FAUVE en interview : « un propos plutôt qu’un message » …

Lauréat aux Inouïs du Printemps de Bourges 2013, sortie de l’EP Blizzard, nouvelle vidéo, tournées tous azimuts, … depuis que nous avons chroniqué son travail, le groupe Fauve n’a pas fini de faire parler de lui. Louanges après le live du Printemps de Bourges qui a enchanté les critiques, grincements de dents concernant les contraintes photos pour les journalistes en concert, … et la ferveur d’un public fidèle, galvanisé par les textes, la diction, les thèmes, la musique, un univers auxquels ils s’identifient.

Et un mystère. Quentin Delzanni a profité du concert du 29 mai au Marché Gare pour interviewer ces messieurs. Pour leur parler de leur travail, de leur fonctionnement, de leur message, de leur succès, de leur rapport à la musique, à l’image. Qui est Fauve ? Il reviendra avec plus d’une heure d’entretien, notre Quentin, qu’il a tenu à retranscrire, hésitant à couper/façonner certains passages pour finalement conserver l’intégralité du « propos ».

Un terme cher aux membres de Fauve qui vont se confier avec beaucoup de confiance et d’authenticité. Et sans langue de bois.

TA : On se pose une question chez the ARTchemists, comment vivez-vous la critique journalistique ou du public de vos textes qui sont si personnels, quasi autobiographiques ?

·        F : On écrit pour nous, ça part d’un besoin totalement personnel, donc au final on n’est pas touché dans le sens qu’on n’a pas écrit des chansons pour qu’elles soient appréciées, ou estimées. Bien sûr tu cherches toujours de l’estime ou de la reconnaissance comme n’importe qui dans n’importe quelle activité. Mais c’est une reconnaissance qui vient de tes pairs, de tes proches ou même des personnes qui viennent au concert, et donc ça te suffit, pour nous ça s’arrête là…

·        F2 : …Et écrire c’était avant tout pour aller mieux, tu vois ? Evacuer, mettre des mots sur les choses pour pouvoir progresser, comprendre dans ta vie privée. Ce qu’on se dit entre nous c’est que c’est une béquille, une lanterne. […] FAUVE n’a pas de but en soit, c’est pas un but pour nous et c’est pas une fin en soit. On ne fait pas FAUVE pour FAUVE. Juste pour aller mieux, pour avancer dans notre vie privée quoi, auprès des nôtres. Je crois que notre ambition à tous dans la vie c’est d’être des gens biens, estimés par les leurs, sur qui on peut compter, qui pissent droit comme on dit, tu vois ?! Et c’est pas d’être artiste, connu ou je sais pas quoi… ou être connu. On a tous un besoin d’estime et de reconnaissance à un moment, c’est normal, quand c’est ton métier, quand t’es médecin ou peu importe, tout le monde recherche de l’estime chez ses pairs mais c’est pas la raison principale pour le faire. Si on voulait plaire ou faire un truc vraiment littéraire, ou de la musique hyper qualitative, on n’aurait pas écrit comme ça. Pas de façon aussi transparente et peu formalisé.

 

TA : D’ailleurs comment se passe votre processus de création vous allez de la musique jusqu’aux textes ou c’est l’inverse ? Vous avez un système précis ou ça peut varier ?

·        F : Systématiquement, on part des textes.

TA : Ces textes justement très souvent sont sobres voire sombres, mais d’un autre côté la musique qui les accompagne est plutôt légère et très vivante…

·        F1 : Ouais comme ça on peut laisser cette place au texte justement.

·        F2 : Y’a un truc dans la musique qui est un peu mélancolique, avec finalement des harmonies qui restent assez pop parce que c’est notre éducation musicale et que ça donne de la hauteur, un peu de brillance à la chanson. Mais tu vois dans The Smiths, y’a vachement ce truc cool avec des textes ultra dark, très durs, sombres et tout  mais la musique parfois est super décalée, et là il y a vraiment un contraste, nous on essaye quand même tout le temps quand on a un texte et qu’on va écrire la musique, de coller à l’ambiance, à la « mood » du truc, pour raconter le même sentiment dans le texte et la musique. Mais ça reste sur des codes assez pop au niveau des harmonies, avec des sections rythmiques très hip-hop, ça c’est vraiment notre came. Et on adore ça. Mais tout ce qui est accords, arrangements, chœurs tout ça, ça reste des trucs plus légers parce que notre côté pop  ressort.

