Festivals de l’été – Temporock : illuminations rock au Pont du Gard.

Le Pont du Gard, on le voit en général comme ça :

 

 

Un monument exceptionnel, bâti par les empereurs romains, un signe de domination technique, politique et culturelle, une avancée de civilisation, une ouverture vers le progrès. Classique pour les milliers de touristes qui se succèdent sous ses arcades.

Mais une fois l’an depuis maintenant sept ans, on peut le voir comme ça :

Transformé en salle de concert à ciel ouvert, les étoiles au dessus de soi, et l’air de la garrigue. C’est à ses pieds que chaque année se monte la scène de Temporock, festival tenu de main de maître par Elda Rossi. Un petit bout de bonne femme passionnée de rock musique, qui a dédié l’évènement à ce genre. Dans ses progs ornées des ailes fuchia du logo, pas de métal ni de gothique : du rock !

Mademoiselle K, Inspecteur Cluzo … Que du beau linge et des artistes séduits à l’idée de jouer dans ce site grandiose : car entre têtes d’affiche et groupes émergents, Elda sait équilibrer ses choix. Sa scène a souvent été un tremplin apprécié et appréciable pour des jeunes artistes.

Ainsi les Lane-S, fer de lance de la scène nîmoise montante (je vous en parlais dans ma dernière playlist du reste), dont je rencontre le chanteur, Florian, quelques jours avant le concert. Entretien de routine, histoire de prendre contact en vue d’un futur article : j’ai déjà beaucoup entendu parler d’eux (merci Adrien Tirel), j’ai flashé sur le morceau « She Has » et les accents très Radiohead de leurs mélodies.

Cinq minutes de discussion, le deal tombe, je pars avec eux faire le Pont du Gard, le mercredi. Ils assurent la première partie de No One is Innocent, groupe mythique s’il en est de la scène rock contestataire hexagonale. Deux pour le prix d’un ? Je ne vais pas me priver. Le mercredi, mon sac est prêt, appareil photo chargé, carnet de note, gros pull (les nuits sont fraîches dans la garrigue) … 13h15 : me voilà dans la voiture d’Olivier, le bassiste des Lane-S.

En route pour le studio du groupe, installé dans la maison du papa de Florian et Rémi (chez les Lane-S c’est presqu’une histoire de famille). Tandis que je discute avec le papa (ancien musicien lui-même, visage de mousquetaire, accent gascon, faconde d’homme du Sud et le cœur qui va avec « Prends de la crème caramel ! » « Tu veux boire quelque chose ? » … un amour), les musiciens déménagent les instruments pour bourrer le camion.

Done ! On repart, direction le Pont du Gard. Se garer, rencontrer Elda, puis Kemar le chanteur des No One « Pas de problème pour les photos, bien sûr ! Une interview ? Sans problème. » tandis que les instruments sortent des housses pour s’entreposer sur scène. Balances des No One : pro, carré, ultra rapide, ça traîne pas, … puis celles des Lane-S. Longues, minutieuses, pointilleuses même. Deux écoles du son.  Je les entends reprendre les notes tandis que je m’éloigne pour photographier le pont et mesurer la qualité acoustique du site. J’apprécie. Les deux concerts qui suivront la nuit tombée ne me tromperont pas.

Lane-S entre en piste vers 21h30, au crépuscule avec ses mélodies travaillées, couche par couche, subtiles comme des compositions de musique de chambre. Délicates, complexes, étudiées. Une manière de penser le son qui pourrait presque se rapporter à celle d’Archive. Florian sort d’un parcours classique qui se ressent dans son jeu de piano ; c’est un virtuose sans conteste et cela rejaillit sur sa manière de créer la musique du groupe. Et quelle musique …

Habituellement la ligne de basse soutient le rythme dicté par la batterie ; s’y ajoute la rythmique et les solos. Un mélange donc. En la circonstance, c’est un effet d’osmose surprenant qui s’opère puisque chaque élément pourrait fonctionner de façon autonome : un rythme déjà très élaboré, une ligne de basse qui va à contre courant (à ce titre le bassiste Olivier est stupéfiant), le piano vient encore ajouter une ligne mélodique, la guitare introduit une touche supplémentaire.

Solos qui jouent la longueur plutôt que le coup de force (notamment le final de « She has »), charisme discret mais marquant des musiciens, … chaque chanson est une géométrie élaborée, une équation fragile qui démultiplie l’émotion qu’elle dégage. Chansons d’amour bien sûr, d’affect, de sensibilité, habituellement rédigées en anglais hormis ce petit joyau intitulé « Je m’expose » :




Le ton va changer du tout au tout avec la montée en scène des No One. La moyenne d’âge des Lane-S tourne autour de la vingtaine, les No One ont franchi le cap du trentenaire triomphant et ils caracolent dans une plénitude qui n’a rien à envier à l’énergie adolescente. Je les vois monter sur  scène comme des soldats surgissant d’une tranchée, des taureaux dans l’arène. Un euphémisme de dire qu’ils aiment ça.

Ils en jouissent ! Un batteur hors pair, un bassiste en parfaite complicité (ils se parlaient en jouant, tout en naturel), un responsable machines qui assure la maintenance son/mix avec la rapidité d’un Speedy Gonzalès, un guitariste en mode lapin Duracell qui court autour du batteur (juste un émetteur dans la poche arrière, pas de prise jack le reliant aux ampli, pas de laisse, pas de collier, le bonheur quoi …) et au milieu de tout ça, Kemar, musculature de jaguar, amplitude du sauteur de haie, … Exemple :

1 heure et demi plus tard, ils ont ravagé la garrigue avec les morceaux d’anthologie « La peau », « Nomenklatura », « La Peur » et ce moment d’extase que fut « Drugs » où nous sommes tous montés sur scène pour un pogo furieux sous le ciel étoilé du Sud avec en fond d’écran le Pont du Gard éclairé de mille couleurs dans la nuit noire.

En face de nous 4000 personnes heureuses (vacanciers, rockers, gamins, familles, enfants … et un dalmatien) qui vont partir tout doucement pendant que nous regagnons les backstage. Démontage de scène minuit passé, on écoute du rock en discutant tous pendant que le régisseur des No one prépare un mojito banane. 4 heures : on remballe, direction le studio, 1 dernier verre puis Nîmes, laissant derrière nous un pont romain de 40 siècles et le souvenir d’un moment unique.

 

Merci aux Lane-S, aux No one is innocent, au staff de Temporock, à Patrick.

Merci à Alexandre Badaroux pour ses vidéos.

 

Et plus si affinités


Temporock

http://www.myspace.com/festitemporock

 

Lane-S

http://www.facebook.com/pages/LANES/109789996279

http://www.myspace.com/lanesenergy

 

No one is innocent

http://www.nooneisinnocent.net/

http://www.facebook.com/nooneisinnocentofficiel

http://www.myspace.com/myspaceisinnocent

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