Festival d’Avignon Day 2 : lutte des classes vs onirisme belge des années 60

La Violence des riches au théâtre des Carmes

Une petite leçon de choses ce matin, au théâtre des Carmes dans la pièce coup de poing de la compagnie Vaguement Compétitifs La Violence des riches : chaque fois que vous respirez, la fortune de Bernard Arnault augmente de … 1000 euros. Quant à IKEA, la célèbre enseigne planque dans les paradis fiscaux 1 milliard d’euros d’impôts impayés en France, ce qui suffirait à effacer la dette des hôpitaux publics.

Les chiffres fusent, qui donnent le tournis, dans cette pièce à l’humour féroce portée par 3 comédiens qui ne s’économisent pas pour pousser la démonstration jusqu’au bout. Sur une corde à linge, les portraits de ces « héros », super riches tout puissants, Liliane Bettancourt ou encore Serge Dassaut, pas un jour derrière les barreaux au compteur malgré un mépris crasse des lois et de la société. Partager ses richesses? Ah non, surtout pas ! Dans une scène de réinsertion inversée, une bourgeoise vit son pire cauchemar alors que ses recruteurs veulent lui faire manger du saucisson, pur produit du peuple.

Les politiques en prennent aussi pour leur grade, Emmanuel Macron en première ligne qui, non content de favoriser les classes supérieurs, affiche un mépris total pour les migrants, ou plutôt ces travailleurs immigrés qui n’ont pas d’autre choix que venir trouver un semblant de dignité ailleurs, alors que l’Afrique continue d’être pillée par les grands groupes. On entre dans un cynisme et un militantisme salvateur quand le public est amené à participer à la lutte, dans une réflexion d’utilité public : alors on fait quoi maintenant avec tout ça?

J’abandonne une partie de moi que j’adapte au théâtre des Doms

Inspiré des travaux des sociologues Monique Pinçon et Monique Pinçon Charlot, La Violence des riches vous fera vous soulever contre 30 ans d’inégalités sociales, … une thématique qui, par un heureux hasard du calendrier, est reprise dans la seconde pièce du jour, le poétique et sublime J’abandonne une partie de moi que j’adapte du théâtre national Wallonie Bruxelles, donné tous les soirs à 19h30 au théâtre des Doms.

Inspirée cette fois ci par le film documentaire de Jean Rouch et Edgar Morin Chronique d’un été, mais aussi par les travaux de Pierre Carles, la troupe à la trentaine rafraîchissante s’offre un voyage dans les années 60 (incroyable reconstitution jusque dans le phrasé des personnages) pour se poser la question essentielle : et toi, où en es tu avec le bonheur ?

A travers le portrait d’ouvriers, de patrons déchaînés (incroyable de finesse, et d’émotion Jules Puibaraud), de travailleurs qui en ont marre et qui quittent tout pour, pourquoi pas, un jour, vivre leurs rêves et leurs passions, la troupe fait la transition avec notre époque, où rien n’a vraiment changé. Un constat saisissant. Le tout mené tambour battant dans les changements de décors et de costumes, s’achevant dans un final à l’onirisme puissant, extrêmement touchant, énorme coup de cœur pour ces magnifiques comédiens !

Et plus si affinités

http://www.avignonleoff.com

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