TA : Et avec des textes aussi forts, plus les arrangements dont vous parliez, on a tendance à se demander en écoutant votre EP quel est le message que vous voulez transmettre ? On se demande même si, au final, FAUVE a un message…

·        F : Y a aucun message, c’est le truc le plus débile du monde ça. Ce prosélytisme moralisateur… Orelsan dit : « Ecouter des chanteurs qui me font la morale ça me fait chier, essaie d’écrire de bonnes paroles avant de la prêcher ». Et pour nous c’est exactement ça. Et faut être un peu « teu-bé », un peu mégalo dans sa tête pour apprendre la vie à je ne sais pas qui, tu vois, ou donner un message… et puis c’est ringard en plus, vraiment trop ringard ! Comme Tryo tu vois ? (Nous rions tous, ndlr) Finalement y a un propos, on raconte nos vies, ce qu’on voudrait être, nos espoirs, nos peines, nos peurs, nos angoisses et nos traumas aussi un peu et y a un truc qui revient souvent c’est qu’on est assez sensibles, tous, à… on est flippé pour les nôtres quoi. Parce qu’on est assez angoissés, assez bancals, fragiles, pas très adaptés au monde moderne, alors qu’on vient quand même de milieux aisés en moyenne. Et notre propos il est un peu là. C’est pour ça qu’on utilise « propos » et pas « message », c’est juste un truc qui ressort comme ça. Les rapports humains à priori sont durs. On est tous un peu anesthésiés. Je sais pas… tu te sens un peu vaseux, insatisfait, à déprimer et ça s’arrête là. Notre propos c’est juste : « bon bah voilà le monde moderne est assez violent et on a pas grandi en retrait ».

 

TA : On sent que c’est un peu un ressenti collectif dans le FAUVEcorp, vous êtes combien à l’heure actuelle dans ce Corp ?

·        F : Le noyau dur est composé de 5 personnes, on est 6 personnes pour les lives puisqu’on part tout le temps avec notre ingé-son. Et les gens du Corp sont toutes les personnes autour de ces 6 personnes. Pour le moment aujourd’hui y a environ une quinzaine, vingtaine de personnes qui sont autour de nous, qui nous aident, nous filent des coups de main. Surtout qu’hier tu vois on avait une Nuit Fauve, on a proposé des motifs sérigraphiés sur t-shirts et y avait genre 5 potes à nous qui savent faire ça, et qui sont venus, ou alors un autre exemple pour la pochette de l’album, le mec qui fait les vidéos dans le truc a fait l’illustration mais pour préparer les fichiers à l’impression, on savait pas faire, on a appelé un mec qui pouvait le faire et on l’a intégré au Corp en quelque sorte. Pareil on avait besoin de faire des affiches, on a proposé à des copains d’en faire, ils deviennent des gens du Corp quoi.

TA : Quand FAUVE grandit, le Corp s’épaissit… Et on retrouve finalement dans cette notion de collectif, plus que dans celle de groupe, un système proche de l’Agora, avec une place publique où chacun peut s’exprimer et participer aux décisions. C’est le cas pour vous, ou le noyau dur reste, logiquement, le noyau décisionnel ?

