Léon-Gontran Damas, le poète jazzy : un modèle qui fleure bon la fronde

Commençons notre semaine culturelle avec un livre de poche, ou plutôt de pochette, destiné à la jeunesse, à un lectorat en culottes courtes. Les éditions A dos d’âne, que dirige Véronique Cazeneuve, viennent de sortir un opuscule sur Léon-Gontran Damas, le troisième homme, sans doute le moins connu, des poètes de la négritude. Ce en quoi l’ouvrage remplit sa mission de faire découvrir « des hommes et des femmes qui ont changé le monde ». L’auteur rejoint ainsi un panthéon virtuel qui surprend et agrée par sa diversité : Myriam Makeba, Billie Holiday, Albert Einstein, Sitting Bull, Mahatma Gandhi, Django Reinhardt. Des modèles qui fleurent bon la fronde, et même la révolte.

Les auteurs Nimrod et Gopal Dagnogo nous persuadent que le poète Damas avait le jazz dans la peau et qu’il était bien l’un d’entre eux. Les spécialistes de la francophonie le fréquentent depuis longtemps ; ils apprécient ses vers et sa verve. Ils savent qu’avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, il fonda le mouvement politique et littéraire qui a contribué à l’émancipation intellectuelle des descendants d’esclaves. Il a, comme ses illustres compagnons de route, été soutenu par les Surréalistes, par Robert Desnos d’abord, qui préfaça dès 1937 son recueil Pigments, puis, naturellement par le pape de ce groupe d’artistes, André Breton, qui découvrit Césaire sur le chemin de l’exil durant la Deuxième guerre.

Est-ce parce qu’il n’a pas fait de carrière politique notable que le nom de ce troisième mousquetaire est resté moins connu que les autres ? Mais nous pourrions dire la même chose à propos de Suzanne Roussi, épouse Césaire, animatrice essentielle de la revue Tropiques et qui pourrait elle aussi figurer dans une telle collection. L’histoire de Léon-Gontran Damas nous est contée par un autre virtuose de mots et de sons, le poète-prosateur et aussi philosophe Nimrod, d’origine tchadienne qui vit depuis trente ans réfugié en Picardie. Le petit volume est illustré par des dessins en noir et blanc pré ou post-cubistes (« nègres » en ce sens), dansants par leur contenu comme par la légèreté de leurs lignes, signés de l’Ivoirien Gopal Dagogno.

On parcourt la vie de l’enfant mulâtre né à Cayenne, scolarisé à Fort-de-France, venu étudier à Paris, après le triomphe de la Revue nègre de Joséphine Baker, au moment de l’Exposition coloniale de la Porte dorée. Part belle est faite à la fête, à l’art afro-américain, une des passions de ce « fou de tam tam », dandy refusant et l’assimilation et la vie monacale de ses deux amis khâgneux et futurs agrégés, lui qui dès l’âge tendre préféra le swing aux leçons de piano classique dispensées par une tante de la bourgeoisie guyanaise. Qui s’est montré très tôt rebelle aux bonnes manières, à celles qu’ont voulu lui inculquer une famille de fonctionnaires acquise à la bienséance et bienpensance métropolitaines.

De lecture agréable, jamais pontifiant ni édifiant, ce livret, au sens propre, parsemé de poèmes, captivera l’attention du jeune lecteur et son imaginaire. Il traduit, à l’aide d’exemples et de mots simples la notion « négritude » qui passe par la prise de conscience de l’assimilé forcé. Par un sursaut libérant de ce que Césaire nommait « déréliction nègre ». Dans un poème de Black-Label (titre de son recueil de 1956 et allusion à la marque de son whisky), Léon-Gontran Damas écrit : « Nous à qui n’appartient / guère plus même / cette odeur blême / des tristes jours anciens / Nous les gueux / nous les peu / nous les rien / nous les chiens / nous les maigres / nous les nègres. »

Et plus si affinités

http://www.adosdane.com/fr_FR/ouvrage/Des%20graines%20et%20des%20guides/33/L%C3%A9on-Gontran%20Damas,%20le%20po%C3%A8te%20jazzy/Gopal%20Dagnogo,%20Nimrod%20

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