) un gros bloc de titraille au minimalisme discutable, le mot barrant littéralement le geste dansé. A été gardé le logo, altéré à partir de 2000, teinté d’un vert de carabinier plutôt que d’une teinte pastel.

Le corps du texte est heureusement plus agréable à lire que la couverture. L’auteure a adopté la forme d’un abécédaire qui raconte, en cent entrées rédigées d’une plume alerte, toujours plaisante, jamais pédante, la danse de A à Z. Elle nous renseigne sur l’importance de l’articulation, « la cheville ouvrière de l’art de la danse » selon elle ; elle rappelle ce qu’est la notion d’en dehors, essentielle au ballet académique, dit classique mais qu’il conviendrait de qualifier de romantique ; elle détaille les sauts, les saluts, l’élan, l’écart, le ballon, insiste sur la qualité du dance floor, sur la façon de tenir la barre, date l’origine des pointes comme celle de la danse pieds nus, donne aussi celle du tutu, s’étend sur la nudité intégrale prônée par Anna Halprin. Elle évoque aussi le trac de l’interprète, ayant eu l’occasion sans doute de le ressentir en tant que danseuse.

Elle nous explique ce que fut au XVIIe siècle la « belle dance » qui était alors pratiquée à la cour, décrit la naissance du ballet romantique qui triompha au XIXe, évoque les figures des réformatrices du début du XXe siècle que furent les Américaines Ruth Saint Denis, Loïe Fuller et Isadora Duncan et les Allemandes Mary Wigman, Gret Palucca et Valeska Gert. Elle aborde les danses traditionnelles telles que le flamenco, celles, extra-européennes comme le bharata natyam ou le kathakali, l’avant-garde japonaise représentée par le butô, le modern jazz, le hip hop, etc. Par petites touches, Geisha Fontaine dresse donc un panorama complet d’un domaine qu’elle connaît parfaitement en théorie comme en pratique. Un index des noms propres et un autre des œuvres citées clôt ce volume fourmillant d’informations précises et de pistes de réflexion.

Et plus si affinités

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