·        F : Le noyau dur donne le rythme, le « La », décidant de ce qui va se faire, etc. Et après on pioche les cerveaux et les qualités des gens autour de nous en fonction de ce que l’on a envie de faire. Mais tu vois, la sérigraphie c’est un truc comme, okay c’est un truc minime par rapport à FAUVE mais c’est un truc qu’on nous a proposé, qu’on a trouvé cool et on a décidé de le faire. Donc l’idée ne vient pas des 5 têtes pensantes si tu veux, mais pour l’instant on fonctionne comme ça. C’est vrai que sur la musique et les vidéos, c’est un peu plus compliqué. Déjà qu’on a du mal à s’entendre à 5 sur ce qu’on veut faire, donc c’est clair qu’un mec du corp qui arrive avec une idée de vidéo, ou même quelqu’un d’externe, aujourd’hui pour nous c’est trop difficile à organiser. Ne serait-ce qu’en termes de temps… ou alors d’image à respecter, à développer. Même si on est jeunes, avec un jeune groupe en développement, tout n’est pas carré et c’est difficile de partager ou définir les lignes directrices d’un projet avec quelqu’un que tu ne connais pas qui habite à Lyon quand toi t’es à Paris par exemple. On ne peut pas juste dire : « Ouais fais-nous une vidéo, on t’envoie la bande son, et fais-nous un clip, renvoie-le nous et on te dira pour les modifs ». Cela ne marche pas comme ça, faut essayer de créer ensemble donc on collabore réellement avec les personnes du Corp. 

TA : Indirectement ceci nous mène à votre relation très particulière avec les réseaux sociaux. Que ce soit Twitter ou Facebook, on voit très vite que vous répondez à tous les messages qu’on peut vous envoyer. C’est une sorte de remerciement pour ces réseaux qui vous ont fait percer ?

·        F : En tout cas, oui on répond vraiment à tous. Après on a trouvé avec internet un moyen de communiquer et de faire passer le propos qu’on avait besoin de transmettre. Mais c’est exactement comme dans la musique, les vidéos, on a ce besoin, cette envie de transmettre. Remercier les gens après un concert ou répondre aux messages ça nous paraît complètement normal, tu vois, t’as une boîte aux lettres chez toi, tu reçois un courrier, on te demande d’y répondre, logiquement tu vas le faire. Et c’est bien plus facile avec le net. Donc on le fait, point barre.

TA : Pour en finir avec le Corp, il y a des thèmes récurrents dans vos différentes productions, tous types mélangés, la dépendance et le fait d’être reclus, exclu ou en marge carrément, et même si, on l’a bien compris, FAUVE n’a pas de propos (ils sourient,  ndlr), on ressent un sorte de haine des conventions sociales, à la limite de l’anticonformisme…

·        F : Tu sais, nous on est tout sauf anticonformiste. On vient de milieux, globalement assez privilégiés, on a fait des études…

·        F2 : Et c’est surtout qu’on est des gens dans les codes.

·      F : Ouais, en cours on était dans les gens à la moyenne, pas brillants mais pas trop cons, on était pas des mecs cools mais on faisait plus partie de cette partie insipide du spectre. On est des lambdas. Mais vraiment, c’est pas une posture, c’est la vérité. Quel intérêt aurait-on à le dire sinon ? … (ils se regardent en riant, ndlr) On est juste normaux, d’une banalité affligeante. Donc on est tout sauf anticonformiste quoi. Alors que des mecs comme La Femme par exemple eux, c’étaient des vrais originaux déjà dès le lycée de ce que l’on sait. Déjà dans un truc punk.

·        F2 : En soit, c’est limite FAUVE qui nous fait devenir des mecs un peu cool alors que ça a jamais été le cas si tu veux. Mais en même temps on s’en fout. On n’en veut pas de tout ça. On le recherche pas. On s’en fout de faire le buzz, des mecs cools qui veulent être cool ça devient EdBanger tu vois ? Que des mecs « sur-cool » qui s’associent et quand on leur fait la réflexion « vous êtes trop cools » les mecs sont là à répondre « bah ouais, on sait ». Nous c’est l’inverse, dans le regard des gens parfois, on constate pendant un concert, de plus en plus, que tu as amené un truc un peu abstrait qu’on te considère plus comme une personne normale. Et toi tu te dis, les mecs on est pareil que vous. Et ils le comprennent au bout d’un quart d’heure ou vingt minutes de discussions, quand on leur dit que t’as la chiasse  avant les concerts, que tu t’es mis une grosse timbale la veille, que t’as dit des conneries et c’est pas possible comme t’as honte. (Nous rions tous, ndlr)

·      F : On refuse totalement la transformation de cette perception de nous qu’ont les gens par FAUVE. La seule chose c’est qu’on veut progresser par FAUVE, de la bonne façon, juste devenir meilleur, pas plus stylé ou je ne sais pas quoi.

