Jeu Vidéo / Lone Survivor : Out of the Shelter

Lone Survivor est l’oeuvre d’un passionné. On y retrouve l’amour de son auteur pour une série comme Silent Hill, dont le jeu semble vouloir revisiter l’univers. Créé par Superflat Games one-man-studio de Jasper Byrne, autrement connu pour avoir composé le meilleur morceau de la bande-originale d’Hotline Miami, ce survival-horror en 2D fait l’exploration de la psyché chargée de son personnage principal : « YOU », pendant son errance dans un monde dévasté.


Aux graphismes magnifiques dans leur simplicité, le petit bijou de Byrne démontre une fois de plus qu’avec trois bouts de bois et un peu de scotch on peut créer une expérience formidable ; loin de se donner des airs de faux vieux, le jeu exploite sa grisaille pixelisée pour densifier son atmosphère opaque, méditative : celle d’un voyage intérieur, celle du rêve où l’environnement n’est plus très clair, plus très cohérent. Et comme tout survival-horror qui se respecte, sa jouabilité est plus que rigide ; point qui a toujours été au coeur de l’expérience de ce genre de jeu, propice comme aucun autre à ce moment où le joueur se met à hurler sur son personnage, lequel, engagé dans une action – comme recharger, ce qui prend un temps infini – est soudain pris dans les griffes d’ennemis peu ragoutants. Avec Lone Survivor, on retrouve la joie de la panique inhérente au genre, et que peu de titres avaient su recréer.

Petite perle à la narration lapidaire, c’est le genre de jeu qu’on prend toujours plaisir à voir décortiqué dans ses moindres détails par ses fans, au gré d’un débat de forum sur l’interprétation de tel ou tel détail. Le jeu se démarque néanmoins de son aîné – Silent Hill 2 semblant avoir été l’opus qui a le plus marqué sa réalisation – par sa polysémie et l’opacité de son propos. C’est à dire que Lone Survivor, malgré sa thématique plus que classique dans les jeux du genre, trouble les pistes au moment où l’on croit avoir tout compris : pirouettes impressionnantes par lesquelles le jeu révèle toute une nouvelle perspective de lecture dans laquelle on s’engouffre avec joie.


Relevant dans un certaine mesure d’une approche japonaise de la narration, sans cesse ballottée entre symbolisme littéraire et rêverie onirique, le jeu frappe par ses différents niveaux de compréhension qui se déploient en quelque sorte en parallèle – avec de nombreux points de passage – s’opposant ainsi au modèle plus qu’éculé des multiples faisceaux narratifs qui convergent vers une conclusion en forme de twist, décevante la plupart du temps. En se privant du petit plaisir d’entendre ses fans crier OH MON DIEU C’ÉTAIT DONC ÇA , Jasper Byrne parvient à créer une oeuvre qui distille avec douceur ses thématiques, leur donnant plus de persistance, de profondeur. Quand le jeu est fini, une autre expérience semble commencer avec l’impression parfaitement désagréable d’avoir été surveillé pendant tout ce temps : la deuxième vie du jeu commence, celle dont peu de titres peuvent se targuer, où la résonance de l’expérience nous accompagne au quotidien, laissant comme flotter encore un moment son ambiance fascinante.


A l’instar d’Hotline Miami, Lone Survivor fait partie de ces jeux qui attirent l’attention sur les actes du joueur, qui les commente avec humour (ah, t’as essayé de tuer la plante ? – laquelle est un clin d’oeil à Maniac Mansion) et dresse comme un portrait du joueur à la fin de sa partie. Des trois fins de Lone Survivor (selon son créateur, des versions alternatives seront ajoutées, on ne sait pas trop quand), aucune ne vous éclairera tout à fait, par l’ambiguïté des réponses qu’elles proposent, pour leurs différents niveaux de lecture qui semblent se développer indépendamment. C’est enfin sa musique, probablement l’une des plus belles qu’il nous a été donné d’entendre dans un jeu-vidéo, qui parachève l’expérience du bébé de Byrne : l’une des subtiles et des plus émouvantes qu’on ait vu récemment.

Et plus si affinités

http://www.lonesurvivor.co.uk/

La merveilleuse bande-originale du jeu

Le site de Superflat Games (où il y a le blog de Jasper Byrne)

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