Le Chagrin : car la vie est ainsi faite …

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Capture du 2015-04-30 08:57:28

Un gros chagrin, un chagrin d’amour, un chagrin incommensurable, je suis chagrin … mélancolie ou affliction, le chagrin signe la perte. Irréversible. Perte de l’être cher qui nous quitte parce qu’il meurt, il aime ailleurs, il grandit, il change avec le temps. Perte des illusions, perte du corps, perte de l’enfance, de l’innocence, de la légèreté, … avec douceur, avec tendresse, silencieusement observatrice, Caroline Guiela Nguyen se glisse entre ces occurrences comme le ferait un chat dans une maison, se frottant aux meubles, flairant les objets, frôlant les êtres. Ni comédie ni tragédie, Le Chagrin est le fruit de cette lente évolution.

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Photo Jean-Louis Fernandez

Un frère et une sœur se retrouvent pour les obsèques du père, mort de maladie. Séparés trop tôt par la vie, le départ de l’une vers des rêves de gloire dansée brisés par la dure réalité de l’existence mais dont elle se cache la vérité, l’autre qui est resté au berceau, empêtré dans ses racines et son devoir filial auprès d’un père irascible, d’une tante castratrice. De mère, point. C’est la grande absente, on ne sait rien d’elle mais partout son manque pèse dans les moindres recoins d’un espace étouffant, écrasant de blancheur grise, pâle et malsaine.

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Photo Jean-Louis Fernandez

Une chambre d’enfant ? Un atelier de restauration ? la cuisine désuète d’une grand maman ou le laboratoire d’un taxidermiste ? Une serre peut-être ? Un débarras, un grenier ? Une installation d’art brut aussi ? C’est au final de la pièce, après que la fratrie se soit déchirée dans les règlements de compte verbaux et réunie dans les pleurs que l’espace se révèle : une chapelle votive. Baroque, encombrée comme le sont les cerveaux de souvenirs attachants, de doudous émotionnels, sales et pleins de morve séchée, pour rien au monde on ne voudrait s’en séparer.

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Photo Jean-Louis Fernandez

On s’y accroche à ces souvenirs, comme les deux héros de cette non intrigue qui s’arriment à leur enfance, malgré leurs gestes d’adultes … c’est si dur de grandir. Se fardant de blanc, comme le feraient des acteurs de butô, des clowns ou des sorciers vaudou, ils deviennent poupées de cire, momies de Palerme, porcelaines fragiles tandis qu’ils plongent leurs mains dans la terre nourricière, y mêlant le sel de la vie. Autour d’eux la grande tante stérile, l’amie désolée de ses amours, … tout porte la solitude et le désarroi. Sociologue de formation, l’auteur metteur en scène a su transposé le rapport à la mort dans une dimension qui s’étire du ludique au religieux en mettant en exergue ces gestes de sacralisation que tous nous interposons entre la fin et nous comme un voile de conjuration.

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Photo Jean-Louis Fernandez

C’est fin, déroutant, dérangeant, en constante métamorphose. Les codes narratifs, l’écriture, tout est perturbé dans cette longue et silencieuse introduction, de loin inspirée par le travail de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. La fable ainsi contée trouve parfaitement sa place dans la programmation d’un Centre Dramatique Régional Tours dont caroline Guiela Nguyen est artiste associée. Pas de hasard : l’approche de la demoiselle abonde dans le sens d’une démesure, d’une interpellation constante du public qui se prend le spectacle en pleine face. La part de l’improvisation introduit une vulnérabilité supplémentaire dans cette maison de verre qui menace d’imploser à chaque seconde, mais néanmoins reste debout, vacillante à peine sur ses bases. Car la vie est ainsi faite …

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Photo Jean-Louis Fernandez

Merci à Benjamin Getenet pour son approche.

Et plus si affinités

http://www.cdrtours.fr/spectacle/le-chagrin

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