TA : Très bien, passons maintenant à « Blizzard » votre EP. Plusieurs choses m’ont interpellé. Première chose c’est l’absence de la chanson « Sainte-Anne »…

·        F : Alors… (ils prennent tout deux une très très longue respiration, ndlr) Déjà, c’est un EP. On ne voulait pas faire un album tout de suite, juste faire un premier essai, une sorte de carte de visite ou de CV. Ouvrir une porte pour tout ce qui est supports et vente. Montrer qu’on commence à faire des disques et tout. Tout mettre serait revenu à sortir un album et pour nous ça se conçoit différemment. C’est comme un film ou un bouquin. Doit y avoir un début, une fin, une cohérence. Et justement « Sainte-Anne » et « 4000 Îles », nous paraissaient être moins cohérentes avec les autres que celles qui sont sur l’EP. Tu vois « Saint-Anne » elle pue un peu l’échec, elle n’a pas de porte de sortie, c’est plus un cri de colère. Et « 4000 Îles » à l’inverse est un peu plus naïve. On adore ces chansons, on les joue en concert, elles ne sont pas moins importante au niveau de l’affect qu’on a de nos chansons.

·        F2 : En plus elle est en téléchargement partout sur internet, c’est pas comme si elle était inaccessible.

·        F : Mais c’est très étonnant ce besoin qu’ont les gens d’avoir cette chanson sur l’EP, ce qu’on avait pas du tout anticipé. Comme si les gens avaient ce besoin d’avoir un « tout », englobant tout FAUVE. Nous c’est ce qu’on appelle le CD boîte à gant. Le CD qui traîne dans ta bagnole avec tout ce que t’aimes dessus. Nous on l’a pas fait parce qu’on n’avait pas la place et quitte à choisir on préférait mettre des titres cohérents entre eux. Pour te dire y’en a même certains qui pensent qu’on se l’ait mise sous le coude pour la retravailler ou je sais pas quoi…(éclat de rire général, ndlr).

·        F : Dans le sens inverse il y a des chansons qu’on n’a pas diffusées et qu’on aurait pu mettre dans l’EP, mais qui ne correspondaient pas à cette entité qu’on voulait créer pour l’EP.

TA : Je voudrais qu’on s’intéresse maintenant au « blizzard ». C’est donc le titre de votre EP, également celui de la chanson qui l’ouvre, et on le retrouve très souvent dans les paroles de vos chansons. C’est quoi le vrai sens de ce mot pour vous ? Il a quelle place dans votre projet ce concept ?

·        F : C’est vrai qu’on l’utilise beaucoup, même entre nous quand on parle… Le blizzard c’est la dépression, c’est les idées noires, un peu les ténèbres sous toutes leurs formes. Le blizzard pour nous il est dehors, il est dedans, un peu omniprésent. T’as le tien dans ta tête et celui qui est commun à tout le monde. Parce que, quelque part si tout le monde en a dans la tête au final tu le retrouves partout. C’est une image de vent glacial qui règne dans les villes et de manière plus générale carrément dans notre génération. Mais c’est vrai qu’on a du mal à le définir, ce qu’on a trouvé de plus proche c’est cette notion de ténèbres à la fois intérieur et extérieur, la dépression, la sinistrose.

 

TA : Les critiques de vos chansons présentes sur l’EP, sont assez souvent qualifiées de dépressives. Et pourtant quand on se plonge à tête reposée dans vos textes, et notamment en faisant abstraction de la musique, on sent de vraies notes d’espoir et d’optimisme, je pense notamment à « Haut les cœurs » ou « Nuits Fauves » ou encore « Kané ». C’est frustrant ou énervant ou juste pesant pour vous d’avoir cette image, assez éloignée de la réalité du reste ?

