Festival Ecrans Britanniques Rush 7 : Oranges and Sunshine – Jim Loach

Des oranges et du soleil : voici ce qu’on a promis aux quelques 130 000 gamins déportés de Grande Bretagne en Australie entre la fin du XIXeme siècle et 1970.

Des bateaux entiers de mômes âgés d’environ 8 ans, déportés dans le silence le plus complet et dans des conditions ignobles, puis placés une fois arrivés là-bas dans des fermes, des groupes religieux, exploités, battus, abusés, violés pour certains.

Il faudra bien sûr un hasard pour que Margaret, une assistance sociale anglaise mette le nez dans ce dossier épineux : une australienne qui débarque un soir avec son dossier ; elle veut retrouver sa mère, comprendre ce qui s’est passé. En quête d’identité. Une de plus, se dit Margaret. Sauf que la dame raconte une étrange histoire de bateau rempli d’enfants.

Bientôt relayée par une autre personne qui n’a rien à voir avec elle. Engrenage : Margaret et son époux vont commencer à chercher, rencontrer, discuter. Et finalement déterrer cette machination orchestrée par gouvernement, orphelinats, services de l’enfance et congrégations religieuses qui détournaient les enfants placés pour cause de misère, et les envoyaient en enfer, arguant de la mort des parents ou de leur abandon.

Un mensonge bien sûr, et Margaret, soutenue par sa supérieure à qui elle communique le dossier, se retrouve bientôt à la tête de centaines de demandes d’enquête émanant d’adultes complètement perdus, paumés, en quête de leurs racines. Porteurs de leurs angoisses, de leurs stress, de leurs traumatismes. Qu’elle va aider au péril de sa sécurité, de sa vie de famille, de sa santé.

Et elle va réussir.

Le film de Jim Loach, est simple, juste, sans effet, pour ne pas dire ascétique. En digne fils de son père, un certain Ken Loach, il gomme les vanités de ce monde, les égos surdimensionnés, le spectaculaire, le pathos gratuit pour laisser entière place au sujet, cherchant à en saisir les problématiques véritables et l’impact sur des parcours humains qui tentent de se construire malgré tout.

Entre Angleterre et Australie, il balade ses personnages. Margaret, Mervyn, son mari, qui l’épaule, croit en elle, leurs enfants qui voient leur mère se faire absorber par un combat qui les dépasse, … et les victimes, frères et sœurs, enfants et parents, séparés par les océans et les années, qui se cherchent, se retrouvent, se découvrent … ou arrivent trop tard, ainsi Jack, le personnage d’Hugo Wearing, qui n’apprend l’identité de sa mère que pour entendre qu’elle est morte.

Scène bouleversante parmi tant d’autres, portées par la musique très sobre de Lisa Gerrard, égérie du groupe Dead Can dance et par un casting rare. Une Emily Watson tout en retenue, en diplomatie, animée d’une colère grandissante et d’une émotion qu’elle cherche en tout point à canaliser, Richard Dillane qui interprète un Mervin plein d’attention, d’écoute, de peur parfois, mais inflexible dans sa démarche, … mention également et surtout pour David Wenham qui prête au personnage de Len, une rage, un désir de vengeance larvés absolument impressionnants car contrebalancés par l’endoctrinement quasi fanatique que lui ont fait subir ses bourreaux.

Le film dans son ensemble est dur, on prend conscience du calvaire de ces gamins et des dommages collatéraux engendrés par les yeux de Margaret, progressivement. Et si la question de leur « intégration » dans la société à l’âge adulte n’est pas abordée frontalement (dommage car on aimerait savoir comment ils ont pu se dégager de situations souvent épouvantables), l’ensemble démonte cette machination rouage après rouage.

D’autant plus efficace qu’aujourd’hui encore, Margaret Humphreys et son époux (qui existent vraiment – le film est une adaptation du livre de Margaret) oeuvrent pour retrouver les parents de ces enfants perdus.

 

Et plus si affinités

http://www.orangesandsunshine.com.au/

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