La Smala : « on vit une époque formidable … »

Allez, tu le veux, ton « feel good movie » du lundi ? Encore plus si il est made in France, avec à la clé une success story débile sur fond de crise économique et sociale ? Alors, lecteur, pointe ton joli doigt, parcours ce texte by Bibi et clique sur le lien en bas de l’article pour mater La Smala.

Pas la queue d’un ordi ni d’un smartphone

Pas franchement une nouveauté puisque cette comédie signée Jean-Loup Hubert date de 1984, qu’on y parle encore en francs (ouais, des francs, j’vous jure!), qu’on n’y voit pas la queue d’un ordi ni d’un smartphone (preuve qu’on s’en passait très bien à l’époque), et aucun rappeur en vue. Il n’empêche, le propos est vraiment d’actu, c’est justement ça qui en fait tout le prix, et le coté « un peu rageant tout de même », « on nous prend bien pour des cons », « tout ça pour ça », « en 40 ans, rien de changé » …

La Smala donc : une famille en grande précarité, parquée dans une cité pourrie de la grande banlieue de Lugdunum City. Pas un arbre ni un job en vue, du terrain vague au kilomètre, des aides sociales anorexiques en forme d’insulte : accordéoniste raté acculé à la mendicité, Robert ne se plaint pourtant pas, vu qu’il vit avec la femme qu’il aime. Pourtant la dame est aussi volage que féconde, lui ramenant régulièrement des gamins qui ne sont pas de lui mais qu’il adore et élève comme ses propres enfants.

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Une BD façon Margerin

Et sur cette smala adepte du système D, l’ombre protectrice de Simone, aide ménagère par obligation, rockeuse par vocation. Cette ancienne gloire du Bus Palladium bichonne les cinq gamins et leur papa, qu’elle trouverait tout à fait à son goût, s’il n’était entichée de sa chaudasse d’épouse. Épouse qui se casse une fois de plus, au bras d’un CRS de passage, venu calmer une enième émeute. Direction Paris, avec dans son sillage un Robert complètement dévasté par cette désertion qui semble être définitive, les cinq lardons bien décidés à suivre Papa, et une Simone venue retrouver son frère Rita.

Forcément, rien ne va se passer comme prévu, de toute façon rien n’était prévu, et c’est tout le piquant de cette comédie très 80’s, au rythme narratif de BD barrée, pas pour rien du reste que Margerin signe l’affiche du film, vu que les aventures de Robert, Simone et Cie ressemblent fort à celles de Lucien, Ricky et consort. Des filles et des gars qui veulent échapper à un quotidien glauque, éventuellement devenir des stars du rock, au minimum bien se marrer avec leurs potes, même dans la débrouille la plus totale. « On vit une époque formidable » ne cesse de répéter Robert.

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Dialoguer, un tomahawk à la main

Une époque formidable … certes c’était déjà la dèche, il y avait déjà des quartiers pourris, des familles dans le besoin, des gamins sans avenir. Le brassage culturel fonctionnait néanmoins, on s’entendait, on se tenait les coudes, sans trop se faire bouffer par les communautarismes religieux, les racismes de base. La France Black-Blanc-Beur, où trans, concierges, ingés sons, mémés incontinentes et flics se côtoyaient sans trop de frictions. Un brassage qui fonctionnait jusque dans le casting où Josiane Balasko donne la réplique à Victor Lanoux, Dominique Lavanant, Maurice Risch, Luis Rego, Martin lamotte, Smaïn, Mahmoud Zemmouri …

Difficile de ne pas comparer avec les années 2020 : c’est toujours la dèche, la musique n’est plus une voie de sortie par le haut, la cellule familiale a implosé avec l’arrivée de la tech, la startup nation profite toujours aux mêmes, sert de mirage aux autres. Le racisme et l’intégrisme religieux ont le vent en poupe. Et on a beaucoup moins envie de se marrer. Mais en regardant La Smala, on se dit qu’il fut un temps où c’était possible d’arriver à dialoguer, même un tomahawk à la main. Alors pourquoi pas aujourd’hui ?

Et plus si affinités

https://www.canalplus.com/cinema/la-smala/h/177290_40099