·        F : On nous dit qu’effectivement parfois c’est un peu déprimant, mais que ce qui ressort le plus c’est de la rage, une énergie positive. On nous a sorti un truc un jour que j’aime bien et que je répète souvent, c’est qu’on est plutôt « désespérant d’optimisme » en fait.  Fragile, bancal, tout t’affecte assez vite et en même temps si tu ne réagis pas tu coules, donc il y a une certaine énergie du désespoir.

·      F2 : Ouais on sait qu’il y a une sorte de calme après la tempête. Y pas que le blizzard dans la vie… On ne se considère pas comme des personnes négatives, pas du tout.

TA : Vous étiez présents au Printemps De Bourges. C’était comment pour vous ?

·        F : ça a été notre pire concert… (ils rigolent, ndlr). On a eu l’impression d’être au Salon de l’agriculture, tu vois ? On est arrivé : il faisait mauvais, on avait froid, à moitié malade.

·       F2 : Clairement c’était pas un printemps, c’était juste l’Hiver de Bourges. En plus c’était notre premier gros festival, on s’est dit : « bon bah, pas de soucis, tout va bien se passer », et on s’est vraiment pas senti à notre place. Tu vois bien comment c’est, il y a des affiches de groupes de partout, c’est hyper spécial comme festival, c’est clairement un marché pour pros. Ils viennent faire leurs courses pour la saison, et toi en tant qu’artistes tu viens montrer ta notoriété. T’es vraiment là pour défendre ton steak quoi. 

·       F : En plus si le concert s’était bien passé, ça aurait pas été emmerdant, mais bon ça n’a pas été le cas (ils rient ensemble, ndlr). On a joué 35 minutes et franchement moi je n’étais pas à l’aise. Pourtant il y avait notre famille, et tout plein d’autres ingrédients qui auraient pu faire en sorte que ça prenne.

·        F : En plus le fait qu’on savait que dans la salle il y avait un tiers de personnes « normales » et que tout le reste c’était des pros…

TA : Vous avez été sélectionnés pour les Inouïs 2013 qui donc permettent en « récompense » de donner la possibilité de jouer au PDB, c’est vous qui avez candidaté, pourquoi avoir sauté le pas maintenant plus qu’un autre moment ?

·        F : Alors, ce qu’il s’est passé c’est que premièrement à l’époque on n’avait pas beaucoup de dates et donc on nous a proposé ce concours, les Inouïs, pour jouer à La Maroquinerie. Donc nous on a accepté parce que pour nous c’était juste fou, c’est une belle salle, et un grand nom tout en étant une salle assez proportionnée, avec 300 ou 400 places. Comme ce soir (au Marché Gare, ndlr). Donc on s’est dit, on habite à Paris, allez on le fait et puis c’est tout. Y avait des noms biens plus gros que nous, donc on s’était vraiment dit « faisons-le pour le faire, on a rien à perdre » et pas du tout en mode concours. On a fait le concert. On a gagné, mais on ne savait même pas ce c’était, ce concours ou le Printemps de Bourges. Du coup on s’est retrouvé au PDB, et on ne crache absolument pas dans la soupe, c’était un énorme bonheur de gagner et d’aller jouer là-bas. Si on nous le propose l’année prochaine, on ira, on a pas du tout fait une croix parce que cette fois ça s’est pas trop bien passé, parce que on était pas au top ou je sais pas quoi, même pas blizzard, bref juste inexplicable.

TA : Ca a changé quelque chose pour vous d’être sélectionné aux Inouïs ou de passer au PDB ?

·        F : Non, pour nous ça n’a pas fait de grosses différences, pour te dire la différence a plus été marquée quand on a joué à Rennes sous un chapiteau immense avec 1000 personnes devant nous, ou même à Morlaix quand tout le public de 250-300 personnes reprend « 4000 Îles » en chœur. Là on s’est dit qu’il y a un truc qui s’est passé, pas sur un concert où professionnellement tu gagnes des choses. Pour te dire, on n’est même pas resté pour la remise des prix, on avait des choses à faire à Paris, un train à prendre et on ne savait même pas qu’il y avait quelque chose à gagner. A la fin, on se dirige vers la gare et on nous dit : « Ah mais vous ne restez pas pour la remise des prix ? Vous avez gagné… », (Nous rions tous, ndlr)  et nous on l’avait fait pour jouer, pas pour gagner, exactement comme à la Maroquinerie.

