Film : Les Damnés – Luchino Visconti – 1969

De nouveau ce soir, un coup de pouce ARTchémisien  aux lycéens et étudiants qui bûchent d’indigestes révisions sans trop savoir comment varier les plaisirs et les références. Un coup de pouce signé Visconti – l’un des plus grands réals italiens de l’après guerre et un génie à mon sens – et qui relate en 150 minutes et en Technicolor la lente et irréversible dissolution d’une grande famille industrielle allemande au moment où Hitler prend le pouvoir.

Tout commence sur fond d’anniversaire du patriarche, avec le clan rassemblé autour de la longue table de la salle de réception. L’Ancien ne passera pas la nuit, mystérieusement assassiné alors que le Reichstag brûle. Nous sommes en 1933, et d’un coup les tenants de l’ancienne Prusse s’effondrent, laissant place à la tornade brune qui plongera le monde dans un cauchemar long de 12 ans. Film historique donc ? Fresque plutôt, saga, malédiction même. Car Visconti va démonter séquence après séquence les mécanismes pervers qui en détruisant une cellule familiale pourtant puissante vont contribuer au final au démantèlement d’un système social, d’une économie, d’une culture.

Effroi total que le metteur en scène amplifie en touchant aux racines de la tragédie. Les Atrides, Macbeth, Lorenzaccio ? Les thèmes les plus virulents se mêlent dans des scènes qui confinent pour certaines à la folie : ainsi l’évocation de la Nuit des Longs Couteaux où Hitler fait exécuter tous les SA, qui débute par une orgie débridée pour terminer dans un bain de sang ; ou la scène de viol incestueux, qui plongera la très manipulatrice Sophie Von Essenbeck dans une folie toute shakespearienne tandis que son fils devenu l’un des pontes de la SS durcit son visage comme une statue de vengeur antique.

L’ensemble commence et finit dans un générique assourdissant, où explose le métal en fusion des aciéries familiales. Tout est dit : ce gâchis épouvantable est histoire de pouvoir et d’argent.

On aime :

  • la marche inéluctable du scénario
  • – le casting époustouflant (Dirk Bogarde notamment ainsi qu’Ingrid Thulin et Helmut Berger)
  • la manière dont références historiques et tragédies humaines se répondent et s’enchevêtrent
  • les cadrages dérangeants qui ajoutent à la malsaine ambiguïté de certaines situations
  • le travail des photos et des couleurs qui flattent les visages autant qu’ils les mutilent
  • le souci du détail jusque dans les accessoires, une fleur, un collier, un verre …

Jusque dans son titre, Les Damnés portent la malédiction d’une époque. Et l’explique.

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