June Events 2016 – 55, Radouan Mriziga : architecturalement votre

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Pour sa dixième édition le festival June Events initié par Carolyn Carlson, a ouvert ses portes. La première soirée le 3 juin dernier fut un beau moment de danse aux multiples couleurs. Après Next couple, changement radical d’univers avec la performance 55.

Radouan Mriziga, le danseur et chorégraphe auteur de la pièce, s’est formé au Maroc son pays d’origine, en Tunisie mais aussi en France et en Belgique, où il réside désormais, à Bruxelles au sein de l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker P.A.R.T.S. S’il fallait l’illustration que la danse est bien un art de l’espace et du temps (entre autres choses) et de leur construction, Radouan Mriziga nous en donne ici la preuve.

Une fois le public assis de part et d’autre du plateau, le chorégraphe se lance dans une sorte de rituel. Muni de rouleaux de scotch, d’une craie, il va employer son corps pendant 55 minutes à dessiner l’espace. Au préalable sans outils marqueurs, il s’attache à créer un périmètre. Il met en place des lignes, des courbes qui définissent une qualité de mouvement mais surtout une impression dans le sol et l’air. Ses mouvements et déplacements sont répétitifs et précis. Chacun d’entre eux donne la porte à ouvrir pour permettre la naissance du suivant et ainsi de suite. On visualise très vite l’espace de jeu dans lequel le danseur prend place. Qu’il soit couché au sol ou debout, tout est question de déplacement d’air, de transformation du vide en plein.

Quitter un espace, c’est en construire un autre. Sans fin, le rituel se développe avec une batterie de gestes qui vont désormais permettre de figurer d’autres lieux, d’autres formes à l’intérieur même de la première architecture créée. A l’image des artisans qu’il a observés, répétant des gestes et mouvements, utilisant leur corps et la manipulation d’outils à des fins créatrices, Radouan Mriziga se fait architecte. La longueur de son corps, la rotation d’un avant bras, l’ouverture de ses pieds… sont autant de choses déterminant un placement, un déplacement, une direction, une énergie. En travaillant avec le sol et l’air, il sculpte un espace, lui donne chair, lui donne corps.

Pendant ces 55 minutes qui paraissent parfois longues – de par le caractère brut et efficace des mouvements – et par là-même nous interrogent sur nos attentes et notre capacité à recevoir ce qui nous est offert, Radouan Mriziga rend compte du temps et de sa nécessité dans une construction quel qu’elle soit. Le rituel s’achève par la matérialisation d’un espace. Au sol, les différents morceaux de scotch blanc formant lignes et courbes, mettent à jour une autre forme, un autre geste. Cela ressemble à un mandala, à des arabesques orientales, peu importe l’évocation a lieu. A nous d’en faire ce que nous souhaitons.

L’accumulation des déplacements, des mouvements de son corps/outil ont permis au chorégraphe de composer une nouvelle forme architecturale. En arpentant l’espace en conscience, en lui donnant vie avec des mouvements précis, répétitifs, Radouan Mriziga crée. Beau geste à éloigner de toute attente et sensation ou au contraire à questionner.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur ce spectacle suivez les liens :

http://atelierdeparis.org/junevents/programme/

http://www.moussem.be/fr/radouan-mriziga

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