TA : FAUVE c’est en majorité un projet musical mais vous avez ce plus de jouer sur plusieurs tableaux avec des production sur d’autres supports (photo, vidéos, street art, etc…). J’ai vu que vous étiez assez fans des Pixies, ou alors des Smiths dont on a parlé tout à l’heure,  et plus largement est-ce qu’entre vous vous partagez des références artistiques particulières ? Nouvelle vague, des cinéastes, photographes, écrivains ?

·        F : Chacun a plutôt ses trucs, on a des références globales, des goûts, mais rien de réellement marqué. On aime des trucs comme La Femme par rapport à la musique, ou alors Arnaud Florent Didier, Biolay, ou Oxmo Puccino. Qui quelque part font un peu écho à ce qu’on fait donc tu te dis « c’est cool je suis pas tout seul, tout seul ». Mais ce ne sont pas des influences, puisque la façon dont on travaille est un peu spéciale. On n’a pas beaucoup de place pour les influences vu qu’on se concentre sur le texte avant tout, après on n’est pas vraiment littéraires dans nos textes c’est plus une sorte de journal intime qu’on dévoile plutôt qu’une recherche de la beauté littéraire. Même si y a des choses qu’on aime bien dans pleins de domaines, ils ne pénètrent pas réellement dans nos productions parce qu’on a des contraintes vis à vis de la relation paroles/musique. Pour les vidéos, à part sur « Blizzard », on est caméra au point, on filme nos vies, ce qu’on est. Donc c’est difficile de replacer des influences dans ton travail quand tu cherches une sorte de transparence dans tes productions. Jamais on s’est dit « allez là on va faire un plan à la machin ». C’est des fausses influences, même si on est tous ultra curieux et qu’on a envie de voir pleins de choses, donc on se nourrit de choses mais sans réellement les réintégrer dans FAUVE.

·        F : Ce qui est marrant c’est qu’en soit, l’influence d’une vidéo de FAUVE, ça ne va être que la musique de FAUVE, qui est influencé par des textes de FAUVE, qui s’inspirent eux de nos vies… Mais il y a des artistes qui ont une lecture de la vie, un prisme qui nous intéresse, on aime beaucoup des mecs comme Bertrand Blier tu vois ? Truffaud, pour ce qu’on en connaît. Ca va être leurs lectures du monde qui nous intéresse et leurs façons d’aborder les gens.

·        F : Moi tu vois, je suis incapable de te citer un nom, je vois énormément de trucs mais je ne peux pas et je ne veux pas citer un nom parce que quand je le fais je me retrouve pas dedans. Même quand il cite Blier, je me dis que oui c’est chant-mé, toute sa filmographie est folle et en même temps son travail n’a strictement rien à voir avec le notre.

·        F : Ouais tu vois on adore tous Coppola, Scorcese, De Niro, Spike Lee ou Al Pacino mais par rapport à FAUVE, ils sont inexistants.

TA : Au niveau musical, par rapport aux noms de la scène française dont tu parlais tout à l’heure, c’est un truc qui vous botterait de retrouver sur une de vos dates, comme les Eurockéennes de Belfort, ces personnes pour pouvoir travailler avec eux ou alors pour vous FAUVE doit rester un peu indépendant artistiquement ? Et je ne parle pas de relations amicales mais uniquement du point de vue de votre projet et de la façon dont vous souhaitez le faire avancer.

·        F : Evidemment qu’on adorerait les rencontrer, ça vient pas de nous mais clairement c’est un de ces avantages d’être sur la « Route du Rock ». Et qui se définit par ce qui arrive pendant les tournées, etc… Peut-être que dans 6 mois on aura la chance de faire la première partie d’Oxmo et de le rencontrer à cette occas’. Mais ce n’est pas une volonté. Par contre, le jour où le rencontre, si le contact se fait on sera forcément heureux. Encore une fois on est humains, et quand t’as Oxmo en face de toi, t’es juste genre « Waouuuuh » quoi. Mais on s’accroche pas à cette possibilité, parce que…

TA : Parce que ça ne correspond juste pas à l’identité que vous avez donné à FAUVE.

