La Tragédie du Roi Richard II – Shakespeare : Richard au pays des Merveilles ????

Une couronne trop grande, un sceptre trop lourd, un trône trop large, … décidément le Richard II de Jean-Baptiste Sastre n’est pas fait pour régner.

Déjà que celui de Shakespeare était nonchalant, pusillanime, faible, arrogant et incapable … celui de Sastre apparaît en souverain visiblement pressé de se débarrasser du fardeau royal pour se délecter de n’être rien : pour preuve la séquence où cet anti-héros servi par un Denis Podalydès éblouissant de justesse, de naïveté et d’humour visse son diadème sur le front de l’usurpateur Bolingbroke qui plie soudainement sous la charge. Une mauvaise blague de gamin ? Pourquoi pas ?

Sauf que Bolingbroke aime cette lourde couronne et ce pouvoir qu’il a saisis par la force alors que Richard doit en assumer les responsabilités de naissance… ça ne lui plaît pas … aussi quand il voit débarquer ce désobéissant exilé  venu réclamé ses terres confisquées par caprice royal après le décès d’un père aimé, le Richard saute sur l’occasion pour lui refiler la patate chaude. Tant pis si il y perd ses terres, ses favoris, sa femme, sa liberté, … tout plutôt que de gérer encore ce pays qui ne veut visiblement plus de lui.

Sauf qu’on ne se débarrasse pas de la royauté comme ça … eh oui, une fois qu’on a été sacré, on ne peut plus revenir parmi les quidams, l’onction royale vous marque à vie … voilà pourquoi il ne peut y avoir deux rois pour un seul royaume, voilà pourquoi Richard sera assassiné. Et Sastre d’accentuer le côté espiègle de son héros qui se fait sagement poignarder sans rien dire, un sourire aux lèvres. Christique, soumis, … bien conscient d’attirer ainsi la malédiction du Très-Haut sur son remplaçant.

Shakespeare lui accordait des derniers instants plus glorieux, où il se jetait l’épée à la main sur ses assassins dans un ultime sursaut de courage. Là, magie de l’adaptation, vertu de la traduction, Richard II s’endort sur une dernière pensée philosophique douce amère tandis que le nouveau monarque courtise une Angleterre aux traits d’Alice in Wonderland. Wonderland … Albion, gigantesque jardin enchanté, où les puissants évoluent comme les étranges  personnages de Lewis Caroll.

L’amalgame est osé. Il transparaît dans la gestuelle des acteurs (le sautillant Rutland, les jardiniers mélomanes, la tournoyante reine), dans la musique, dans les costumes, dans l’inversion des pôles ( le viril Mowbray joué par une actrice aux blonds cheveux de Jeanne d’Arc, le jeune Rutland interprété par un acteur sautillant mais vieux et marqué). Il apporte un regard neuf à la tragédie historique qui marque le coup d’envoi de la guerre des deux Roses. Un regard neuf mais qui manque de lisibilité et c’est dommage.

Moi qui aie étudié la pièce maintes fois au cours de mes pérégrinations doctorantes, j’ai eu du mal à me repérer. Déjà le public averti d’Avignon avait renâclé, et Olinda Coïa, notre rédactrice, qui avait suivi pour nous la retransmission télévisée de la pièce en plein festival avait bien perçu ce malaise (cf 2eme partie de l’aticle). Le public de Nîmes installé autour de moi aussi. Les signes de fatigue et de déconcentration se sont faits sentir assez rapidement, heureusement annulés par les pointes d’humour introduites par les acteurs et le texte. Un texte complexe, porté par une traduction assez étrange, où le mot « salaud » et les termes anglais reviennent comme des rengaines.

Au final une lecture qui déroute autant qu’elle sert le propos. Une approche paradoxale qui relance l’éternel débat autour de la mise en scène conçue comme la vision personnelle qu’un homme nourrit d’une œuvre universelle.