Festival Faits d’hiver : Millibar, une ritournelle chorégraphique … thème et variations

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Pour clôturer le Festival Faits d’hiver en beauté, Micadanses a eu l’excellente idée d’y programmer la dernière création du duo Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, Millibar, une ritournelle chorégraphique.

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La chose fait une heure à tout casser, qu’on ne sent pas passer, car c’est strictement agencé. Geisha ne peut empêcher son penchant et péché mignon de bonne élève de philo de citer Gourou Deleuze qui a défini la ritournelle comme un “cristal d’espace-temps” ainsi que l’anti-Sartre, Vladimir Jankélévitch, qui, dans L’irréversible et la nostalgie, évoque l’écoulement du temps en ces termes : “L’irréversible n’est pas un caractère du temps parmi d’autres caractères, il est la temporalité même du temps”. Ceci dit, la chorégraphe évite heureusement de tomber dans le pédantesque en passant tout de suite, ou presque, aux choses sérieuses, c’est-à-dire à la rigolade.

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Et malgré la nostalgie qu’exprime indéniablement le magnifique film de Pierre Cottreau qui inaugure la pièce, subtilement monté à partir de rushes tournés en super huit mont(r)ant tout ou partie d’un même solo de Geisha, ressassé in situ, capté aux quatre coins de la planète, au milieu des peuples de la rue, sur une durée de dix-sept ans, des p(l)ans idéalement cadrés reliés entre eux par de pertinents fondus au noir dans un ordre chronologique inexorable, implacable, pour ne pas dire fatal, virant rapidement, symboliquement, du noir et blanc à la couleur – à toutes sortes de couleurs, plutôt, déterminées par les conditions atmosphériques de chaque pays visité, la qualité des émulsions de la maison Kodak, les bains révélateurs et fixateurs de différents labos, les objectifs de(s) caméra(s) –, nostalgie décuplée par le foxtrot “Sweet Little You” (1924) d’Irving M. Bibo et Fred Phillips puis par les airs joués live au piano par Jean-Baptiste Doulcet accompagnant les images, c’est une impression joyeuse qui se dégage à la fois de la danse de cette femme en 2D vêtue de noir, de la rythmique du film et/ou de la cinédanse nous les détaillant sous tous les angles et coutures.

https://vimeo.com/151119457

La danseuse, en chair et en os, prend le relais, comme dans le bon vieux temps, lorsqu’une attraction foraine ou un numéro de music-hall venait animer les séances de cinéma de notre enfance, le dimanche après-midi. Geisha donne de sa personne et redonne sa routine, aussi strictement habillée et chaussée que dans le(s) film(s). Un alger ego, Alexandre Thery, restitue alors “la danse à sa façon” (pour reprendre cette expression qui rappelle le titre d’un spectacle de Dominique Boivin), l’altérant considérablement et par là même la trahissant. Avant l’intervention en finesse de l’excellente interprète en contemporain qu’est Clémence Galliard, laquelle passe en revue toutes les versions possibles, toutes les alternatives offertes, toutes les manières d’exécuter ce même solo, pour ne pas dire cette variation, nous avons droit à un duo d’anthologie, un numéro clownesque au comique imparable, qui plus est, idéalement dansé entre l’auteure du solo et une interprète sensationnelle ayant du répondant : Julie Galopin.

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Le débat n’est pas tranché, qui pose de vraies questions esthétiques, sans rester dans le vague ou dans le purement théorique. Toutes les questions d’actualité et d’inactualité d’un mouvement (sans parler de sa nécessité) sont à ce moment-là espièglement évoquées, dialectiquement et spirituellement argumentées. Non seulement les répliques des duettistes font mouche parce qu’elles semblent jaillir du tac au tac mais les arguments sont en dernière instance ceux de la danse. L’esprit, faut-il le rappeler?, étant aussi un muscle…

Et plus si affinités

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