·        F : Ouais exactement. Sinon dès le début on l’aurait fait dans notre vie.  On aurait été ce genre de mecs qui connaissent la Terre entière, sans réellement de projets mais avec des relations de partout, et qui sont vachement dans le relationnel.

·        F : D’autant plus qu’au niveau des collab’ on a tendance à ne pas choisir par rapport à des gens qui sont ceci ou cela mais plus parmi nos proches, nos potes ou les contacts par internet mais qui ont une envie de travailler avec nous. On préfèrera faire un featuring avec Gorgio qui est un petit rappeur avec qui on a joué hier, inconnu au bataillon, qui a une vraie rage et une certaine normalité qui nous parle qu’aller chercher la célébrité.

·        F : Et ça fait toujours un petit peu prétentieux. Pourquoi Oxmo irait chercher un petit groupe comme nous…Tu te demandes pourquoi Oxmo il a besoin de ça. Les collab’ c’est souvent comme ça et on préfère qu’elles soient réellement sincères plutôt que s’utiliser l’un l’autre. Genre à la Calo/Passi, j’avais halluciné, ça m’avait choqué, je m’étais vraiment dit « qu’est-ce qu’ils foutent ensemble ? », comment ils se sont rencontrés quoi. (Nous rions tous un bon coup, ndlr) L’autre jour on est tombé sur « les Anges de la Téléréalité qui enregistrent leurs ‘‘Hits’’ », les gars savent pas chanter, ils vont chez un producteur à Miami qui a un énorme studio, genre gros moyens, et au bout d’une journée, bim ils ont leurs ‘‘Hits’’ d’enregistrés, personne savait chanter, alors on est d’accord c’est de la soupe. Mais quand même, ça ressemble à de la musique, vendable, commercial et tu te dis bon bah le mec il te met dans une boîte et te dit : « Allez chante maintenant ! ». Il colle des trucs ensuite, tranquillement au chaud dans son studio, met les dernières modes du moment en terme de sonorités ou d’arrangement, place son étiquette et c’est dans les bacs. On veut pas de ça pour une collab’.

·        F : Pour revenir sur cette histoire de collab’ ou featuring ou ce que tu veux, ce qui nous intéresse vraiment, c’est mettre des mots sur les choses, plutôt que de faire un truc classe. Donc on aura tendance à choisir des personnes qui ont aussi cette envie, ce besoin. Et typiquement, même si on kiffe Biolay ou se genre de mec, on n’a pas besoin d’aller vers eux pour trouver ce genre de choses, y a du monde autour de nous.

TA : Concernant cette proximité avec les propositions qu’on vous fait, sur votre site il y a une section uniquement dédiée aux suggestions que peuvent faire les gens, là encore avec une liberté totale sur le type de productions ou d’idées. Vous avez beaucoup  de réponses et dans quelle mesure vous vous en servez ?

·        F : Han… (les deux soupirs, ndlr) c’est une galère t’imagines pas ! On a eu énormément de submissions, de photos, dessins ou textes et on s’est fait très vite submerger. Mais je pèse mes mots, quand je te dis submerger, c’est vraiment dépassé par la quantité de personnes qui ont répondu à notre appel sur ce qui était juste une page fixe sur notre site, sans qu’on n’ait jamais fait de pub pour elle en plus. On a pendant un temps lu, échangé, discuté, publié quelques trucs, pas beaucoup mais quelques uns, glané, aussi parfois, dedans des phrases qui nous plaisaient – toujours avec l’accord des personnes. Mais le système nous a dépassés, donc on est en train de changer pour que ça marche mieux, pour trouver une meilleure articulation.

TA : Vous avez une manière très particulière de vous cacher derrière le Corp, on voit peu ou pas vos visages, que ce soit dans vos productions ou la presse, alors vous n’êtes pas encore dans le délire masqué à la Daft Punk mais ça traduit quoi ? 

·        F : Non mais même là c’est pas nos vrais visages, lui c’est un masque moi du maquillage (rires, ndlr). En vrai on est pudique et assez mal à l’aise avec ce côté célébrité, parce qu’on fait pas ça pour ça. Au début du projet on était assez transparent et il y a des gens qui en ont profité. Donc c’est plus confortable pour nous. Ca nous permet d’être en retrait tu vois.

·        F : Y a un truc qui s’est passé en live un jour, on peut pas tout contrôler, t’as une salle avec X personnes devant toi et t’es exposé. Notre disposition sur scène (Ils jouent avec un grand drap blanc dans leur dos, et un rétroprojecteur qui durant tout le concert passe des images, vidéos, ou les clips des chansons) on l’a mis un peu en guise de filtre pour limiter les dégâts  et protéger nos visages. Et on s’est retrouvé dans pleins de journaux en gros plans. Et ça nous a super dérangés, puisqu’ils n’écoutaient pas plus le propos. Il y a cette notion de voyeurisme, les mecs te braquent ta personnalité. Un mec de Stupeflip qui porte tout le temps une cagoule, on lui avait posé la question en interview « Pourquoi on voit jamais votre visage ? » et il répond « Moi je comprends pas pourquoi les autres le montrent ». Sur des musiques, ou des produits plutôt commerciaux, c’est normal qu’on la voit. Elle est bonne, ça vend des disques, ça mets des formes sur une voix. Mais nous on est à l’inverse, on fait tout pour nous, pour grandir, pas nécessairement pour vendre ou qu’on nous reconnaisse dans la rue. Et le masque des Daft Punk est hyper louable, Thomas Bangalter peut aller acheter son pain sans qu’on le reconnaisse, et ils ont eu raison de faire ça. En plus eux faisaient de la musique électro ça correspond assez au délire des masques, nous on aurait pu mettre des masques, mais du coup on perdait l’essence même de FAUVE qui est de dire qu’on est des gens normaux. Ca dénature le propos, imagine 5 personnes avec masques blancs ou je sais pas quoi, ce serait ridicule, vraiment ridicule puisqu’on jouerait un rôle sans coller réellement à nos textes. Et ça, nous, on veut pas, on est habillé sur scène comme on est habillé maintenant (confirmation de votre fidèle serviteur, ndlr), on se met pas en scène. On est juste nous même. Parce qu’on s’en fout d’avoir nos gueule sur l’Instagram d’un mec du public.

·        Et puis ça évite qu’il y ait trop de mystère derrière cette affaire aussi, ça relâche un peu de pression, on est pas dans la censure…

TA : …plus dans la mesure.

·        F : Exactement. Du coup on a interdit les gros appareils photo en live, pas pour le public mais pour les médias/pros. Justement parce que les mecs n’ont pas joué le jeu. Ils veulent dépuceler le machin, c’est horrible. Et ça nous rend ouf !! (Croyez-moi, on peut lire la colère dans le regard des deux jeunes artistes, ndlr) Tu vois pour les interviews on dit bien qu’il ne faut pas dire les noms des uns ou des autres, on s’appelle FAUVE, on a fait le truc à 5 ; on parle à 5. L’interview au Mouv’ par exemple tu vois on était 13 dans le truc, on parlait au nom de Fauve. Et au début le grand jeu des mecs qui interviewaient c’était de faire passer nos prénoms. Y a même une radio, on est arrivé et on nous demandait nom et prénom. Et tu vois c’est étrange et vraiment en mode dépuceler, à gratter. Vraiment pourquoi les mecs ne respectent pas ?  C’est un peu chiant mais bon ça nous apprend aussi pleins de choses.

·        F : Mais c’est tellement plus confortable pour nous aussi, on est peinard, on se tape pas de séances photo où faut poser… pfff moi ça me ferait trop chier.

Un grand grand grand merci à Fauve pour cette rencontre.

Et plus si affinités

http://fauvecorp.com/